‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 351 sur 440 · LIVRE XXIX · texte numérisé non relu

LIVRE XXIX

M. d'Angers ne savait encore rien des lettres de M. de Beauvais au pape et au roi, que parce que M. d'Andilly, son frère, lui en avait mandé ; mais quand il les eut lues, il lui écrivit encore cette autre lettre le 17 septembre :

« Monseigneur,

« Après avoir témoigné mon estime toute extraordinaire de votre conduite et de votre générosité véritablement épiscopales, j'ai maintenant à vous rendre de très humbles remerciements de la faveur que vous m'avez faite de vouloir bien me donner part de ces deux admirables lettres qui vivront autant que l'Église dont elles défendent si fortement les droits et la liberté. Elles ont fait une telle impression dans mon esprit et dans mon cœur, que votre modestie ne pouvant souffrir les louanges qui vous en sont dues, je me contenterai, Monseigneur, de vous protester, que je ne souhaite rien avec plus d'ardeur que de me rendre digne de l'honneur de votre amitié, et de rencontrer des occasions de vous faire connaître par des effets que Ton ne peut être avec plus de respect et de passion queje suis, etc. »

Dès que M. de Beauvais eut reçu ces deux lettres de M. d'Angers, il y répondit par celle-ci, du 25 de septembre :

« Monseigneur,

« J'ai reçu en même temps les deux lettres qu'il vous a plu m'écrire, et je ne sais si je dois dire que c'a été avec autant de confusion que de joie. Je ne pouvais assurément recevoir une plus grande satisfaction que de me voir si avant dans l'estime d'un prélat d'une vertu aussi élevée que la vôtre, et pour lequel j'ai toute la vénération imaginable. Mais je vous avoue aussi que j'ai été tout confus de la manière dont vous exprimez vos sentiments à mon avantage, et j'aurais peine à le souffrir sans m'en plaindre comme d'un excès, si je ne considérais, Monseigneur, que si ce que j'ai fait pour défendre la liberté de l'Eglise et pour ne me point soumettre au joug que nos pères n'ont pas porté mérite quelque approbation et quelque louange, elle retombe sur vous, puisque je n'aifait que vous suivre et imiter votre conduite. Vous nous avez donné dès l'année passée un exemple si rare de vigueur et de générosité épiscopale, par les lettres que vous écrivîtes au pape et au roi, et vous l'avez con-

firme cette année par de nouvelles marques d'une constance et d'une persévérance pour le bien et pour la défense des véritables intérêts de l'Église si solide et si chrétienne, que je me croirais le plus coupable de tous les hommes, si je n'avais fait tous mes efforts pour profiter d'un exemple si illustre, en ayant ressenti de violents désirs l'année dernière, qui furent retenus par des considérations qui me paraissaient assez pressantes. Mais j'ai cru enfin, Monseigneur, que je devais passer par dessus toutes ces considérations^ et ne m'attacher qu'à ce qui était de mon devoir, et j'ai pensé que l'application continuelle et point du tout interrompue que vous avez pour les âmes qui sont commises à vos soins étant un témoignage indubitable que c'est l'esprit de Dieu qui vous anime et le seul zèle de sa gloire, l'on ne devait point aussi douter que ce ne soit le même esprit qui vous fait agir et écrire avec tant de résolution et tant de force dans un temps où la faiblesse est si commune parmi les ministres de l'Eglise ; et je me suis imaginé que c'était suivre l'esprit de Dieu et sa conduite, que de se conformer à la vôtre. Je souhaite, Monseigneur, d'être assez heureux, pour ne m'en séparer jamais, d'avoir assez de grâces pour imiter ce zèle que Dieu vous donne pour l'Église ; et si je ne puis pas prétendre d'égaler vos vertus, je ferai au moins paraître l'estime que j'ai pour votre mérite par le respect que j'aurai toute ma vie pour votre personne, et par le soin que je prendrai de chercher les moyens de vous donner à connaître par des effets que c'est à toute épreuve et sans réserve que je suis, « Monseigneur, « Votre très humble et très obéissant serviteur,

« Nicolas, évoque et comte de Beauvais ».

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