‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 293 sur 440 · CHAPITRE XVlll · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVlll

Lettres de cachet pour les Pères Séguenot, Du J uaunet et Du Breuil. Mort de M. de Marca. Promotion de M. de Rode/ à L'archevêché de Paris.

Quelque réconciliation que les Jésuites eussent faite avec la congrégation de l'Oratoire, comme ils avaient entrepris de la ruiner, ils se servirent de l'occasion présente pour lui ôter ceux qui avaient plus de part au gouvernement, en faisant donner des lettres de cachet par Sa Majesté qui reléguaient le Père Séguenot à Langres, le Père Du Juannet* à Boulogne, et le Père Du Breuil à La Giotat, à cause de la uouvelle^doctrine, et enjoignaient aux supérieurs de n'en garder aucun chez eux qui en fût soupçonné, ni de permettre que l'on y soutint aucune thèse qui lui pût être favorable.

Les Pères de l'Oratoire en furent fort alarmés, comme d'un coup de foudre qui tombait sur toute la congrégation, et prirent la résolution d'aller à Saint-Germain pour tâcher de détourner cet orage*.

Le dimanche 25 juin, le banquier de M. de Marca et celui de M. le cardinal de Retz reçurent des nouvelles de Rome, que ces deux prélats y avaient été préconisés par le pape

1. Ms. . de Jannet. Houoré de Coliu du Juannet (1611-1691), prêtre de l'Oratoire, lut promu aux premières dignités de sa congrégation. Plusieurs fois exilé, il mourut à Notre-Dame-de-Gràce au cours d'un dernier exil.

2. Cette dernière phrase, depuis : les Pères de l'Oratoire, a été barrée au ms. et ne flgure pas à la copie.

même, le lendemain de la Sainte Trinité, l'un pour l'archevêché de Paris, et l'autre pour l'abbaye de Saint-Denis, dans un consistoire que Sa Sainteté avait donné exprès. Que M. le cardinal Chigi ayant fait de grandes instances pour obtenir les bulles gratis n'avait pu réussir dans cette poursuite, n'y ayant eu que dix-sept voix pour cette grâce, qui ne faisaient pas les trois quarts du consistoire, comme il était nécessaire pour l'obtenir ; que néanmoins ce cardinal ayant redoublé ses instances, pour avoir du moins quelque diminution, ses confrères avaient accordé trente mille ducats*.

Mais pendant que l'on était dans l'attente de ces bulles, qui devaient arriver le dimanche suivant, Dieu était sur le point de faire éclater un terrible exemple de sa justice en la personne de l'usurpateur du siège métropolitain de Paris. Il avait eu des remords assez pressants dans le cours de sa maladie, et étant aussi éclairé qu'il l'était dans la science du dehors de l'Église et dans la connaissance de sa discipline, il trouvait sa condamnation dans plusieurs canons qui condamnent rigoureusement ceux qui supplantent leurs frères. Sa conscience lui faisait des reproches d'autant plus sensibles que, son mal redoublant de jour en jour, il concevait bien qu'il était beaucoup plus aisé de faire des cabales dans les deux cours de Rome et de France pour faire servira sa fortune laconjoncturedes affaires de l'Église, que de comparaître avec confiance devant le tribunal de Jésus-Christ, étant chargé d'un fardeau si pesant et si accablant. Mais le Père Annat, dont la doctrine accommodante avait des remèdes pour toutes sortes de maux^ charma ses ennuis, dissipa sa crainte, et fit tout ce qu'il crut nécessaire pour le remettre dans l'état de son premier endurcissement. De sorte qu'après l'arrivée de ce courrier, il déclara hautement qu'il était archevêque de Paris, et que cette église n'était point vacante. C'est ce que M. Baluze * rapporte de lui dans sa vie.

M. Thévenin, chantre, obtint pour lui avec peine qu'on fît des prières publiques en sa faveur, dans Téglise de Notre- Dame, avec exposition du Saint Sacrement. On lui refusa la

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