CHAPITRE X
Quelques thomistes demandeut jonction avec les disciples de saint Augustin. Lettre de M. Âruauld pour leur répondre. Négociation sans succès.
Il vint en pensée en ce temps-là à quelques Dominicains de s'unir avec les disciples de saint Augustin pour la défense de la grâce. L'avis que le Père Nicolaï, de leur ordre, avait fait imprimer pour condamner la proposition de M. Arnauld touchant la chute de saint Pierre était fort désagréable aux véritables thomistes, parce que ce jacobin emporté l'avait empoisonné de molinisme. Un des leurs, nommé Béat, avait tâché de sauver son ordre de la corruption de cette nouvelle doctrine par un livre qu'il intitula : ^. Thomas redivivus. 11 crut que c'était une occasion favorable pour aller plus loin, et pour montrer au public qu'il n'y avait pas de différence entre la doctrine de saint Augustin et celle de saint Thomas.
Le Père Bancel* était plus zélé qu'aucun autre de son ordre pour cette jonction; mais il fallait lever la difficulté des deux états, parce que saint Thomas soutenant la prédétermination physique en quelque état que l'homme se puisse trouver, et la fondant sur l'empire que [Dieu exerce sur la créature, il paraît fort différent en cela de saint Augustin, qui dit que l'homme, par les forces de son libre arbitre aidé de la grâce dans laquelle il avait été créé, pouvait se déterminer au bien avant sa chute, au lieu que depuis son