‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 309 sur 440 · LIVRE XXIX · texte numérisé non relu

LIVRE XXIX

Savreux a une étrange pratique dans le débit de cette pièce. Je ne sais quelle est la suite de l'exil de ces trois Pères de l'Oratoire. Vous voyez que leurs signatures fréquentes ne les ont pas garantis'. »

Quoique M. de Bernières ne témoignât point par cette lettre qu'il ressentît aucune indisposition, il contracta néanmoins dans le cours de ce voyage la maladie dont il mourut, et qui l'enleva au bout de neuf jours et le dernier de juillet ; quoique les médecins que l'on avait consultés ne la jugeassent pas dangereuse. M. Guillebert, docteur de Sorbonne, son ancien précepteur, également distingué par sa piété et par sa doctrine, y avait été conduit par un ordre secret de la Providence, pour lui rendre ses derniers devoirs dans ces moments si précieux et si importants qui joignent le temps à l'éternité. Les mauvais offices que l'on avait rendus à cet ancien maître des requêtes si charitable et si chrétien ne lui firent jamais perdre la paix et la tranquillité du cœur au milieu de son exil, et l'assistance des pauvres fit toujours sa consolation dans cette longue disgrâce. Il ressentit jusqu'à la mort une aff'ection tendre et sincère pour le monastère de Port-Royal, où il avait une fille religieuse, mais ce fut sans affaiblissement, et sans rien diminuer de l'amour que Dieu lui avait donné pour la vérité et pour la justice. Il s'excita lui-même au mépris de cette vie périssable par une profonde méditation et par une amoureuse prononciation de l'Écriture, serrant la croix du divin Sauveur, et disant avec une ardeur incroyable dans la plus grande violence de son agonie : Nemo tollet eam a me. Ce fut ainsi qu'il remit son âme, peu heureux selon le monde, puisqu'un homme de sa nstissance, fils du second président à mortier du Parlement de Rouen, destiné à la possession de grands biens, allié à Paris avec une famille très considérable et illustre dans la robe, pouvait attendre raisonnablement une fin plus douce, s'il eût voulu suivre comme les autres le torrent du siècle; mais solidement heureux, à en juger selon l'esprit de la foi, puisqu'il joignait en sa personne la béatitude de ceux qui souffrent persécution pour la justice à celle des miséricordieux, et que l'exil était la

1. Ce passage, depuis : Le chapitre d'ici, a été barré au vas. et ue figure pas à la copie.

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récompense visible des grandes et continuelles charités qu'il avait faites aux pauvres depuis que Dieu lui avait donné le goût des vérités de l'Évangile.

Six heures après sa mort, Tordre du roi qui le rappelait d'Issoudun avec liberté de se retirer en une de ses terres arriva inopinément; mais Dieu avait fini son bannissement d'une manière plus avantageuse, en l'établissant pour jamais dans la véritable patrie des prédestinés, autant que l'on en peut juger par la lumière et les principes de la religion chrétienne.

Il fut regretté par tous ses amis, qui connaissaient plus particulièrement la sincérité de son âme; et M. Hermant, docteur de Sorboune, qui était de ce nombre depuis longtemps, en écrivit à M.Taignier leur ami commun et engagé avec lui dans une même disgrâce, qui ne leur avait été causée que par les mêmes impostures de leurs ennemis communs. La voici telle qu'on l'a trouvée dans les papiers de ce docteur.

« Comme votre douleur est la mienne, aussi dois-je vous demander à vous-même les consolations dont j'ai besoin, en vous faisant part de celles que Dieu m'a données dans une affliction qui nous est commune. Elle est si grande, que s'il ne nous rehaussait par la foi pour nous dépouiller de tout autre intérêt que celui de sa gloire, nous demeurerions dans une extrême consternation après la mort d'un si excellent ami. Mais quand nous considérons que plus les circonstances de cette mort sont affreuses aux yeux des hommes, plus elles sont précieuses devant Dieu, nous avons sujet de le bénir plutôt que de nous en affliger; n'y ayant rien de plus glorieux que de porter devant son trône les deux titres de martyr de la charité et de confesseur de la vérité réunis dans une même personne. Il est vrai que ceux qui sont les auteurs de cette mort ont sujet de s'aflliger d'avoir déclaré une guerre si cruelle à une si grande innocence et à une vertu si éprouvée; mais puisque cet aveugl ment est un jugement terrible sur eux, contentonsnous de voir la miséricorde que Dieu a faite à notre ami en le faisant mourir de la mort de ses j ustes et de ses saints, dans un temps où il n'y a presque que l'ambition et l'avarice qui aient leurs martyrs. Comme son exil a été la récompense de son amour nour la vérité et de ses aumônes,

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