LIVRE XXVIU
avoue néanmoins que je n'en espère pas grand'chose.
Nullas habet spes Troja, si taies habet.
« Le repos de l'Église ne se rétablira que par la fermeté et la vigueur des évêques, et tous ces petits accommodements y nuiront toujours plutôt qu'ils n'y serviront. C'est ma pensée; mais je ne dispose que de ce qui me regarde, et je serais bien fâché qu'on y eût égard en ce qui louche les autres. »
CHAPITIIE Xil
Le chapitre de Paris prend l'admiaistratioD du diocèse, et publie un mandement pour cet effet. Lettre de M. Duhamel à iM. Feydeuu sur son retour et sur la signature du formulaire.
Quoique M. de Marca, nommé par le roi à l'archevêché de Paris depuis la démission de M. le cardinal de Retz, n'eût pas encore ses bulles, néanmoins le chapitre de Paris témoigna un si grand empressement d'exercer la juridiction spirituelle du diocèse, que sans s'arrêter aux règles de droit et aux formes ordinaires, il fit le premier exercice de cette puissance par ce mandement du 23 mars :
« Mandement de Messieurs les doyen et chapitre de VÉgli&e de Paris^ pour l'administration et régime de Varckevêché.
« Les doyen et chapitre de l'église cathédrale et métropolitaine de Paris, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut en Notre Seigneur.
« Comme les saints décrets et constitutions canoniques ont déclaré que les chapitres des églises cathédrales peuvent et doivent prendre le régime et l'administration des diocèses lorsqu'ils se trouvent vacants, soit par la mort ou par la cession de leurs évêques, ou autrement, et qu'il est constant et notoire que l'archevêché de Paris vaque à présent, par la cession et démission pure et simple qu'en a faite l'Éminentissime et Révérendissime Père en Dieu, Messire Jean François Paul de Gondy, cardinal de Retz; pour ne point manquer à ce que nous devons à Dieu et à l'Église,
nous avons estimé qu'il était nécessaire de prendre l'administration du diocèse ainsi qu'elle nous appartient, selon la disposition des dits saints décrets et constitutions ecclésias-
liques.
« A ces causes, après avoir mis l'affaire en délibération à
notre chapitre, nous avons déclaré et déclarons par ces présentes que la juridiction spirituelle et ecclésiastique de l'archevêché de Paris nous était dévolue, et qu'il nous appartenait de régir et gouverner le dit archevêché, tant au spirituel qu'au temporel, pendant la dite vacance. Et pour cet effet, nous avons nommé et institué quatre vicaires généraux pour conjointement avec nos confrères Messieurs les archidiacres de l'Église de Paris, régir et administrer le dit diocèse, ainsi qu'il est de tout temps accoutumé. Si mandons aux archiprêtres de Sainte-Marie-Magdeleine et de Saint- Séverin, et aux doyens ruraux du dit diocèse de Paris, qu'ils aient à notifier ces présentes à tous abbés, chapitres, curés, couvents et communautés de cette ville et diocèse, et autres qu'il appartiendra, à ce qu'ils n'en ignorent et aient à s'y conformer. En vertu de quoi nous avons fait apposer à ces présentes le scel de notre dite église, et icelles signer par notre secrétaire ordinaire.
« Donné à Paris, en notre chapitre, le 23"^e jour de mars
« Par commandement de mes dits sieurs les doyen et chapitre.
« Foucault. »
Le doyen ne se trouva pas compris dans ce nombre des six grands-vicaires de Paris, parce que le chapitre conservait un ressentiment profond de ce qu'il avait fait un mandement pour les obliger à faire un certain service dans leur église sans le leur avoir communiqué. M. de Gamaches* fut mis en sa place, et on le joignit à M. Charton, grand pénitencier, à M. Thévenin, chantre, à M. Morel, théologal, pour composer ce nombre de six, en le joignant aux archidiacres.
Les plus éclairés considérèrent ce procédé du chapitre de Paris comme une pure entreprise, et ne crurent pas
1. Charles de Gamache?, docteur en théologie, chanoine de Notre- Dame en 1634, mourut en 1670.
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qu'il fût en droit de prendre la conduite du diocèse, ni que le siège fût vacant, jusqu'à ce que la démission de M, le cardinal de Retz fût admise à Rome.
M. le nonce du pape était lui-même dans ce sentiment, et il y persista toujours depuis que cette démission fut admise, parce que la chose ayant été illégitime dans son origine, la suite ne la pouvait pas justifier. Mais cette précipitation des chanoines ne tendait qu'à la signature d'un nouveau formulaire, et M. Morel entre les autres ne pouvait modérer sa chaleur sur ce sujet.
Comme il attendait de jour en jour le retour des exilés à l'occasion de M, le cardinal de Retz, M. Feydeau en écrivit à M. Duhamel, curé de Saint-Médéric, et lui témoigna ses sentiments sur la signature que ce pasteur avait faite. Mais il n'était pas capable de revenir sur cet article, et lui fit cette réponse :
« l""" avril à Chalon-sur-Saône.
« Vive Jésus souffrant.
« Mon cher Père,
« Vous savez, quand les gens de Paris souhaitent une chose, comme ils en parlent lorsqu'ils la croient proche. Notre retour est dans leur créance dans cette disposition, et moi je ne le crois pas, parce que j'ai les mêmes ennemis sur les bras que j'ai eus jusqu'ici, et j'ai perdu les amis que j'avais à cause de ce que vous savez. Vous pouvez croire que bien des gens qui se sont opposés k notre retour par des raisons d'intérêt, n'ayant personne qui s'opposera à eux, qu'il leur sera facile de la faire différer et de la rompre. On fait courir force bruits que le roi m'ordonnera de me défaire de mon bénéfice. Je n'ai pas grande envie de le garder, mais cette voie n'est pas la plus propre pour m'y résoudre.
« Je trouve la proposition de M. Godeau plus propre pour vous que celle de cette dame, parce que vous êtes encore trop jeune pour vous engager dans cette vie retirée, dans laquelle vous auriez peu d'emploi, et dans laquelle sans doute vous moissonneriez bien du chagrin.
« L'autre dessein est plus conforme à votre état, joint que M. de Vence est dans un grand archevêché qu'il conduit par ordre de Monseigneur Grimaldi. C'est l'archevêché d'Aix
en Provence. Il y aura en ce lieu grande moisson à faire. Il me semble que vous ne sauriez mieux faire, et aussitôt que vous m'aurez fait savoir votre volonté, j'en écrirai à Monseigneur de Vence avec joie, et je crois qu'on lui fera grand plaisir.
« Il faudrait vous entretenir de bouche sur ce que vous m'écrivez; mais je puis vous assurer que je suis au contraire de Libérius*, et que je préfère mon exil à mon rétablissement, et que j'aurais plutôt été tenté de ne point signer afin de n'en point sortir. Car, humanum dico, je préférerais de retourner à Quimper plutôt que de retourner dans cet emploi que j'ai quitté, étant obligé d'y demeurer dans les circonstances fâcheuses où j'y ai été si longtemps. Ce que j'en ai fait n'a pas élé tsedio victus exsilii, mais parce que je crois que c'est la vérité, que j'aurais été damné sans cela, et parce que je crois que je ne me dois pas établir le juge et l'arbitre de toute l'Église en ce fait.
« Je suis tout à vous, quoique nous ne soyons pas de même sentiment sur ce chapitre. »
Jamais il n'y eut une plus grande prévention que celle de M. Duhamel depuis son changement. Et il fallait qu'il connût peu dans tout ce temps-là les véritables dispositions de son cœur, puisque son retour dans la cure de Saint-Merry a fait assez voir qu'il n'avait point une si grande aversion de cet emploi qu'il voulait bien se l'imaginer.