LIVRE XXVll
passant ce que c'eût été pour M. le cardinal de Retz, si en aucune manière du monde il se fût mêlé de faire ou d'approuver le mandement, mais même d'être soupçonné d'y avoir eu aucune part. Le doyen que vous savez, qui a toujours été le grand-vicaire de la cour, aura bien de la peine à soutenir sa constance, attaqué par la cour de Home et abandonné par la cour de France. Je souhaite de me tromper dans les jugements peu avantageux que j'ai de sa fermeté; mais dans les affaires de cette espèce, il faut voir de loin et ne se pas embarquer à des choses que la suite du temps et le torrent des affaires rendent insoutenables, particulièrement quand ce qui embarque n'est bien souvent, qu'une fausse espérance' d'être soutenu par des personnes qui n'en ont ni le pouvoir, ni le vouloir. Ce n'est pas que je ne sache de science certaine que le roi n'ait plusieurs sujets de mécontentement de la part du pape ; mais bien souvent dans les réunions qui se font, l'on sacrifie toujours l'affaire qui est réciproquement odieuse, et l'on se donne raison l'un à l^autre en attribuant tout le tort à ceux que l'on est résolu qui soient coupables. M. le nonce a été fort soigneux de faire voir un extrait des lettres que M. le cardinal de Retz a écrites, dans lesquelles il se soumet aux constitutions des deux derniers papes. Mais il oublie d'y faire voir les plaintes qu'il y fait en même temps de ce qu'il n'a aucun pouvoir sur ses peuples, ni aucune communication avec son clergé par les défenses qui en sont faites, et auxquelles il veut porter respect à cause du nom du roi dont elles sont autorisées. Ces plaintes, qui sont dans la même lettre, faites à Sa Sainteté avec le plus grand respect du monde, n'eussent scandalisé personne, ni leur lecture soulevé aucun parti dans rÉlat. Mais M. le nopce n'a dans la tête que de faire voir ce qu'il croit être au désavantage du jansénisme, dont il se fait comme beaucoup d'autres un monstre furieux, qui n'a de corps que dans la peur mal fondée qu'il en veut avoir. Il est impossible enfin que cette chimère ne tombe par l'expérience que tout le monde commence à avoir, que toute la persécution qu'on y emploie, d'une part en fait voir Tinjustice, et de l'autre, la résistance mal concertée en fait connaître aussi combien l'on est éloigné de vouloir former
l.Ms. : apparence, la correction est de la M. Le Féron.
un parti pour cette affaire. Pour moi, qui vois d'ici les intentions de la cour de Rome et de la cour de France, et les sentiments particuliers de tous ceux qui ont quelque part, soit active, soit passive, dans cette aff'aire, j'ose dire, sans faire le prophète ni l'astrologue, que je vois dans tout ceci, d'un côté beaucoup d'injiastice et de passion, et de l'autre un peu trop de zèle, pour ne pas dire peu de prudence dans une aff'aire de cette espèce. Vous vous tromperez si vous croyez que j'aie rien changé à l'estime que j'ai toujours faite de cette affaire et de ceux qui la composent; mais je serais en effet bien changé, si je pouvais avoir sur cela aucun sentiment que je vous pusse cacher. Je puis dire sans vanité que je n'ai^ dans l'état où je suis, ni peur, ni besoin de personne. Ce n'est pas que je me croie au-dessus d'aucun; mais c'est que je suis content de ce que j'ai, et que je n'appréhende, ni ne désire rien à mon égard, et que si vous entendez parler sur mon sujet de choses magnifiques, j'y suis plus passif qu'actif, et je laisse faire ceux qui ont droit d'agir et de disposer de moi comme il leur plaira. Je me décharge ici le cœur avec vous, sachant peu de personnes avec qui j'osasse ou voulusse en faire autant. Vous ne sauriez croire combien j'ai pitié de vous, plus par les maux que vos amis souffrent que par les vôtres propres, vous connaissant assez de courage et de vertu pour ne pas sentir les vôtres ; mais assez de tendresse et de charité pour compatir, non seulement au véritable malheur de vos amis, mais même à leur faiblesse. Vous savez que j'ai droit de vous dire ce mot, et que nous avons eu plus d'une conversation sur cette même matière.
«Le présent porteur, qui est un homme sûr, me donne lieu de vous écrire aussi librement qne je fais, car par la poste, ni vous ni moi ne devons nous hasarder à rien écrire que nous ne voulions être vu par tout le monde. Quand vous saurez les occasions sûres, mandez-moi librement tout ce que vous voudrez, et n'ayez pas peur que je fasse voir une seconde fois vos lettres à qui que ce soit. Je m'en suis trop repenti pour la première fois, et quoique assurément j'aie réparé ma faute et rétabli toutes choses au premier état, je ne laisserai pas de garder pour moi seul ce qui me viendra de votre part, et soyez assuré qu'il n'y a personne qui regarde l'état où v(»us êtes avec plus de tendresse, ni de désir de