LIVRE XXX
paroisse; que la bénédiction qu'il avait plu à Dieu de donner aux. travaux de six années commence beaucoup à se perdre, et que les oOailles ne font que demander le pasteur, si je suis obligé de retourner en bref [délai], vu que j'ai besoin encore d'un temps notable de séjour dans l'air natal pour le rétablissement de ma santé, et que je suis averti de bonne part de ne retourner pas sitôt, pour ôter l'occasion de la persécution.
« Je vous avouerai franchement, ^Monsieur, que ma pauvre âme est étrangement déchirée par les différentes agitations qui la tourmentent. Je vois le travail de six années presque perdu en quatre mois d'absence, ce qui me porte à courir comme au feu pour l'éteindre, afin d'empêcher un plus grand embrasement. D'un autre côté, j'entends les amis qui me disent : « Ayez patience, ne précipitez rien ; vous n'êtes « pas cause de tous ces maux; vos infirmités vous rendant « inutile pour servir votre peuple, que ferez-vous quand « vous serez retourné? »
« En vérité, Monsieur, bienheureux est celui qui n'est pas pasteur. Car si, pour l'être véritablement, il faut, selon ce que dit saint Jean Chrysostôme, être martyr un million de fois, pourquoi craindre tant la persécution, quand on voit un peuple se licencier beaucoup de l'absence de son conducteur? Pourquoi ne boire pas le calice d'une infamante persécution, puisque le grand pasteur l'a bu jusqu'à la dernière goutte? Ce qui m'embarrasse est que tout le monde me porte à l'absence : Inhis omnibus deprecor AltissimuniyUt dirigat in veritate viam meam. Je ferai ce que vous me direz, car je crois qu'ayant votre sentiment, j'aurai fait ce que dit le Saint Esprit : cor boni consilii statue tecum.
u La seconde chose sur laquelle je demande votre sentiment est savoir si, la plus légitime et la plus canonique défense contre la persécution étant l'appel à Rome au Saint Siège, si cet appel rend suspensives toutes les sentences qu'on pourrait prononcer contre celui qui l'interjetterait, et si l'appelant ne peut pas légitimement exercer toutes ses fonctions, nonobstant toutes les sentences que l'on aurait fulminées contre lui.
« L'exemple de saint Paul est convaincant pour l'instruction de ceux qui se voient injustement persécutés, et je crois que la vérité demande des pasteurs, outre la pa-
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tience et la douceur, le courage, l'action et la défense selon les canons de l'Eglise. Propter Sion non tacebo, et propter Jérusalem loquar ad Dominum. Mais parce que ce courage est un don de Dieu, obtenez-le nous, Monsieur, par vos saintes prières contre cette multitude d'ennemis qui nous environnent de toutes parts : A/agis orando quant feriendo pugnandum est. Votre souvenir d'un pasteur tel que je suis, et votre souvenir au saint autel pour un misérable pécheur, joints à vos salutaires avis, seront ma consolation dans tout ce que Dieu permettra nous arriver pour la défense de sa sainte vérité. C'est en elle que je serai toujours, etc. »
On n'a point la réponse qui fut faite à cette lettre ; mais l'événement a fait voir qu'il retourna à sa cure quelque temps après pour y soufTrir une persécution sans exemple-