LIVRE XXV
Il est imprimé.
M. de Sainte-Beuve, qui brûlait d'impatience de se disculper du soupçon du jansénisme par la signature du formulaire, accourut en diligence au greffe de l'archevêché pour faire accepter sa souscription, et quelque chose qu'on pût lui dire qu'il n'y avait rien de prêt pour cela, que c'était tout ce que l'on avait pu faire que de dresser l'ordonnance et de la faire publier; qu'on allait travailler à faire un registre pour recevoir les signatures de tous les particuliers, et qu'on le priait d'attendre jusqu'à ce que les choses fussent en état, il fit tant d'instances pour ne pas différer plus longtemps en demandant un placard de l'ordonnance pour le souscrire, que l'on fut obligé de céder à ses importunités et de le mettre en élat d'insérer sa signature à cette clause : et partout où besoin sera, qui était une étrange restriction pour un M. de Sainte-Beuve. Son empressement oflensaméme les moins équitables, et il fut d'autant moins approuvé des honnêtes gens qu'on ne l'attendait guère d'un professeur royal en théologie assez éclairé dans la doctrine de la grâce [pour] avoir * perdu sa chaire et les gages qui y étaient attachés, plutôt que de signer la censure de M. Arnauld. Mais s'il avait des pensées pour son rétablissement ou pour quelque chose de plus considérable, sa conduite précédente avait fait une trop forte impression sur les esprits des Jésuites et à la cour pour ne pas se défier de la précipitation d'un habile théologien qui allait si brusquement du blanc au noir, et qui en donnait beaucoup plus qu'on ne désirait de lui.
Vers le temps de la publication de celte ordonnance, il se passa une autre chose très considérable pour les affaires de M. le cardinal de Retz, qui se trouvèrent en pire état que par le passé lorsqu'on les croyait entièrement accommodées. 11 avait adressé par la poste un paquet à M™e la duchesse de Brissac, où il y avait une lettre pour le Père Annat, par laquelle il le congratulait de ce qu'il avait porté le roi à faire tout ce qui s'était passé dans l'Assemblée du clergé et ailleurs sur le sujet du jansénisme, et le priait d'être persuadé qu'il n'avait jamais eu la pensée de le favoriser ; que le pape savait ce qu'[il] lui en avait écrit,