LIVRE XXIX
sieurs particularités touchant l'histoire de ce qui se passait dans l'Église. Il sut de M. l'abbé Le Camus, aumônier du roi et depuis évêque de Grenoble, que depuis quelque temps, la cour étant à Saint Germain, il avait eu conférence avec M. Cornet sur les cinq propositions ; qu'entre autres cet abbé, parlant de la cinquième, avait demandé à M. Cornet si l'on pouvait dire qu'elle fût dans Jansénius au sens que le pape l'avait condamnée, savoir qu'il est hérétique de dire que Jésus-Christ fût mort seulement pour les prédestinés; que cet ancien docteur lui avait avoué qu'elle n'y était pas en ce terme-là, puisque M. d'Ypres reconnaît que Jésus-Christ est mort pour tous les hommes, et ajouta que le pape s'était trompé en prenant une question de droit pour celle de fait, sur laquelle on le priait qu'il prononçât. Que lui, abbé Le Camus, ayant dit à M. de Rodez ce qu'il avait appris de M. Cornet sur cette matière, cet évèque ne manqua point d'entrer en éclaircissement sur cela avec celui qui avait avancé cette parole, et lui demanda, la première fois qu'il le vint voir, s'il était vrai qu'il l'eût dite à M. Tabbé Le Camus ; que M. Cornet le nia d'abord absolument ; mais que s'étant rencontrés le même jour tous ensemble, M, Cornet fut obligé de reconnaître qu'il en était demeuré d'accord, ayant avoué que M. d'Ypres n'avait jamais enseigné la doctrine de cette cinquième proposition dans le sens que le pape l'avait condamnée. Ce détail parut de si grande importance à M. de Pontchàteau, que dès qu'il l'eût appris de M. l'abbé Le Camus, il l'écrivit à l'instant même, afin que ce fait si important pût servir en temps et lieu, pour faire voir comment ce docteur chef d'intrigue se jouait des hommes en contraignant les disciples de Saint Augustin, par l'exclusion de la Faculté et par les censures de l'Église, de signer comme un article de foi un fait qu'il ne croyait pas lui-même, et qui était démenti par le témoignage de sa propre conscience.
M. l'abbé de Pontchàteau mit aussi sur ses mémoires une autre particularité qu'il avait apprise autrefois du même M. l'abbé Le Camus, et que M. de Montauban lui avait confirmée depuis peu de jours, l'ayant sue de M. Lescot, évêque de Chartres, savoir que M. de Marca, s'assemblant avec eux pour l'exécution des bulles, avait dit à ces deux évêques de Montauban et de Chartres : « Le pape n'est
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qu'un faquin qui ne croit pas en Dieu. Ce n'est pas aussi à cause de lui que nous nous assemblons; mais les jansénistes sont amis du cardinal de Retz, qui n'est pas agréable à la cour, nous la forcerons ' de les pousser, il le faut faire ». Quel plus grand mépris du pape pouvait-il faire que d'en parler en termes si injurieux dans le temps qu'il faisait un crime aux disciples de Saint Augustin de ne pas croire à l'infaillibilité du pape dans une question de fait, et peut-on commettre un plus grand abus que de se jouer ainsi des véritésde la religion par des intérêts temporels, en les réglant par les seules inclinations de la cour, et par ses seules aversions contre des personnes innocentes que l'on veut perdre?
Le même mémoire porte encore que lorsque le formulaire fut dressé, M. de Chartres fit ajouter : les évêques au pape, disant que ses décisions n'avaient lieu qu'autant qu'elles étaient approuvées par les évêques. Mais depuis la mort de M. de Chartres, on ôta cette addition. Que de plus, il avait dit en pleine assemblée à M. de Marca qu'il n'était pas nécessaire de s'arrêter longtemps à parler de l'infaillibilité du pape, et qu'il n'y avait que des ignorants qui crussent qu'il eût ce don.
Cependant c'était sur cela que roulait l'affaire de la persécution que l'on faisait aux disciples de saint Augustin. Il fallait sans fondement leur/ donner un nom de faction et de secte, pour les rendre odieux à tout le monde, et ce fut M. de Marca qui fit conclure qu'on les appellerait jansénistes. Car M. Bertier, évêque de Montauban, qui connaissait leur innocence et la pureté de leur foi autant qu'un autre, voulait qu'on les qualifiât semi-calvinistes. Nous sommes redevables de toutes ces particularités au mémoire de M, l'abbé de Pontchâteau, que l'on a trouvé écrit de sa propre main.