‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 237 sur 440 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

M. Le Tellier écrit à M. de Toulouse touchaot les thèses des Jésuites. Réponse de ce prélat.

Quoique les Jésuites se fussent persuadé que rien ne pouvait plus retarder l'exécution de leur vengeance et l'entière destruction d'une secte imaginaire à qui ils avaient jugé à propos de donner le nom de jansénisme, Dieu, qui aveugle les esclaves de leurs propres passions, se servit d'eux-mêmes contre eux-mêmes pour ne pas souffrir la dernière oppression des disciples de saint Augustin. La thèse que ces Pères venaient de faire soutenir dans leur collège de Clermont réveilla les magistrats, à qui des personnes intéressées firent concevoir que l'autorité du roi pourrait en recevoir quelque atteinte, aussi bien que la hiérarchie, et que l'infaillibilité des papes dans le fait n'était pas moins préjudiciable à l'État qu'à la religion. Cela obligea M. Le Tellier à en avertir promptement M. de Toulouse dès le 16 décembre, à l'instant que cette thèse commença à se distribuer dans Paris, et il crut que le mal était assez pressant pour ne pas différer plus longtemps à lui écrire ce billet en lui envoyant la thèse même :

l. Celte dernière phrase est barrée au uis. et ue figure pas aux copies.

« Monsieur,

« La thèse que vous trouverez ci-jointe m'a été apportée par un docteur de Sorbonne qui a souligné un endroit qui contient une doctrine qui lui paraît d'une dangereuse conséquence. Je prends la liberté de vous l'adresser, et vous supplie très humblement de vouloir examiner et observer s'il est à propos que la maxime que le roi a fait valoir sur l'ordonnance des grands- vicaires de Paris soit donnée pour bonne au public sans aucune distinction. Je pense pouvoir vous assurer que la Sorbonne est pour se remuer en cette occasion. Je suis,

« Monsieur,

« Votre très humble

et très affectionné serviteur a Le Tellier.

« Paris, le 16 décembre 1661. »

M. de Marca* répondit au billet de M. Le Tellier par celuici du 31 décembre :

«J'envoie à M. Le Tellier le mémoire dressé pour l'examen de la thèse. Je l'ai dicté en quatre matinées, l'ai revu et fait l'abrégé qui est en tête dans deux jours, le tout sans avoir vu les auteurs qui sont cités, ayant seulement indiqué les endroits d'où l'on a copié ceux qui sont mis au long. Le mémoire contient les anciennes méditations que j'avais faites en divers temps sur cette matière, que je n'avais |pasj mises en corps jusqu'à présent. Et parce que mes sentiments sont libres et pourraient m'atlirer l'indignation de Rome, si la chose paraissait au dehors, je supplie très humblement et conjure M. Le Tellier de ne souffrir point qu'il en soit tiré aucune copie, et de n'en permettre la lecture qu'à messieurs ses fils.

« Il verra que je découvre un beau droit de l'autorité

i. On lisait au ms. la phrase suivante, qui a été barrée et remplacée par celle qui figure aux copies ; M. de Marca, qui faisait servir toutes choses à ses intérêts, et qui était ravi d'être consulté comme l'oracle de la cour dans tous les points de doctrine, s'appliqua à travailler sur cette matière, sur ses principes également opposés la plupart du temps aux prétentions de la' cour de Rome et aux anciennes maximes de VÈylise gallicane, et'répondit au billeL, etc.

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