‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 359 sur 440 · LIVRE XXX · texte numérisé non relu

LIVRE XXX

« Pères de l'Oratoire*.

« Vous m'avez plus d'obligation que vous ne pensez de ce que je surmonte ma paresse naturelle pour vous écrire, et je connais bien moi-même le pouvoir absolu que vous avez sur moi, puisqu'il va jusqu'à m'engager à vous faire le récit de l'exil des Pères de l'Oratoire, de vous en dire la cause, et de vous apprendre ensuite les moyens dont ils se sont servis pour obtenir du roi si promptement leur retour.

flt Depuis quelques années, l'âge et les incommodités du général de l'Oratoire l'ont rendu incapable, non seulement de gouverner une compagnie si étendue et si nombreuse qu'est celle de ces Messieurs, mais aussi de se conduire et de répondre à ce qu'on lui dit. Cela fit prendre résolution aux plus éclairés de celte compagnie d'y apporter quelque remède dans leur dernière assemblée générale, qui s'est tenue au commencement de cette année. Et comme ils jugèrent que la déposition de leur général serait un moyen trop violent, et qui dans la suite pourrait être de mauvais exemple, le père Senault avec quelques-uns des principaux résolurent de parler au général, de lui représenter l'état pitoyable où il était, qui ne lui permettait pas de gouverner une compagnie qui avait besoin de beaucoup d'application et d'industrie pour se maintenir contre l'animosité et l'émulation des Jésuites.

« Il ne fut pas fort difficile au père Senault de faire goûter ces raisons à ce bonhomme, qui était déjà accoutumé depuis trois ans à signer indifféremment tout ce qu'on lui présentait, et qui ne pouvait point entendre raison à cause de sa surdité, ni la faire entendre aux autres à cause de Fimbécilité de son esprit. 11 demeura donc d'accord de tout ce qui lui fut proposé; il convint qu'il aurait quatre assistants, qui ne pourraient se révoquer qu'à la première assemblée générale, et qui seraient auprès de lui comme un conseil nécessaire pour le guider dans toutes les affaires, qui ne s'expédieraient néanmoins qu'en son nom et sous l'ombre de son autorité.

« Le Père Amelotte, qui est à la tête de la cabale contraire à celle du Père Senault, et qui s'était joint il y a plus

1. Les mots : Pères de l'Oratoire sout uue sorte de sommaire indiqtiaiit qu'il sera questiou d'eux dans ce mémoire.

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de trois ans avec le Père Le Boults' et quelques autres pour balancer le parti, ne résista point à cette proposition ; et comme les plus gens de bien ont de la peine à se détacher de Tamour propre et de la bonne opinion que chacun a de soi, il se figura qu'il aurait sa place dans ce changement, et que, s'il manquait d'être un des assistants, il serait néanmoins choisi pour le supérieur de la maison Saint Honoré. Mais ce bonhomme fut bien surpris lorsqu'il vit distribuer toutes les charges sans qu'on fît aucune mention de lui, et que même on ne lui faisait aucun remerciement en forme du livre qu'ilavait donné au public il y a deux ans touchant la souscription du formulaire.

« Cela l'obligea de chercher les moyens de se venger de ses ennemis domestiques. El comme le plus ordinaire aujourd'hui c'est d'accuser un ecclésiastique d'être janséniste, il s'avisa de déférer trois de ses confrères, les Pères du Breuil, Séguenot et du Juannet. Mais afin de les accuser sans paraître, il se servit de la faiblesse et de la caducité du général. Il lui représenta qu'on l'avait dépouillé de son autorité, qu'il était présentement comme le moindre de la compagnie, et qu'on l'avait soumis à des prêtres jansénistes qui corrompraient infailliblement le corps s'il n'y donnait ordre; qu'il y avait encore un moyen d'y remédier, qui était d'aller trouver M. le nonce, et de lui représenter toutes ces raisons.

« 11 ne fut pas difficile au Père Amelotte de faire naître dans le cœur du vieillard des sentiments de jalousie pour son autorité et de scrupule pour sa religion. Ils allèrent ensemble chez M. le nonce, et comme le Père Général ne se trouva qu'une fois en état de lui parler, le père Amelotte," fondé en procuration, y alla très souvent, lui produisit une lettre du Père Séguenot, qui lui mandait en confiance qu'il fallait signer le formulaire, et avoir un retentum dans le cœur. Il lui apprit ce qui s'était passé autrefois touchant le traité des vœux et de la contrition, et comme il avait été mis en prison en même temps que M. l'abbé de Saint-Cyran. Il parla aussi du Père du Breuil, de l'amitié particulière qu'il avait avec M™« de Longueville, des sermons qu'il avait

1. 11 s'agit ici de Guillaume Le Boux (1621-1693). Au tome II, p. 48, sou uom était orthographié Le Boult.

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