‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 37 sur 440 · LIVRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV

« H y a des circonstances dans l'afTaire dont il s'agit, qu'on ne saurait dire et qui seront connues dans leur temps, qui montrent terriblement qu'il est bien difficile que ce puisse être par le doigt de Dieu, et non point par le bras de la chair qu'ils feront cette signature. Et il y aurait bien plus de raison d'appeler miracles ces circonstances, que peu de gens savent présentement, et que peut-ôlre le monde saura quelque jour, que de donner ce beau nom au mandement, et que de l'appeler un effet miraculeux de la protection divine, comme le font quelques-uns de nos amis.

« Beaucoup de personnes jugent avec un grand fondement qu'il n'y a point d'apparence que celte signature apporte la paix et les autres avantages que l'on se promet. Car les adversaires de la vérité, du moment qu'ils seront imbus que l'on n'a pas prétendu ni se condamner soi-même, ni condamner Jansénius, mais seulement les cinq propositions, ils recommenceront à nous traiter de jansénistes et d'hérétiques comme auparavant, et de plus ils auront sujet de nous traiter comme des trompeurs et comme des gens qui rendent des témoignages contre leur conscience, et qui trouvent facile en un temps, par des accommodements, ce qu'ils ont trouvé impossible en d'autres. S'ils disent, comme on dit qu'ils font déjà, que le mandement est tout favorable aux jansénistes et qu'ils l'ont fait eux-mêmes, il est visible qu'ils se moqueront de notre signature, et qu'ils diront et écriront que nous sommes les mêmes hommes que nous étions. On se défendra, on fera des écrits pour justifier la signature et montrer qu'on n'a point prétendusignerce qu'il paraîtra qu'on a signé, de sorte qu'on sera plus exposé que jamais à la violence, et la signature donnera des ouvertures et des facilités pour en proposer d'autres encore plus fâcheuses que cette première. Et si on refuse d'y consentir, cette première ne servira de rien. Il est terriblement dangereux de conniver à une mauvaise chose, quelque interprétation que ceux qui y veulent faire conniver y puissent donner. On ne doute point de la bonne intention des grandsvicaires, mais cela ne peut suffire si l'extérieur ne répond à l'intérieur. »

On a reconnu à celte occasion que ce petit rayon de paix qui commençait à paraître au milieu des nuages et d«s éclairs n'était qu'un renouvellement de guerre à l'égard des dis- V 5

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ciples de saint Augustin qui, n'ayant que la vérité et la j ustice dans le cœur, ne convenaient pas des démarches qu'il fallait faire pour ne s'en point relâcher. C'était un surcroît d'affliction pour M. Arnauld, à qui il devait être fort sensible d'avoir à se défendre des soupçons injustes de quelquesuns de ses plus intimes amis, aussi bien que des intrigues des Jésuites, de la conspiration du clergé et de la colère de la cour. Mais il se soutenait au milieu de cette contradiction presque générale avec une modération merveilleuse, et faisait voir que sa condescendance venait plutôt de lumière et de sagesse que d'une basse timidité. Aussi ceux qui ne craignaient rien tant que la paix le garantirent bientôt de cette persécution domestique qui lui eût été plus sensible que les autres. Mais il est important de faire voir au public de quels motifs il était animé en cette rencontre, et de ne pas refuser à la postérité la connaissance de ces sortes d'écrits qui, pour être demeurés secrets, n'en sont pas moins avantageux pour servir de règles en de pareilles occasions.

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