LIVRE XXVII
Examen des principaux. Discussion exacte de l'autorité du sixième concile, qui approuve que l'Église romaine a reçu de Notre Seigneur en Saint Pierre le privilège de n'errer point en la foi, lequel est soutenu par divers papes, même par Saint Bernard français '. Les réponses ordinaires rejetées. Ouverture de l'interprétation véritable de ce texte. Explication du concile de Latran sous Innocent VIII «.
Examen de la phrase des théologiens et canonistes qui
disent que le pape est le juge des disputes de la foi, qui est
soutenue. Ancienne prérogative des papes de publier sous
leur nom toutes les délibérations prises dans leurs conciles
en leur présence. Ce qui a été pratiqué jusqu'au concile de
Trente. L'absence du pape est cause que les décrets sont
faits sous le nom du concile.
Explication de la doctrine particulière que l'on appelle des Parisiens. Elle reçoit comme orthodoxe la première qui a été expliquée de l'infaillibihté des papes dans le concile général, ou avec l'acceptation particulière de l'Église sous ces circonstances. Ils disent que les décrets des papes n'obligent point en conscience, mais seulement au respect et au silence, jusqu'à ce qu'ils soient acceptés par l'Église. — Sentiment de l'Église Gallicane en 1308, semblable à cette doctrine. Cette opinion est mise entre les tolérées par les théologiens qui embrassent la commune.
On a employé la seule doctrine ancienne dans les délibérations du clergé pour l'exécution des deux constitutions contre le jansénisme. On a dit qu'elles étaient faites sur la consultation des évéques, et suivies de leur réception et acceptation. Cette doctrine est insérée dans le formulaire de profession de foi dressé par l'Assemblée en ces mots qui
1. 11 s'agit évidemment de l'abbé de Clairvaux, aucun pape n'ayant porté le nom de Bernard.
2. Jean-Baptiste Cibo (1432-1492), élu pape en 1484 ?ou8 le nom d'Innocent VilL
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portent que la doctrine de Jansénius a été condamnée par les deux papos et par les évêques. Le formulaire est confirmé par les arrêts du roi. Cette clause fut expliquée en même temps par une lettre circulaire adressée aux évêques. Elle avait été mise dans le projet des lettres de déclaration pour l'enregistrement des dites constitutions au Parlement; mais par surprise, il ne fut pas suivi.
Cette doctrine a été rétablie adroitement dans les lettres patentes du roi expédiées pour l'exécution du bref du pape adressé aux vicaires généraux de Paris.
Dessein des jansénistes de ruiner cette acceptation solennelle des assemblées en disant qu'elles n'ont aucun pouvoir sur les matières spirituelles, quoique la publication faite au décret subsiste contre eux. Les assemblées ont pouvoir de traiter des matière spirituelles sur les procurations des provinces et par le consentement du roi, qui est dans ces lettres, lille sont en cette possession.
XXVHI Les assemblées en ces matières ont l'autorité de direction ; mais non pas la contraire. L'assemblée dernière n'usa envers les évêques que de prières et d'exhortations pour faire souscrire. Réponse à une objection que l'on fait contre la délibération.
Droit ancien du roi découvert semblable à celui des anciens empereurs. Il peut assembler les évêques, les consulter sur les matières ecclésiastiques pour la manutention de la foi et de la discipline, et ordonner la contrainte pour l'exécution. Vérifié par les termes exprès du premier concile d'Orléans. Le roi a consulté l'assemblée dernière et ordonné l'exécution de ses délibérations pour les souscriptions. Ceux qui refusent de signer le formulaire violent ce droit royal.
Examen de la thèse de Clermont. Le premier chef attribue J'infaillibité au pape parlant è cathedra. Dans un sens
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cela convient à l'ancienne doctrine. Dans le sens ordinaire, elle propose la doctrine commune. Celle doctrine fut soutenue le jour même, l2 de ce mois de décembre en Sorbonne, et le 7 elle avait été soutenue en Navarre, d'où l'on voit que les décrets de Paris se rangent à cette opinion. Ce serait ruiner les deux constitutions, exciter un grand schisme dans l'esprit de plusieurs et dans l'Église si l'on prétendait censurer cette opinion.
Le second chef de la thèse, que l'infaillibilité du pape parlant è cathedra est la même que celle de Jésus-Christ, étant bien entendue est véritable. Saint Léon [en parle] avec plus de rigueur. L'infaillibilité est en Notre Seigneur comme en sa source et au pape par communication pour l'exercer dans son ministère, avec la conduite du Saint-Esprit. On peut dire de ce pouvoir comme de celui de consacrer, qu'il n'est autre que celui du sacerdoce de Jésus-Christ, les choses peuvent être expliquées avec des termes modestes. Réponse à l'objection que l'on fait au contraire, '
Le troisième chef contient que le pape est infaillible aux décisions de fait et de droit. Il parle des questions de fait qui sont inséparablement annexées aux questions de foi.
Explication de cette matière à l'égard des dogmes de Jansénius. Le fait est évident qu'il y a des dogmes dans ses livres; mais la décision de droit les déclare hérétiques. Au concile d'Ephèse on lut les extraits tirés des cahiers de Nestorius, en quoi git le fait. On examina ensuite la doctrine qu'elle contenait, laquelle fut déclarée hérétique. Le fait était évident en soi, et cru de foi humaine. La décision de droit qui fut faite sur ce sujet est crue de foi divine. La doctrine que Denis Raymond attribue à Jansétfius n'est pas celle des ïhonMstes, et est celle-là même que les constitutions ont condamnée d'hérésie.
On conclut l'examen de la thèse en assurant qu'il n'y a rien qui mérite censure. 11 est nécessaire pour la paix de l'Église et de l'État qu'on ne traite point de cette matière en Sorbonne ni ailleurs.
MÉMOIKES DE GODEKHOl UEKMANT
On veut faire passer ropinion commune pour da.ngereuse à l'État. On allègue la Constitution de Boniface VIII'. La contention du roi Philippe-le-Bel et de ce pape est expliquée selon le vrai sens des actes. Remèdes contre les décrets de Rome, que l'on pourrait faire pour autoriser la puissance indirecte sur le temporel des rois. Il y aurait nullité en ces décrets, qui serait déclarée par les évéques. Le roi en empêcherait TefFet par voie de défense naturelle. »
Ceux qui n'auraient pas connu l'esprit de M. de Marca l'auraient découvert dans ce nouveau système plein de déguisement et d'artifice, et [qui] était digne d'un homme qui se jouait tout à la fois de la cour de Rome et de celle de Krance, pour satisfaire sa vaste et insatiable ambition. Il avait certes très grand intérêt que cet écrit demeurât caché, car sa découverte aurait été sa ruine. Mais il ne fut pas aussi secret qu'il l'avait souhaité, puisqu'il trouve ici sa place, et que les écrits qui se publièrent l'année suivante en furent la réfutation.
Tout ce qui se passait alors était une furieuse cabale. M. de Marca voulait justifier la thèse des Jésuites par celle qui avait été soutenue en Sorbonne le même jour, et par une autre du collège de Navarre. Mais ceux qui savaient que les Jésuites, la communauté de Saint-Sulpice el M. Cornet étaient les principaux suppôts du parti des MoUnistes, ne regardaient cette uniformité de doctrine que comme un concert et une conspiration visible, pour ruiner ce qui restait de bons sentiments dans la Faculté de théologie touchant les justes bornes de la puissance du pape.
On voyait aussi une étrange malignité dans la conduite de M. de Toulouse, qui voulait que l'erreur demeurât sans opposition, pour accabler tout à fait la vérité, de peur, disait-il, de troubler la paix de l'Église et de l'État. Mais M. Le Tellier lui fit connaître par sa réponse que cette prétention était impossible, et qu'il n'était pas possible de lier la langue à tant de personnes. La postérité sera surprise sans doute quand elle apprendra toutes ces particularités;
1. Benoit Cajetau, élu pape eu 1295 «ous le nom de Boniface VIII. Il mourut en 1303. -
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et elles pourraient lui paraître comme incroyables, si on ne savait qu'Eusèbe^ évêque de Nicomédie, et Photius' auront toujours des imitateurs dans tous les siècles, et que personne n'eut jamais plus de rapport au caractère de leur esprit que Messire Pierre de Marca, qui étant passé du siècle au clergé, changeait volontiers de siège et de sentiments, et se faisait une souveraine règle des moyens humains qui pouvaient le conduire aux dignités de l'Église.