LIVRE xxix
abusent du nom du roi pour me l'ôter, et que d'ailleurs je considère cette cure comme une charge qui doit faire trembler les plus forts, j'ai cru jusqu'à présent que je devais abandonner toute cette affaire à la Providence de Dieu. Mais d'autant que cette môme Providence veut bien que nous nous servions des moyens qu'elle nous présente, j'ai pensé que je ne ferais rien contre ses ordres, si j'acceptais les offres très obligeantes que vous me faites de votre service en cette affaire, et si je vous témoignais que j'aurai pour très agréable tout ce que vous jugerez à propos de faire pour celui qui est avec beaucoup de respect, « Monsieur,
« Votre très humble et très obéissant serviteur et religieux,
« F. Le Fèvre. »
Il avait raison de se plaindre du procédé que l'on tenait dans cette sollicitation pour son retour, et on ne pouvait se servir d'un moyen plus naturel pour l'empêcher que de s'adresser a Ms'' de Rennes, qui n'était pas seulement l'exécuteur des ordres de la reine-mère dans toute cette affaire du jansénisme, mais qui de son chef était fort porté à ne perdre nulle occasion de faire sa cour aux dépens des disciples de saint Augustin. Il venait d'être revêtu depuis quelque temps de l'archevêché d'Auch pour récompense de son zèle, et quoiqu'il tînt cette dignité au dessous de lui, parce que l'archevêché de Paris lui était plus agréable et plus conforme à sa cupidité insatiable*, il voulait néanmoins donner des marques de sa reconnaissance envers la reine-mère en secondant toutes ses inclinations. M™° de Sénecey se trouvait aussi jointe avec lui dans cette affaire, parce qu'elle se faisait un grand mérite que la congrégation de Sainte- Geneviève, qui était l'ouvrage de son oncle le cardinal de La Rochefoucauld, fût entièrement exempte de l'ombre du soupçon de jansénisme, c'est-à-dire, que les enfants de saint Augustin fissent une profession publique d'abandonner la doctrine de leur Père pour embrasser celle de Molina et des Jésuites, avec lesquels cette dame avait une étroite liaison.
1. Ces mots : et plus conforme... ont été barrés au uis. peut-iHro par Hermant lui-inème.
494 MÉMOIRES DE GODEFROl HERMANT
Quant à la lettre de M . Tévêque d'Alet dont le Père Le Fèvre parlait dans la sienne, il y avait déjà deux ans qu'il l'avait écrite à M. le curé de Saint-Nicolas du Chardonnet, son ami ; mais elle n avait été imprimée que depuis peu de jours. Dieu donna ensuite plus de lumières à ce prélat qu'il n'avait alors, pour le récompenser de la droiture de son cœur, et on le verra dans la suite exposé à la souffrance, comme quelques-uns de ses confrères, pour ne pas croire qu'il faille recevoir aveuglément toutes les décisions de Rome touchant les faits non révélés.