LIVRE XXIX
Sa mort étant arrivée inopinément le 19 août de cette année 1662 M. de Beaupuis, qui y assista, en manda la nouvelle en diligence à M. Hermant, leur ami commun, par cette lettre datée du même jour :
« Le malade que nous avions ici a quitté ce monde environ une heure après minuit, ayant été vingt-quatre-heures en léthargie, dans laquelle il était tombé lorsqu'on ne s'en défiait nullement, les médecins ayant avoué qu'ils n'avaient jamais été plus surpris, quoique plusieurs des plus habiles l'eussent vu le soir même avant que cela arrivât. Elle commença par une horrible convulsion, qui lui prit hier après minuit, une heure ou deux après que ceux qui avaient accoutumé d'être auprès de lui se furent couchés, hors deux personnes qui étaient restées pour le garder. Ces personnes, merveilleusement étonnées d'un accident si épouvantable et si inopiné, éveillèrent toute la maison en sursaut. On y entendit aussitôt de grands cris et des gémissements tout à fait pitoyables. Je m'éveillai à ce bruit, et étant descendu au plus vite, je vis tout le monde dans la plus grande désolation' que l'on se puisse imaginer. Je m'approchai du malade, que l'on tourmentait pour tâcher de le réveiller de son assoupissement. Cela réussit. Je lui dis quelque parole et envoyai aussitôt quérir M. le curé-..., qui l'avait déjà vu et à qui il s'était confessé plusieurs fois devant sa maladie, pour lui apporter* les sacrements. Il les lui apporta incontinent, et le malade les ayant reçus avec connaissance et beaucoup de dévotion, il perdit un quart d'heure après la parole et la connaissance, et n'en a point eu depuis. Ce qui nous a donné lieu de croire que Dieu ne les lui avait rendues durant ce petit intervalle que pour lui faire recevoir les sacrements, qu'il avait commencé de demander, au moins celui de la Sainte Eucharistie, plus de quinze jours auparavant, et que les médecins avaient toujours empêché de lui donner, ne jugeant pas qu'il y eût rien qui pressât. M. le Curé a témoigné avoir été extraordinairement édifié de sa mort, aussi bien que M. de Sainte- Marthe, qui Ta vu quelques fois durant sa maladie. C'est un