Cette lettre est citée in extenso dans la Gazette n
seconde insulte de la rage des Corses, que ceux qui gouvernent le pape ont voulu maintenir jusqu'au bout, comme s'ils avaient fait une bonne action, on a investi de nouveau son palais par huit ou dix corps de gardes ; on en a posé d'autres devant ceux des cardinaux Antoine et d'Esté, et du duc Cesarini; on a fait entrer dans la ville quatre à cinq mille hommes, tant cavalerie qu'infanterie; on a interdit aux marchands toute sorte de commerce avec les Français; on a même soustrait les aliments au dit duc, ayant été défendu aux boulangers et aux bouchers de ne lui fournir par jour qu'une quantité de pain et de viande qui ne suffisait pas même pour la subsistance ordinaire de sa maison, entassant de cette sorte attentats sur attentats contre le droit des gens, sans aucun respect pour un roi fils aîné de l'Église, et sans considérer ni les justes causes que l'on aura de s'en ressentir vivement, ni le pouvoir qu'il a de le faire quand il voudra, sans blesser en rien le respect que sa piété fait croire qu'il rendra toujours au Saint Siège. Le dit duc ne voulant donc pas commettre plus longtemps la dignité de son maitre, déjà blessée par tant d'outrages, a été forcé de prendre la résolution de nous quitter, et est sorti ce matin avec l'ambassadrice sa femme et la plus grande partie de sa famille, pour aller chercher dans les états du grand duc la sûreté qu'il ne trouvait plus ici. Tout ce que nous avons pu faire a été de l'accompagner de nos bénédictions et de nos larmes, qui ont été redoublées quand une heure après nous l'avons vu suivi du cardinal d'Esté, l'amour et les délices de cette ville, avec une détestation générale de la conduite de ceux qui les ont chassés si imprudemment, sans avoir eu égard aux malheurs dont vraisemblablement doit être suivie cette barbarie, qui n'est plus un effet qu'on puisse imputer à la fureur des Corses, mais à un dessein formé de perdre tout le respect qui est dû à un grand roi, et violer une seconde fois le droit des gens en la personne de son ambassadeur.
«Aussitôt qu'il a été hors des portes, il semble que l'effroi, le désordre et la violence ont commencé de régner ici. On a poursuivi avec outrage le peu de Français qui y étaient restés. On bat, maltraite et emprisonne scandaleusement et inhumainement tous les pauvres pèlerins français. On a continué avec plus de chaleur le procès commencé contre