‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 251 sur 440 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Assemblée de la Faculté; de théologie. Deux couseiilers de la cour du Parleuient sont méprisés. Lettre écrite à M. de Rennes touchant un libelle intitulé : Avis du Saint Esprit au roi sur la création des chevaliers du Saint Esprit.

On s'attendait de voir un grand fracas contre la thèse des Jésuites dans l'Assemblée de la Faculté du 2« jour du mois de janvier... le 14 du mois précédent '. Mais ces Pères l'avaient empêché par leurs sollicitations pressantes auprès des docteurs avec lesquels ils avaient une plus particulière habitude, et ils en avaient été quittes pour une petite mortification delà part des principaux confédérés de leur parti. Car Messieurs Cornet et Morel entre les autres les avaient reçus avec indignation, et leur avaient reproché que par leur indiscrétion ils gâtaient tout l'avantage qu'on avait remporté jusqu'alors sur les jansénistes, qu'il y avait parmi eux des imprudents qui méritaient de sévères corrections, et qu'ils devaient être persuadés que l'éclat était fort nuisible lorsque l'on avait alFaire à des gens aussi clairvoyants que l'étaient ceux qui observaient toutes leurs démarches, et qui mettaient en évidence tout ce qu'on était obligé de faire contre eux par voie de fait.

1. Gaspard de Daillon du Lude (1602-1676), évoque d'Ageu eu 1631, puis d'Alby en 1635.

2. Cette phrase depuis : quelques critiques est barrée au ms. et ne ligure pas aux copies.

3. (Hic.) Le sens n'est pas clair; il est fait allusion à l.i tiii'si' du collège de Clermont du 12 décembre 1601.

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Après cette réprimande secrète, il ne fut rien dit le lendemain dans l'assemblée de la Faculté touchant la thèse des Jésuites; mais tous les docteurs furent embarrassés d'une autre affaire qui les occupa pour l'exécution d'un arrêt du Parlement. M. Benoise et un autre conseiller de la cour entrèrent en qualité de commissaires pour faire exécuter un arrêt qu'un bachelier avait obtenu contre la Faculté, parce que le syndic et quelques docteurs de son parti refusaient de le recevoir au nombre des bacheliers.

Ces deux Messieurs ayant pris leur place, et M. Benoise ayant exposé le sujet de leur commission, après que la lecture de l'arrêt eut été faite par le greffier dans le dessein de le faire exécuter par l'assemblée, le bachelier se présenta pour être reçu; mais M. Grandin, syndic, et ses partisans déclarèrent à ces Messieurs qu'ils ne pouvaient pas le recevoir parce qu'il avait les cheveux trop longs. Sur quoi M. Benoise ayant ordonné qu'il les allât faire couper, il se mit en état d'y satisfaire. A son retour, les docteurs formèrent une nouvelle difficulté sur ce qu'il ne se présentait pas avec l'habit de bachelier, et lui ordonnèrent d'aller chercher une fourrure, ce qu'il fit inutilement, car il ne trouva personne qui voulût lui faire la grâce de lui en prêter aucune. De sorte qu'étant revenu une seconde fois, et les deux conseillers ayant exhorté les docteurs présents de lui procurer cet office par quelqu'autre bachelier, personne ne voulut avoir part à celle civilité, ce qui obligea les commissaires de dresser leur procès-verbal et d'exécuter l'arrêt sans s'arrêter à cette formalité. Il y eut de l'afTectation dans cette manière d'agir si pédantesque de M. Grandin et de ses complices; et M Benoise, qui ne pouvait point ne la pas apercevoir, leur dit, avec une juste émotion ces propres paroles : « Nous voyons bien maintenant qu'il n'y a que la lie des docteurs qui est demeurée parmi vous. «

On avait publié le 1"' janvier de cette année un libelle extravagant sous ce titre : Avis du Saint Esprit au roi, sur la création des chevaliers du Saint Esprit. Et la destruction entière du jansénisme était un des principaux articles que le Saint Esprit proposait à Sa Majesté, par l'organe de Saint Sorlin', qui en' était l'auteur. M. de Rennes ayant bien voulu

1. Le nom est laissé en blanc an ms. Il ctit (|ues1ion du fameux Jean Deamarets de Saint-Sorlin (4 594-1 M6).

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être l'approbaleur de cet ouvrage, un particulier eu prit occasion de lui écrire cette lettre :

<' L'égarement de celui qui a composé Les avis du Saint Esprit au roi^ etc. est si public qu'il n'y a point de personne à qui il reste encore un peu de sens qui n'en ait été scandalisée, et qui ne se soit étonnée comment Messieurs du conseil de conscience, qui doivent veiller sur toutes les choses qui concernent la religion chrétienne pour empêcher que Sa Majesté ne soit chargée en son âme d'une infinité de péchés, dont elle peut se rendre coupable dans l'application continuelle où elle est pour régler les affaires temporelles de son royaume, n'ont pas arrêté cette publication. Cet étonnemcnt leur paraît d'autant plus juste qu'ils ont remarqué, dans le grand nombre de choses qui se sont passées depuis la mort de M. le cardinal Mazariu, que Messieurs du conseil de conscience s'attachaient particulièrement aux affaires qui avaient du rapport à l'Eglise et à la religion, étant certain que tous les bénéfices qui avaient été donnés et toutes les pensions ecclésiastiques dont Sa Majesté avait récompensé les services de quelques-uns de sa cour, n'avaient été distribués qu'ensuite de leurs avis, et que toutes les entreprises que l'on a faites, que l'on regarde comme desviolementset des infractions desimmunitésetdes libertés de l'Église, ne se seraient nullement commises s'ils n'avaient assuré que c'était rendre un très grand service à Dieu que de passer par dessus des considérations de cette qualité, puisque dans la connaissance que l'on a de la piété et du respect que le roi a pour la religion, tout le monde est persuadé que Sa Majesté ne voudrait pas donner la moindre atteinte à la dernière et à la moins importante de ces règles.

« Mais, Monseigneur, ce qui les a surpris davantage, après le silence quele Conseil de consience de Sa Majesté a gardé sur ce libelle, c'est votre nom qu'ils ont vu à la tête de cet écrit, et l 'approbation que vous lui avez donnée, qui vous rend infiniment plus coupable de l'impiété et de l'usage sacrilège que l'auteur a fait des paroles du Saint Esprit pour le faire parler lui-même d'une manière si abominable à tous les chrétiens, et si indigne du nom auguste de Sa Majesté, et de cette vertu qu'il publie avoir été le seul motif qu'il avait eu de choisir tous ceux qui devaient être honorés de la qualité de chevaliers du Saint Esprit, et qui viennent de l'être dans la

cérémonie qui s'est célébrée durant trois jours. Car qu'y a-t-il déplus impie qu'un homme qui doit s'estimer le plus misérable et le plus grand de tous les pécheurs ait eu la témérité de faire, dans une cour aussi chrétienne que s'estime celle de France, ce que ni les apôtres, qui étaient proprement les organes du Saint Esprit, ni les disciples que Notre Seigneur Jésus-Christ avait choisis pour son service et pour publier sa religion par toute la terre sous la conduite de ses apôtres, ni ceux qui leui- ont succédé, et qui avaient reçu par des signes visibles le Saint Esprit, n'ont jamais voulu faire sous un titre semblable à celui de ce livre? Qu'y a-t-il qui sente davantage la profanation, que les expressions horribles avec lesquelles il fait que le Saint Esprit s'explique au roi et l'exhorte à employer son zèle et son épée à l'extermination d'un très grand nombre de gens de bien, qui sont très soumis à l'F^glise, et qui aimeraient mieux mourir que de ne pas croire aux moindres des vérités qu'elle propose à ses enfants? Qu'y a-t-il de plus sacrilège et de plus diabolique que les paroles sacrées qu'il attribue au roi, contre l'intelligence que le Saint-Esprit a inspirée lui-même à toute l'Église, dans tous les siècles, en substituant la Majesté d'un roi qui honore Jésus-Christ, et qui le reconnaît au-dessus de lui comme son souverain et son roi à qui il est redevable de sa couronne aussi bien que de sa vie, en la place de ce divin sauveur, pour en faire icibas une idole qu'on doive adorer.

« Aussi, Monseigneur, ceux qui ont lu votre approbation n'ont pu s'imaginer qu'un prélat de votre mérite, qui s'estime capable de détruire les impiétés et les hérésies, se serait tellement oublié et de sa qualité et de sa bonne opinion, que de vouloir souscrire à une impiété si étrange et une profanation si visible de la parole de Dieu. lisse sont persuadés, ou que vous n avez pas lu ces avis, ou que si vous les avez lus, on les a falsifiés en les faisant imprimer, ou bien qu'on les a mis sous votre approbation dans la pensée qu'on avait que vous n'y trouveriez rien à redire, à cause qu'ils étaient contre les jansénistes. Il est vrai qu'il est très difficile de se représenter autre chose en considérant non seulement la dignité que vous possédez, et le rang que vous tenez dans le conseil des ministres de Sa Majesté, mais encore la conduite que vous avez tenue jusqu'à présent, qui a fait que vous avez

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refusé de mr^ltre votre nom aux ouvrages qui ont été faits depuis plusieurs années, dans les contestations présentes, et que même vous vous êtes toujours plaint de ces libelles qu'on a publiés sans nom d'auteur, approuvant le zèle de ceux qui les condamnaient comme suspects, par la seule raison (ju'ils ne paraissaient ou que sous de faux noms, ou que sous de simples titres qui ne suffisaient pas pour la créance du public, et pour satisfaire aux règlements qui ont été faits par les ordonnances. Car autrement, si vous aviez eu la connaissance de ces impiétés et de ces profanations, on ne peut douter que vous ne les eussiez entièrement réprouvées, et que vous n'eussiez travaillé par le devoir de votre charge de ministre du Conseil de conscience de Sa Majesté, à faire souffrir à celui qui en est l'auteur un traitement encore plus rigoureux que celui qu'ont reçu ces lieux prophètes dont il parle, puisqu'il a encore outragé avec plus de scandale et d'une manière plus publique la troisième personne de la très Sainte Trinité, que ces deux extravagants n'ont fait la seconde personne, de Notre Seigneur Jésus Christ, en ne le considérant que sur ce qu'il en dit lui-même sous le nom du Saint Esprit. Mais serait-il bien possible que les imprécations et les exécrations que cet auteur fait prononcer au Saint Esprit contre les jansénistes vous auraient trompé, ainsi que quelques-uns ont voulu dire, et que vous couvrant les yeux, vous ayez pris ces impiétés pour des louanges que le Saint Esprit donnait à un homme mortel, et pour un sens qui avait été caché depuis tant de siècles qu'il a commencé à vous développer" en ce temps-ci, pour vous enseigner que le roi le plus humble et le plus pieux de tous les rois était le véritable David qui devait sauver Juda et Israël tout ensemble, et que l'Église serait trompée en croyant que c'était Jésus Christ dont le Saint Esprit lui-même avait voulu parler, comme étant celui (^ui sauverait Israël et Juda.

« Non, Monseigneur, quelque chose que l'on puisse dire, des jansénistes et de la haine que vous avez pour eux, j'aime mieux croire que vous n'avez nulle connaissance de ce libelle, non plus que de la publication qui en a été faite, puisque vous ayant entendu parler de celui de Messeigneurs vos confrères qui y est traité de la manière la plus basse et la plus honteuse que l'on saurait s'imaginer, avec tout

l'honneur et toute l'estime qui sont dus à son mérite, vous auriez au moins fait effacer tout ce qui y est écrit contre lui. Ainsi j'espère qu'après l'avis que je prends la liberté de vous donner, vous ne manquerez pas, par le désir que vous avez de conserver votre honneur^ et par le respect que vous portez au roi et à l'Église, d'employer votre autorité pour faire supprimer ce libelle, et pour le censurer vous-même avec tous Messeigneurs vos confrères qui sont à la suite de la cour. Pour l'auteur, comme il ne mérite pas un autre traitement que celui que l'on a fait à ceux dont il parle dans son libelle, et que l'Église ne se plaît nullement dans le sang des hommes, vous aurez assez de crédit pour lui faire donner une place dans cette maison où l'on retire ceux qui font des extravagances beaucoup moindres que celle qui lui a fait commettre tant d'impiétés. La qualité de commandeur de l'ordre du Saint Esprit, que vous avez reçue avec tous les autres chevaliers, vous y oblige encore plus particulièrement, puisque vous faites une profession publique de venger toutes les injures que l'on fait au Saint Esprit, qui est son unique Dieu et son protecteur. Vous ne devez nullement appréhender que les jansénistes en tirent aucun avantage, puisque, comme vous les avez déjà tous foudroyés et qu'ils ne sont plus qu'en idée et qu'en imagination, ils ne sont, plus en état de faire aucun mal'. Mais quand ils seraient encore en quelque considération, vous pourriez bien vous assurer sur leur manière d'agir, et croire qu'ils consentiraient volentiers à souffrir quelque confusion, si vous le jugiez à propos, pourvu qu'il ne tînt qu'à cela que vous fissiez rendre, par la censure et par le brûlement de ce libelle, tout l'honneur et toute la révérence que l'auteur a tâché de ravir à la parole de Dieu pour faire mieux réussir ses impiétés, et pour leur donner cours par la flatterie la plus sacrilège qui se puisse, commettre auprès du roi et auprès des grands de sa cour.

« Outre ces impiétés, il y a encore plusieurs extravagances qui ne sont nullement propres à édifier les âmes, qui blessent la générosité et la modestie tout ensemble de tous ceux qui ont reçu l'ordre de chevalerie, et qui doivent

1. Oq lisait au ms. : Us ne sont plus en étal de sentir aucun mal, ni de recevoir aucune r/râce. La correction est de la M. I^e Férou.

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