‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 360 sur 440 · LIVRE XXX · texte numérisé non relu

LIVRE XXX

faits dans l'église de Beauvais par l'ordre de révêque;et enfin il montra les lettres que M, de Rouen avait écrites contre lui sous prétexte de jansénisme, parce qu'il s'était joint au chapitre contre les intérêts de cet archevêque, son bienfaiteur. Je ne sais ce qu'il dit du père du Juannet. Mais enfin il persuada M. le nonce, et l'obligea de demander une audience secrète à la reine-mère, où il obtint l'exil de ces trois Pères, sans aucune difficulté. Le Père Annat appuya l'affaire de tout son cœur, toutes les raisons y concourant, et M. de Picnnes alla chez M. le Tellier pour lui faire exécuter les ordres.

« Le Père Senault avec le Père Amelotte et six autres Pères furent députés à Saint-Germain, et n'ayant pu tirer ni réponse favorable, ni éclaircissement sur l'exil de leurs confrères, il s'adressa à moi pour découvrir la vérité. Mon sentiment fut que cette disgrâce leur venait de quelqu'un de la compagnie, et ne voulant pas nommer le Père Amelotte, je me contentai de le désigner. Cela fit que depuis ce temps-là le Père Amelotte ne fut plus reçu parmi les députés.

« Le Père Senault, tant pour l'amour de ses confrères que pour l'honneur de son ordre, qui se trouvait déshonoré dans la disgrâce de ses officiers, heurta à toutes les portes, et parla si souvent à la reine-mère, et si fortement, qu'il appréhenda lui-même d'être exilé et de passer pour janséniste, chose qui pourrait nuire dans la suite à la prétention qu'il a au généralat.

« C'est ce qui l'obligeade s'adresser à M, de Rodez, nommé archevêque de Paris. Et comme ce prélat souhaite de n'avoir aucune affaire dans son diocèse et de s'aplanir tous les chemins, il crut qu'il devait s'intéresser dans cette cause, afin qu'à l'avenir ce fût une règle certaine dans Paris que quiconque signerait le formulaire serait tenu pour très bon catholique, et serait à couvert de toutes les calomnies et des persécutions; et qu'aussi ceux qui refuseraient de donner cette marque de leur soumission passeraient dans son esprit pour schismatiques.

« Il était encore excité à cela par l'exemple de feu M. de Marca, qui s'était retiré un peu avant sa mort dans Saint- Magloire, afin de s'établir [dans] la confiance et l'estime dans cette communauté, et de les balancer avec les Jésuites

en demeurant leur arbitre. D'ailleurs l'esprit de M, de Rodez, qui est net et ouvert, et qui se laisse prendre sans cabale à cette première lueur de vérité et de sincérité qui lui parait, l'obligea de se rendre à la déclaration de ces Pères qui est si claire et si distincte, que le Père Séguenot aura de la peine à conserver un retentum, à moins que ce ne soit un retentum de contrebande, et qu'il l'emprunte d'Escobar.

« Le Père Senault, par le moyen d'un de ses Pères qui retira M™® Le Tellier* dans Orléans, pendant une grande sédition, avait rendu l'esprit de M. Le Tellier capable de douceur. M. de Rodez, bien instruit et n'ayant point à craindre de contre batterie depuis l'exil de M. le nonce, en parJaà la reine-mère, et si fortement, qu'elle y donna les mains, aussi bien que le roi, qui déclara n'avoir donné cet ordre qu'à la sollicitation de sa mère.

« Il ne fut plus question que de l'exécution. Il en parla plusieurs fois au Père Annat, qui demanda que ces Pères renonçassent en même temps à toute voix active et passive dans l'élection du général et des autres officiers. Cette condition étant agréée des parties, il demanda troisjours pour lire leurs protestations en forme A' Ego Berengarius. Il promit, mais avec bien de la peine, de les mettre sur le billet des affaires ecclésiasiques; mais ensuite il l'oublia, de sorte que M. de Rodez fut obligé d'en parler encore au roi en plein conseil de conscience. Personne n'y osa résister, et la chose s'est ainsi exécutée. Je vous laisse à juger de la manière dont on juge de la foi des hommes au temps où nous vivons, et n'osant juger l'action de ces trois Pères, je vous en fais une simple relation, que j'ai sue des originaux mêmes, et je n'y ajouterai rien, sinon que je suis à vous sans aucun retentum.

« Le 22 octobre 1662. »

Dans un autre mémoire de M. l'abbé de Pontchùteau, on voit ce qui s'était passé au conseil de conscience, et il paraît qu'il n'avait point été averti fidèlement quand on lui avait dit que personne n'avait résisté sur cette affaire :

1. Élizabeth Turpia, fille de Jean TurpiQ de Vauvredon, coiiseillfr d'état, et femme de Michel Le Tellier, vécut de 1608 à 1698.

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