‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 353 sur 440 · LIVRE XXIX · texte numérisé non relu

LIVRE XXIX

absolument l'exclusion à quelques autres; mais il y en avait plusieurs qui avaient fortifié leur conscience contre ce scrupule, et M. Chassebras, docteur de la société de Sorbonne, était de ce nombre, jusqu'à porter M. Barré, qui faisait les fonctions de curé dans sa paroisse, à s'élever au-dessus de cette formalité.

Ce pasteur, qui s'était signalé avec tant d'éclat par ses monitions dans l'affaire de son archevêque disgracié, était à Paris au mois de septembre, avec beaucoup de chagrin de se voir abandonné de celui pour lequel il avait exposé sa liberté et sa vie ; mais il ne s'y montrait point qu'à ses amis plus particuliers, et ce fut de là qu'il écrivit à M. Taignier cette lettre, le 29 septembre, le croyant plus près de lui qu'il ne pensait :

« Monsieur,

« Puisque je vous ai écrit dans mes voyages tous les succès d'un si long pèlerinage et tous les accidents qui me sont arrivés depuis sept ans, je vous dois présentement faire part de mon arrivée en cette ville, depuis quatre ou cinq jours. Il y a près de six mois que je suis par les chemins, avec assez d'ennui, de fatigue et de dépense. J'ai presque toujours été sans compagnie. L'incommodité de la saison m'a contraint de m'arrêter dans les grandes villes plus que je ne voulais, et depuis ma sortie de Rome, qui fut au mois d'avril, je n'ai appris aucune nouvelle de l'affaire qui vous regarde, sinon qu'en la ville de Milan on m'écrivit de Rome que M. de Marca était mort. A Lyon, j'ai su que votre affaire dormait, et dès Turin, où j'appris l'injure faite à notre ambassadeur en la ville de Rome, je jugeai que ce nouvel incident retarderait tellement les bulles du nouvel archevêque et sa prise de possession, d'où dépend notre rétablissement, que toute la suite de ce grabuge pourrait bien faire dormir cette affaire autant que les sept dormants.

Enfin, Monsieur, ayant trouvé les affaires au même état où elles étaient il y a six ans, je me suis trouvé obligé de garder la chambre et de voir peu de monde, in occulto. M. Joly me rendit hier visite, et me fit assez connaître par son discours que touchant l'intérêt des amis on n'obtiendrait pas tout ce que l'on voudrait. Il me dit que les

Jésuites voulaient séparer la cause de M. Duhamel des intérêts de M. le cardinal de Retz, jusque-là que s'ils n'en pouvaient venir à bout, pour l'exclure de la grâce du retour ils embarrasseraient les deux autres curés avec lui pour faire au moins qu'on retardât leur retour. Il me donna à entendre que je devais me contenter d'abord d'une permission de revenir, et qu'ensuite on travaillerait à obtenir la révocation de la sentence. Enfin j'ai vu que M. le cardinal de Retz avait aussi mal négocié pour ses amis que pour lui ; et qu'ainsi je me trouve fort éloigné de la parole que vous m'aviez donnée avec M, Du Gué-Bagnols, qu'on ne m'abandonnerait jamais et qu'il ne me manquerait rien. Car je ne vois pas même qu'on se mette en peine de me retirer en quelque lieu. Si la disgrâce continue, je me trouverai obligé de rechercher la faveur et la protection du futur évêque. Il fut samedi en ma paroisse se mettre de la grande confrérie, etpria mon vicaire, en m'écrivant, de me faire ses recommandations, et qu'il me voulait servir au plus tôt. Pour nouvelle, on fait mine à la cour d'être fort en colère contre le pape et ses parents. On a envoyé M. d'Aubeville en Italie offrir au duc de Parme ^ quinze mille hommes et argent pour rentrer dans sa principauté de Castro, avec assurance qu'on retiendra Avignon jusqu'à la restitution. On a fait dire au vice-légat qu'il eût à faire sortir les Italiens et les Corses de la dite ville; qu'autrement l'ordre serait donné aux gouverneurs des provinces voisines d'approcher avec des troupes. Le roi n'a point voulu lire les lettres du pape... »

Le chagrin de M. Chassebras ne pouvait pas se guérir par le moyen de M. Taignier, qui était abandonné lui-même en toutes manières, et qui n'avait reçu que des duretés pour tous les services dont on lui était redevable. Mais l'un de ces deux docteurs avait plus de fermeté que l'autre, et l'amour qu'il avait pour la vérité le réservait à mourir dans sa disgrâce; au lieu que le curé de la Magdeleine devait ajouter le titre de prieur de Chaumont à ses autres qualités, après son rétablissement.

M. l'abbé de Pontchâteau' apprit vers ce temps-là plu-

1. En 1662 le duc de Parme était Raouce II Farnèse (1630-1694), qui avait succédé à son père Odoard en 1646.

2. Sébastien Joseph du Cambout, marquis de P on tchâteau, était neveu de Richelieu; il eut lui-même pour neveux le duc de Goislin et le cardinal de Coislin. Né en 1634, il mourut en 1690.

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