CHAPITRE IX
Le cardinal de Retz se démet de l'archevêcLé de Paris. M. de Marca nommé en sa place. Docteurs de la Faculté de théologie mandés et réprimandés par le Parlement. Ils sont contraints d'enregistrer l'arrêt.
L'accommodement de M. le cardinal de Retz, dont il traitait depuis quelque temps avec la cour par le moyen de ses amis, fut terminé le 26 février par la démission pure et simple qu'il donna au roi de l'archevêché de Paris, après la déclaration publique qu'il avait adressée l'été précédent à toute l'Église de ne le pouvoir en conscience. Telle fut la conclusion d'un des plus célèbres différends de notre siècle, conclusion honteuse à ce cardinal, préjudiciable à l'Église, qui ne pouvait rien attendre de bon de cet exemple de faiblesse; mais qui devait être dans la suite le dernier accablement des disciples de saint Augustin, par l'établissement d'une nouvelle juridiction dans l'église de Paris.
On croyait que cette démission produirait au moins le retour de ceux qui se trouvaient exilés à l'occasion de ce cardinal. Mais si les curés de Saint-Jean-en-Grève et de Saint-Médéric' s'en prévalurent, ce ne fut que parce qu'ils ne firent nulle difficulté de signer purement et simplement le formulaire pour la condamnation des cinq propositions. M"* la Présidente de Bernières travailla inutilement pour M. son fils. On le laissa toujours à Issoudun, aussi bien que M. Taignier dans sa profonde retraite qui lui avait fourni jusqu'alors le moyen de ne se pas confiner dans Castelnaudary, où la lettre de cachet de Sa Majesté le reléguait.
1, Ou : Saint-Merry.
Dès le 14 du même mois de février, le cardinal de Retz étant arrivé à Commercy, avait repris sa calotte rouge, qu'il n'avait point portée depuis qu'il était parti de Toscane. Il fut reçu par ses sujets avec applaudissement, et alla faire sa prière à l'église avant que d'entrer au château, dont il se devait défaire un jour aussi bien que de son archevêché. 11 tâcha de justifier sa conduite par des raisons de conscience, pour ne pas frustrer ses créanciers des sommes immenses dont il leur était redevable. Car il crut que l'abbaye de Saint-Denis et celle de Buçay' en Bretagne, qu'on lui donnait en échange de l'archevêché de Paris, le mettaient en état de payer avec le temps ses dettes, qui montaient à près de trois millions. Il avait acquitté toutes ses dettes lorsqu'il mourut, à peu de chose près, et l'on dit même qu'il avait entièrement satisfait à ses créanciers"^.
M. de Marca, archevêque de Toulouse, son persécuteur perpétuel, eut le malheureux avantage de lui être nommé pour successeur, et de jouir pendant quelques mois de l'ombre de sa dignité et de sa dépouille après l'avoir supplanté, ce qui fit dire à M. de La Fayette ^ évêque de Limoges, qu'il épousait la femme dont il avait tué le mari. Il en reçut les compliments dès les premiers jours. Toutes les difficultés s'aplanirent en sa faveur du côté de Rome. Mais en même temps que le feu de l'ambition dévorait son cœur, il nourrissait dans ses veines une corruption et une langueur qui le devaient conduire au tombeau dans peu de mois, et son crime n'était heureux selon le monde qu'en apparence.
Les Jésuites, à qui il était redevable du succès de ses intrigues, ne purent pas se tirer de l'embarras oii ils s'étaient mis par l'insolence de leur thèse du collège de Clermont, quoiqu'ils eussent de puissants protecteurs dans la Faculté de théologie de Paris. Les sieurs deBréda et Grandin furent mandés chez M. le Premier Président, et là, en présence de
i. Ce nom est laissé en blanc au ms.
2. On lisait au ins. : ... millions. Mais une frugalité de dix-sept ans, ni un grand revenu ne suffirent point pour cela, et il se trouva encore redevable de quelque somme quand Dieu le tira de ce monde en Vannée 4679. Cette phrase a été barrée au m s. et remplacée par elle qu'on lit à la copie et qui est de la Mère Le Féron.