‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 350 sur 440 · LIVRE XXIX · texte numérisé non relu

LIVRE XXIX

quinze jours, et nous apporteront un acte authentique et original de leurs souscriptions. Et pour les autres ecclésiastiques qui ne font point corps de communauté, ils viendront signer en notre secrétariat, ou entre les mains de leurs doyens ruraux.

« Fait àChâlons, en notre palais épiscopal, le second jour de septembre.

« Signé Félix : évêque, comte de Châlons, et plus bas, Par Monseigneur, Herbunot. »

Le formulaire de l'Assemblée était imprimé au bas de ce mandement, qui n'omettait rien que les peines contre ceux qui y contreviendraient. Mais elles y étaient assez comprises par l'exécution exacte des délibérations du corps qui n'avait nulle autorité sur ce prélat, comme il l'avait reconnu luimême en plusieurs rencontres.

M. l'évêque de Vence n'était pas tout à fait de son sentiment. Car quoiqu'il eût fait signer le formulaire ^ son retour de l'Assemblée, ainsi que nous l'avons vu, il avait pris depuis ce temps-là une nouvelle vigueur; et la lettre qu'il avait écrite au roi montrait combien il avait d'éloignement pour la violence et l'injustice dont ses confrères se faisaient un grand mérite à la cour. Ce fut le sujet de cette autre lettre qu'il écrivit à M. le comte de Brienne, le père, pour répondre à celle qu'il en avait reçue :

« Monsieur,

« La lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire est pleine de tant de bonté pour moi, que je ne puis vous expliquer la joie qu'elle m'a donnée et la reconnaissance qui m'en demeure.

Monsieur votre fils ne m'a point fait la faveur de m'écrire de quelle façon Sa Majesté avait reçu la mienne ; mais je l'ai appris par une autre voie, et la réponse du roi me confirme de plus en plus dans l'opinion que j'avais de sa prudence et de son jugement. Car il a dit que le pape devait répondre aux évêques* qui lui demandaient ce qu'ils avaient à faire pour la signature, et que son silence était cause que la querelle ne finissait point. Au

1. Ms. : aux lettres, la correctioij est (}e la Mère I^e Féroa.

moins c'est ce qu'une personne bien informée m'a mandé. En effet, Monsieur, quel respect plus grand peut rendre un évêque au chef de l'Église que de lui demander comment il se doit conduire en une affaire sur laquelle il ne s'est point expliqué? Car en quel bref a-t-il marqué qu'il entendait que l'on signât? C'est se moquer d'alléguer le bref adressé à Messieurs les grand s- vicaires de Paris, où il n'en dit pas un mot. Et ce qu'il adresse à des personnes de cette qualité peut-il servir de réponse à ce que lui écrivent des évêques? S'il y a jamais eu une consultation importante, c'est celleci; et il n'y a point d'exemple dans l'histoire que les papes ayant été consultés sur des points aussi considérables n'aient pas incontinent répondu. Mais je sais fort bien que le pape n'approuve pas le formulaire, et que l'engagement dans lequel on l'a mis fait qu'il le souffre comme une chose que l'on lui persuade être nécessaire pour soutenir sa bulle. En effet, par les règles de Rome et des intérêts de l'autorité du Saint Siège, il ne doit pas approuver cette conduite de nos assemblées. Mais enfin il l'approuve ou il ne l'approuve pas; s'il l'approuve, pourquoi ne se pas déclarer? s'il ne l'approuve pas, pourquoi laisser dans l'église de France la division faute de s'expliquer? Et si je parlais à un homme moins informé et moins clairvoyant que vous n'êtes, je lui dirais là-dessus beaucoup de choses, dont assurément il demeurerait d'accord.

« Dieu me garde de préférer mon sentiment à celui de mes confrères par présomption; mais sachant comme les choses se sont passées, et ce que la plupart pensent sans l'oser dire, ils ne s'offenseront pas, s'il leur plaît, que je ne sois pas de leur opinion. J'ai toutefois bien montré que je ne voulais pas me séparer d'eux, faisant signer le formulaire à mes chanoines et à mes curés qui ne savent rien des questions présentes. Je ne perdrai non plus jamais le respect que je dois aux décisions du Saint Siège, et je saurai bien mettre sur ma bouche la porte de circonspection que demande le Prophète ; mais j'ai une douleur bien sensible de voir que la passion de quelques particuliers excite la tempête, et s'oppose à la bonace qu'il serait si facile de faire revenir. Assurément si la querelle était entre les Cordeliers et les Dominicains, on ne s'en mettrait point en peine, et on la laisserait vider dans l'Université. Mais c'est une affaire de parti plutôt que

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de religion, et le plus fort veut accabler le plus faible. Ne vaudrait-il pas mieux tâcher à le ramener, s'il s'égare, par des moyens véritablement évangéliques, et non pas par ceux que l'on emploie contre tant de personnes de mérite et de vertu? Je révère la piété du roi, qui a sans doute les meilleures intentions du monde et dont on ne peut assez recommander le zèle. Je me promets par les choses qu'il a dites qu'il ne se laissera pas tant emporter par ceux qui sont autour de lui, qu'il ne se réserve la liberté du jugement pour distinguer ceux qui agissent par passion ou par complaisance d'avec ceux qui agissent par le pur amour de la vérité et par le désir de la paix. Mais dans l'histoire nous avons des exemples de fort bons empereurs qui ont été trompés par des évêques, et qui, sur leur rapport, en ont persécuté que l'Église honore comme saints. Je n'ai garde d'appréhender rien de semblable sous un prince aussi sage que le nôtre, à qui Dieu a fait trop de grâces jusqu'ici pour permettre qu'il soit si malheureusement surpris. Ce que vous me mandez de l'abattement des temples qu'il a ordonné affermira son trône si glorieusement que rien ne pourra l'ébranler.

« Voilà, Monsieur, bien abuser de votre patience. Croyez s'il vous plaît, que j'aurai toujours pour vos avis tout le respect possible, que je profiterai de votre lettre, et que je serai toute ma vie avec une très ardente passion, etc. »

Les temps étaient si fâcheux pour les disciples de saint Augustin qu'ils se croyaient obligés de regarder comme leurs amis ceux qui ne leur jetaient point des pierres, d'excuser la faiblesse de ceux qui se laissaient aller au torrent, pourvu qu'ils ne se déclarassent point contre eux d'une manière envenimée, et de dire comme on lit dans un endroit de l'Évangile : « Quiconque ne se déclare point contre moi est pour moi ». Ainsi ces lettres de M. de Vence étaient bien reçues' de la part de ses anciens amis, tels qu'étaient M. d'Andillyet M. d'Angers, son frère. Mais ils étaient encore plus touchés de ceux d'entre les prélats qui

1. Ces trois mots, écrits par la M. Le Féroa, remplacent une ligue d'Hermant si bien barrée qu'elle est illisible. C'est la dernière correction faite au ms. par la M, Le Féron.

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défendaient la vérité en souffrant pour la justice, et ce fut le sujet de cette lettre du même M. d'Angers à M. de Beauvais, du 13 septembre :

« Monseigneur,

«c Quoique j'aie toujours eu un respect tout extraordinaire pour vous, et que j'aie toujours espéré, quand Dieu m'a donné la résolution de m'opposer de tout mon pouvoir au nouveau joug qu'on nous voulait imposer, que je vous aurais pour soutien dans une cause si bonne et si juste, j'avoue toutefois, iMonseigneur, que ce que vous venez de faire par un zèle véritablement apostolique, et qui vous fait embrasser avec la même ardeur les intérêts de toute l'Église que ceux de votre diocèse en particulier, augmente encore de telle sorte ma vénération pour vous, que je ne saurais m'empêcher de vous la témoigner, et de vous dire combien je m'estime heureux de vous ressembler en quelque manière. Et plût à Dieu que ce fût en tout ! Car que pouviez-vous faire davantage, Monseigneur, pour tâcher d'éteindre l'embrasement que l'on voit depuis tant d'années avoir, sous prétexte d'une chimère, été allumé dans l'Église par quelques particuliers pour satisfaire leur vengeance, que d'en écrire au pape et au roi avec autant de force et de générosité que j'apprends que vous avez fait? Si plusieurs vous ressemblaient, il y a longtemps que ce fantôme qui trouble sans sujet les consciences serait disparu, et que nous jouirions de la paix après laquelle tant de gens de bien soupirent. Quant à moi, Monseigneur, je proteste que je tiendrai toujours à une grande gloire de me conformer à votre conduite, que rien ne sera jamais capable de me séparer de vous, parce que sachant que vous ne regardez que Dieu seul dans toutes vos actions, je suisassuré de ne pouvoir m'égarer lorsque je marcherai sur vos pas, votre zèle étant accompagné de tant de lumière, et votre courage de tant de prudence, que vous ne sauriez ni manquer, ni excéder dans tout ce que vous entreprenez pour remplir tous les devoirs de votre saint ministère. Je vous supplie très humblement. Monseigneur, d'être persuadé de cette vérité, de demander s'il vous plait, à Dieu pour moi des grûces dont j'ai ibesoin pour en produire l'effet, et de croire qu'il est impossible d'être, avec plus de passion, que je suis, etc. »

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