LIVRE XXX
grand déplaisir de n'avoir pas lieu de vous donner par ma réponse la satisfaction que vous en avez espérée et que j'aurais passionnément souhaité de vous donner.
« Mon neveu m'a dit en substance, après avoir rendu compte à Sa Majesté de tout, qu'il l'avait trouvée si piquée de ce que le pape avait affecté de donner à la vue de toute la chrétienté une récompense éclatante avec éloge à un homme de qui Sa Majesté avait tant de raison de demander le châtiment, qu'elle tient ce nouvel outrage bien plus grand et plus digne de son ressentiment que n'étaient tous les précédents, parce qu'il a été fait de sang-froid et de propos délibéré par Sa Sainteté même, et que ce mépris est un mépris public, et l'éclat y est joint à l'injure.
« Qu'à la vérité cet exemple n'était pas nouveau à Rome, au moins dans ce pontificat, parce que quand le roi y faisait poursuivre le procès de M. le cardinal de Retz, Sa Sainteté en prit occasion de lui accorder l'honneur du pallium pour mieux témoigner le cas qu'elle lait des instances de Sa Majesté; qu'il ne sert de rien de dire aujoup4'hui qu'on suspend l'effet de cette grâce au cardinal Impérial, parce que la déposition du gouvernement, qui n'était que la moindre partie de la réparation que le roi prétend sur son sujet, avait été faite comme un commencement de son châtiment, et non pas par voie de récompense; en quoi il n'est plus possible à présent, étant une chose faite, de tourner en arrière; qu'il fallait pour commencer ce châtiment une déposition, et non pas une promotion à un plus grand honneur.
« Et qu'on voit même par les expressions du mémoire que le cardinal n'a quitté sa première charge que sur les instances très pressantes qu'il a faites lui-même, et non pas par aucun égard aux satisfactions du roi ; qu'il est vrai qu'on avait déjà pratiqué le même style, dans l'effet de l'envoi du légat et dans la cassation des Corses, se voyant clairement que le pape veut en toutes choses qu'il paraisse aux yeux du monde qu'il ne le fait que de son seul mouvement, sans aucun égard aux demandes de M. de Gréquy, dont il pourra bien à la fin arriver qu'il faudra revenir à un nouveau compte pour la satisfaction de Sa Majesté.
« Que le roi a donné charge que l'on fasse entendre de sa part à Messieurs les ambassadeurs de Venise et de
Savoie, qui résident en sa cour, qu'après la déclaration de Sa Majesté de ne vouloir rien écouter que par la seule voie de M, de Créquy en quelTque] lieu qu'il soit, elle a sujet de se plaindre que les dits sieurs ambassadeurs continuent à recevoir ici des pièces qu'on leur envoie, plutôt comme des manifestes que comme des marques d'une véritable intention de le satisfaire; le dernier mémoire qui leur a été envoyé concluant même par une menace formelle que le pape fait à Sa Majesté, laquelle néanmoins ne pense pas avoir mérilé la colère et l'indignation de Sa Sainteté, parce que son ambassadeur aété assassiné à Rome, et que tous les assassins jouissent en plein repos, par la grâce de Sa Sainteté et de ses ministres, de santé, de vie et de liberté. Que si pourtant il faut essuyer les eCFets d'une colère si peu méritée, Sa Majesté, s'y résoud dans la confiance qu'elle soutiendra la propre cause de Dieu, qui défend les assassinats et le violement du droit des gens, et qui protège le droit des opprimés et des assassinés.
€ Qu'enfin les choses sont aujourd'hui réduites à ce point que Sa Majesté a résolu de n'écouter plus rien pour l'accommodement qu'elle n'ait l'avis que le nouveau légat de la Marche n'ait été mis au Château Saint Ange, qu'après le dernier outrage quelle vient de recevoir, cet emprisonnement est devenu un préalable et un préliminaire nécessaire à toute négociation, et qu'elle dépêche présentement uu courrier exprès au duc de Créquy pour lui porter ses ordres en celte conformité.
« Que c'est une fort mauvaise raison de dire qu'on ne peut mettre en prison un cardinal sans avoir des preuves de son crime. Car outre qu'avec un peu de temps elles se trouveraient assez facilement, quand le dit cardinal ne sera plus en état de l'empêcher, il a commis lant de divers excès notoires et publics, que quand il n'y aurait que le seul point de l'évasion des Corses, des personnes desquels il serait responsable, se trouvant gouverneur de Uome, il y en aurait plus qu'il ne faut pour avoir mérilé tout châtiment.
« Et pour conclusion, que quand les armées que le roi commence à faire marcher auront passé les monts, on trouvera bien à Rome que non seulement on peut emprisonneiun gouverneur qui a malversé dans sa charge, [et] offensé un grand roi avec une arrogance qui tient de la furie ou de