‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 314 sur 440 · CHAPITRE Vlll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vlll

Suite do la lettre de M. d'Angers au roi. M. de Lyonne lui apprend la manière dont elle a été reçue. M. d'Angers l'en remercie.

La prévention de la cour contre M. l'évêque d'Angers était si grande, à cause de M. Arnauld, son frère, et de Port- Royal, que l'on ne devait guère espérer que la lettre qu'il avait écrite au roi pour lui représenter les raisons de ne pas ordonner dans son diocèse la signature pure et simple du formulaire dût produire aucun bon effet, et à peine pouvait-on s'en promettre la lecture. Néanmoins M. de Lyonne, qui était son ami depuis longtemps, lui apprit par cette lettre que la chose avait eu un autre succès.

« A Saint-Germain en Laye, le 5 Août,

« Je ne vous remercierai point que vous m'ayez épargné. Je me plains plutôt de votre bonté, et vous ne savez ni le pouvoir que vous avez sur moi, ni le plaisir que je ressens à être favorisé de vos ordres, de quelque nature que ce puisse être. Après cepetit préambule, je vous dirai que j'ai assisté à la lecture que M. de la Vrillière a faite en plein conseil au roi de la dernière lettre que vous lui avez écrite. Elle fut écoutée de Sa Majesté et de tous ceux qui se trouvaient présents avec une extrême attention ; mais non pas sans interruption, sans plusieurs gloses et répliques en plu-

l 4. Une page et demie blanclie au ms.

sieurs endroits. Le roi dit d'abord que cela ne le surprenait point, et qu'il avait soutenu à M. le nonce, plus d'un quart d'heure durant, que les évêques qui avaient écrit au pape pour la signature du formulaire ne prendraient point pour eux ce que Sa Sainteté avait ordonné sur le mandement des grands- vicaires de Paris, si sa Sainteté ne répondait à leurs lettres et ne leurordonnait la même chose qu'auxdits grandsvicaires. Sa Majesté ordonna ensuite de reparler à M. le nonce; ce que je n'ai pu encore faire, parce qu'il n'est point ici depuis que cela m'a été commandé, ou pour dire plus vrai, y étant venu me chercher, il se rencontra que ce jour là j'étais allé à Paris*.

« Je suis très persuadé qu'en tout ce que vous faites vous n'avez autre motif que la décharge de votre conscience. 11 n'est pas besoin de raisonner bien avant pour le voir clair comme le jour; car les intérêts humains dont vous parlez se trouvent plutôt à suivre le parti que vous n'embrassez point. Comme les matières dont il est question sont bien au-dessus de la portée de mon esprit et de mon intelligence, je ne puis pas bien satisfaire au désir que vous témoignez, qu'après avoir lu attentivement votre lettre je vous en dise ingénuement mon sentiment particulier. Je vous dirai néanmoins, puisque vous l'ordonnez, qu'il me semble que vos raisons ont plus de subtilité que de force ; et que connaissant, comme vous faites, la véritable intention du pape par l'ordre qu'il a donné aux vicaires, votre propre conscience, qui est ce qui vous fait peine, serait beaucoup plus en sûreté de vous y accommoder comme les autres qu'elle ne le peut être par le chemin que vous prenez. Car enfin il est plus à présumer que vous vous puissiez tromper que le pape, et vous devez vous-même avoircesentiment intérieur. Or vous ne pouvez douter de la véritable intention du pape. Je sais que vous répondrez que vous n'êtes pas obligé de croire ce qu'il croit, s'il ne l'a décidé comme un article de foi. Mais, Monsieur, passons plus avant, examinez-vous; quand le pape aura déclaré à votre égard comme il l'a fait aux grandsvicaires, y souscrirez-vous comme à une chose que vous croyez véritablement, ou seulement par une simple déférence

1. Ces mots, depuis : ou pour dire plus vrai, sont barrés au ms. et non reproduits à la copie.

Page 1