LIVRE XXVllI
fera ce que je ferais. Car je l'ai instruit de tout, et cependant nous pourrons entretenir correspondance.
« Le séjour de ce pays ne [mej sera peut-être pas inutile. J'y demeurerai aussi longtemps et aussi peu que l'on voudra, étant disposé d'aller à Angers, à Paris et à Rome même, quand on le jugera nécessaire pour le service de l'Eglise, et en particulier pour celui de votre Grandeur, de laquelle je suis avec tout le respect et toute la reconnaissance possible, « Monseigneur, « Le très humble et très obéissant serviteur,
« J. L. de la Mirande,
« Prêtre de l'Oratoire de Jésus.
« A Toulouse, ce l*' mars 1662.
« Le P. Hilarion est intime ami de M. le cardinal de Retz, s'il allait à Rome [sic] S. E. est aussi parfaitement dans l'esprit du pape'. »
Le Père de la Mirande ajoutait qu'avant son départ de Rome, il avait laissé au Père Hilarion ce formulaire qui ne croyait pas qu'on s'en contentât* :
« Ego infra scriptus dammo quinque propositiones absolutè, simpliciter, in omni eo sensu in quo damnatœyunta summis pontifîcibus Innocentio X et Alexandro VII, sincereque promitto me nihil unquam in contrarium crediturum aut scripturum; in quorum fidem »
Il mandait de plus que ce même Père lui avait dicté le formulaire suivant :
« Ego damno quinque propositiones in sensu quem lectum, visum, perspectum oculis suis duo summi pontifices Innocentius X et Alexander VII videruntesse Jansenii. Post hsec tamen, pro virissimplicibus et idiotis, qui pendentibus controversiis inter doctores non sunt quieti in conscientia super vero sensu Jansenii, et non tenentur credere doctoribus, dum inter se digladiantur, suppliciterpetitur asummo pontificedignetursimplicibus et idiotis edicere et declarare quis tandem sit sensus ille propositionum istarum quem in
1. Toute cette lettre a été barrée au uis. par la M. Le Féron qui a écrit en marge : Lettre inutile ; elle ne figure pas aux copies.
2. Sic. Lire : et que ce Père m croyait pas quon s'en contentât.
libris Jansenii ipse et ejusprsedecessor Innocentius X oculis suis viderunt, legerunt, inspexerunt. »
C'était trop exiger de M. Arnauld que de l'obliger à la signature de ce formulaire contre le témoignage de sa propre conscience, et il n'en fallut pas davantage pour finir cette inutile et embarrassante négociation, dont il écrivit en ces termes à M. d'Andilly * :
« Pour ce qui regarde Rome, vous voyez bien que j'avais raison de supposer qu'on ne s'y contenterait jamais de ce que je pourrais accorder en conscience. C'est se repaître de chimères que d'en espérer autre chose. Je ne sais pourquoi ces personnes se mettent tant en peine de l'opinion que l'on a de moi en ce pays-là; j'en suis fort en repos, et comme je ne désire rien d'eux^ je ne m'inquiète guère de ce qu'ils croient de moi, surtout après ce qu'ils ont pu voir dans les lettres qui ont été envoyées à M. Crevfcus, qui est tout ce que je puis faire ; de sorte que ne s'en étant pas contentés, je suis résolu de ne plus entrer en aucune négociation, étant persuadé que le meilleur que je puisse faire est [d'^empécher, autant que pourrai, de leur donner aucun sujet particulier de parler de moi. Ce n'est pas que je ne sois très obligé au Père de la Mirande, que je reconnais agir avec toute sorte d'affection et de cordialité. Je n'ai aussi aucun soupçon du Père Hilarion, quoique je n'aie pas sujet d'en être satisfait, lui ayant écrit une grande lettre, et adressé ma dissertation latine, tant manuscrite qu'imprimée, sans qu'il m'ait daigné faire un mot de réponse. Mais je suis très peu sensible à ces manquements de civilité. Je suis même persuadé qu'il est tout à fait disposé à me rendre de bons offices, et ce qui m'empêche de les accepter est que je vois fort bien qu'il désirerait des choses de moi que je ne lui pourrais pas accorder, et qu'ainsi toute cette négociation ne servirait qu'à me faire passer pour une personne opiniâtre et irramenable.
« Ils sont trop au-dessus de moi pour espérer qu'ils me céderont, et je suis trop attaché à la vérité pour la sacrifier en quoi que ce soit à mes intérêts. Il pourra peut-être mieux réussir dans l'affaire de M. de Comminges. Je vous
l.La lettre suivante est imprimée avec quelques différences, Œuvres dC Arnauld, 1, 296.