‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 310 sur 440 · LIVRE xxrx · texte numérisé non relu

LIVRE xxrx

aussi sa mort dans l'exil est le couronnement de toutes les autres grâces que Dieu lui a faites. Pour n'être pas convaincu de cette vérité, il faudrait croire, par un étrange aveuglement, que ce n'est pas un bonheur de souffrir persécution pour la justice, et que ceux qui commencent à , vivre d'une vie tout à fait sainte et éternelle perdent la charité qu'ils avaient pour nous dès qu'ils sont établis dans le bonheur de l'éternité. Ayons des pensées plus dignes de la pureté de notre religion, et croyons que si notre ami a eu un zèle extrême pour l'Église, lorsqu'il était encore chargé de la masse de son corps et sujet aux infirmités de tous les hommes, l'ardeur de cet amour spirituel est augmentée jusqu'à un souverain degré de perfection, depuis qu'il a perdu par la mort tout ce qu'il avait de mortel et de corruptible^ et qu'il s'est réuni à Dieu comme un ruisseau à sa source. Il est vrai qu'à parler humainement ce nous est une douleur bien sensible d'être séparés d'une partie de nous-mêmes et condamnés à mourir par pièces, en souffrant autant de différentes morts que nous perdons d'intimes amis; mais cela même nous apprend à nous détacher de toutes choses pour les rejoindre, et pour terminer notre malheureuse vie aussi saintement que ceux qui en mourant dans un apparent exil sont entrés pour jamais, autant que l'on le peut croire par la lumière de la foi, dans l'éternelle jouissance de leur patrie.

« Mes péchés me privent de la consolation de vous l'aller dire moi-même, et de vous rendre en cette rencontre tous les services que vous pourriez désirer de moi. Mais au moiny je vous supplie de vous fortifier tous les jours contre votre tendresse, et de chercher dans une parfaite soumission à la volonté de Dieu tous les secours que l'on peut ressentir dans la solitude. »

M. de Bernières ne fut pas le seul de sa famille qui causa des larmes à M"" la Présidente, sa mère, dans le cours de peud'années. Elleperdit aussi deux autres fils: l'un capitaine aux gardes, homme de cœur et de mérite, tué par un accident dans le Boulenois où sa compagnie avait été commandée avec quelques autres troupes pour faire rentrer dans le devoir quelques paysans révoltés, et l'autre qui mourut à Malte où il était chevalier. De sorte qu'ayant toujours été considérée comme l'une des plus heureuses mères

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du monde, ceux qui enviaient son bonheur commencèrent à compatir à tant de différentes afflictions'.

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