‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 30 sur 440 · LIVRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV

restrictions les bonnes intentions de TAssemblée et du roi, ce qui retomberait par contre-coup sur l'explication des grands vicaires. En vérité, Monsieur, c'est un si grand bien que la destruction d'un fantôme dont le diable se sert pour troubler l'Église depuis tant de temps, qu'on peut bfen se baisser un peu, pourvu que ce soit sans préjudice de la vérité, pour contribuer à un si grand bien, et si nous avons du scrupule de trop plier, nous en devons avoir aussi de nous tenir trop roides, et d'avoir rejeté un accommodement raisonnable qui aurait pu rendre la paix à l'Église. Je suis tout à vous. »

Cette crainte de ruiner le mandement en y ajoutant de nouvelles restrictions paraissait très bien fondée, et M. d'Andilly n'en était pas moins touché que M. Arnauld. M. Hermant.àqui M. Barré avait epvoyé le mandementen diligence, lui ayant écrit avec quelque sorte de consolation de cette ouverture de la paix de toute l'Église qu'il venait de recevoir, étant auprès de M. de Beauvais sur la fin des visites de son diocèse, il lui fit cette réponse le 24 Juin :

« Je ne saurais assez vous témoigner quelle est ma joie de celle que votre billet d'hier me fait connaître que vous avez du miracle que Dieu a fait. Car peut-on nommer autrement l'écrit dont vous me parlez, puisque chacun peut en conscience signer purement et simplement, et qu'il est même beaucoup plus avantageux de le signer en cette sorte pour les raisons les plus fortes et les plus claires du monde, écrites sur cela par M. Arnauld à l'un de nos amis, que de mettre quelque chose auparavant que de signer, ainsi que quelques-uns, avant que de bien comprendre l'affaire, le voudraient faire. Il serait inutile de vous dire ces raisons, puisque vous les trouverez assez en vous-même; mais il est si important que vous en détrompiez ceux qui voudraient vous consulter sur cela ainsi que MM. de La Lane et Girard y travaillent de tout leur pouvoir, de même que M. Taignier ferait, s'il était en liberté de le faire. Des lettres que j'ai vues de lui témoignent son extrême joie de ce miracle, qui est le terme dont il se sert aussi bien que moi pour exprimer ce que Dieu a fait.

« En vous écrivant ceci, je m'avise qu'il vaut mieux que je

Sa MÉMOIRES DE éODEFROl HERMANt

VOUS envoie l'extrait de ses deux billets que j'ai vus, quoique je ne doute point qu'il ne vous en écrive aussi.

« Messieurs les évêques auraient maintenant plus que grand tort, si voyant la glace rompue, ils manquaient à ce qu'ils doivent à la vérité, et vous m'obligerez extrêmement de continuer à me mander ce que vous apprendrez sur cela. Je vous écris encore de Paris, mais je m'en retournerai lundi.

« Je suis tout à vous, sans prétendre vous faire jamais d'autres compliments. »

Extrait du premier billet de M. Taignier : « Je suis très satisfait du mandement, et j'y donne très volontiers mon approbation. Je ne ferai nulle difficulté de m'y mettre avec les autres, et je vous puis assurer que je mets le mandement au rang des miracles. »

Extrait du deuxième'billet :

« Plus je considère l'affaire du mandement, et plus j'en bénis Dieu; car qui aurait pu espérer un si grand bien de deux personnes qui ont si peu de rapport, et qui, sans manquer au respect que je leur dois, ne paraissent pas si zélés pour faire justice selon que la vérité le demandait. Mais Dieu a suscité des pierres, ainsi qu'il est dit, pour donner des enfants à Abraham.

« Je pense que vous aurez entendu parler sur ce mandement d'une manière bien diff'érente, car nous avons des gens qui ne savent, pour dire la vérité, ce qui est bon pour la vérité et pour la justice, et qui parlent mal presque de tout ».

M. Taignier était tellement prévenu de l'avantage de ce mandement que pour en donner l'exemple aux autres il en avait écrit de toutes parts aux personnes de sa connaissance particulière, tels qu'étaient M. Chéron, grand vicaire de Bourges, Messeigneurs de Comminges, de Conserans, d Alet, de Marseille, de Vence et d'Arles, et M. l'abbé Ciron, chancelier de Toulouse. Il n'oublia point aussi M. Duhamel, à qui il adressa cette lettre à Châlons le 19 juin :

« Mon Révérend Père, c Je reviens encore une fois me jeter à vos pieds pour

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