‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 390 sur 440 · LIVRE XXX · texte numérisé non relu

LIVRE XXX

la folie; mais qu'on ne le peut même refuser avec justice, et que peut-être aussi alors, quand on mettrait su rie tapis des conditions plus proportionnées à tant d'offenses que celles dont Sa Majesté par modération a bien voulu se payer, on ne les qualifiera plus en plein consistoire du nom d'iniques, ni on n'y fera plus les éloges publics des instigateurs d'assassinats et d'un fauteur de l'impunité.

« Voilà, Monsieur, la pure vérité de tout ce qui m'a été dit des sentiments et des résolutions du roi, que je vous rapporte avec une entière sincérité, parce que je me croirais moi-même coupable si, pour vous avoir celé ou déguisé l'état des choses, on avait continué à Rome de prendre des meyures sur des fondements faux. Cependant je demeure, etc. »

Le cardinal de Médicis ayant répondu à la lettre que le roi lui avait écrite pour lui procurer une réparation suffisante. Sa Majesté, qui n'avait pas sujet d'être satisfaite du procédé si froid et si lent de la cour de Rome, lui expliqua ses véritables intentions, par cette seconde lettre :

« Mon Cousin,

« J'ai trouvé dans la réponse que vous m'avez faite des sentiments si obligeants pour moi, sur ce qui s'est passé à Home le 20 août dernier, que j'ai bien voulu vous en faire un remerciement particulier pour, vous témoigner que j'en conserve beaucoup de reconnaissance. Mais comme non seulement par votre lettre, mais par toutes les réponses que j'ai reçues des autres cardinaux à qui j'avais écrit sur cette matière, je comprends que vous êtes persuadé que le pape a une sincère intention de me satisfaire par des réparations proportionnées à l'énormité de tant d'attentats, parce que SaSainteté s'en est souvent expliquée delà sorte, je m'adresse aujourd'hui à vous, qui êtes si dignement à la tête du collège, pour vous faire connaître que la cour de Rome ne songe à rien moins qu'à me faire des satisfactions de cette qualité, et que je dois chercher d'autres voies que celle de sa dispositioD, si je veux mettre mon honneur pleinement à couvert. Pour preuve de cette vérité, il suffirait de la moindre, qu'en près de deux mois de temps on n'a pas vu la punition d'un seul des coupables, 'quoiqu'un assassinat de cette nature.

entrepris même sur le moindre particulier, aurait dû être châtié sur le champ. Mais afin que vous ne puissiez douter aucunement que la cour de Rome a tout autre chose dans le cœur que sur les lèvres, ou dans les brefs qu'on publie comme des manifestes, je veux vous apprendre ses véritables sentiments puisés à la source même, vous informant de tout ce qui s'est passé à l'audience que le pape a donnée au sieur de Bourlaymont lorsqu'il lui présenta ma lettre. La substance du discours que Sa Sainteté lui tint fut qu'elle avait beaucoup à se plaindre de l'ordre que j'avais donné à son nonce de sortir de Paris où il pouvait, disait-il, demeurer en toute sûreté. 11 s'étendit ensuite fort au long sur la justification des Corses, qu'il dit n'avoir rien entrepris qu'à la dernière extrémité, y étant provoqués par des insolences tout à fait insupportables des Français qu'il exagéra au dernier point. Il loua fort tous les ofticiers Corses, dit qu'ils avaient fait leur possible pour apaiser le désordre; qu'il savait bien que mes ministres échaufferaient mon esprit et m'inspireraient de l'aversion pour sa personne, et tout ce qu'ils pourraient pour lui causer du déplaisir ; que feu mon cousin le cardinal Mazarin m'avait formé les maximes que j'avais aujourd'hui, et qu'il en eut des preuves même avant qu'il fût pape, lui ayant fait faire une exclusion hors de propos, qu'il n'avait levée que quand tout le collège des cardinaux l'avaientélu unanimement sans y avoir le moindre égard; que comme on avait mis mes affaires entre les mains du cardinal Antoine pour lui déplaire, je lui avais envoyé depuis le duc de Créquy pour l'inquiéter, et qu'il s'était joint au dit duc des conseillers pernicieux, dont l'un s'était vanté d'avoir fait révolter la ville de Boulogne contre luii; enfin que mes ministres ne travaillaient qu'à gâter mon bon naturel, et plusieurs autres choses que j'omets parce qu'elles vous étonneraient trop, mais dont je pourrai m'expliquer en temps et lieux sans que Sa Sainteté dît jamais un seul mot de l'intention qu'elle publie avoir de me satisfaire. Il n'est besoin de faire aucun commentaire à ce discours. Vous y ferez assez les réflexions convenables. Cependant voilà les réparations que le pape est disposé de me faire et les véritables sentiments tirés de sa propre bouche. Après quoi je n'ai plus tant de sujet d'être surpris que ceux qui les saveut aient osé passer à tant de nouveaux excès pour

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