LIVRE XXV
ments de ceux qu'on appelait Duvallistes en Sorbonne, sans avoir oublié que dans un entretien qu'il avait eu chez lui à Saint-Merry avec M. Hermant, docteur de Sorbonne, en l'année 1655, peu de mois avant la censure de la Faculté contre M. Arnauld, ce docteur de Sorbonne lui témoigna être surpris de la chaleur avec laquelle il soutenait les intérêts de M. le cardinal de Retz; il lui répondit que c'était parce que ce prélat était un homme intrépide et capable de défendre lui seul les disciples de saint Augustin contre tout ce qui pourrait venir de Rome. Car cette réponse supposait qu'il n'était pas persuadé qu'il fallût déférer à tout ce que les papes pourraient décider, et particulièrement touchant les faits, dans lesquels M. Duval même ne les tient pas infaillibles, quoiqu'il relève leur puissance au delà des sentiments de l'ancienne Sorbonne.
Mais ce jeune M. Dirois dont il blâme l'indocilité dans cette lettre était presque le seul oracle qu'il consultait dans cette affaire de l'Église. Quoiqu'il condamnât sa présomption en apparence, il ne laissait pas de conserver un profond respect pour ses lumières prétendues, et comme ce jeune théologien plaignait l'aveuglement de ceux qui n'étaient pas persuadés qu'il avait plus de capacité, d'intelligence et de pénétration qu'aucun autre dans l'Eglise pour juger sainement des questions de la grâce dont il s'agissait, il aimait mieux s'en rapporter à lui seul, pour prendre son parti après ses décisions souveraines, que de consulter sur ses doutes M, Arnauld et les autres théologiens avec lesquels il avait vécu jusqu'alors dans une étroite amitié; car on ne voit pas que pendant tout le temps d'une si longue inquiétude, il se soit mis en peine de leur proposer une seule objection.
Et le désintéressement qu'il s'attribue dans cette lettre, de ne signer qu'après avoir abandonné toutes sortes de fonctions ecclésiastiques et pris la résolution de passer le reste de sa vie en solitude eten silence était une pure illusion de son cœur, comme la suite l'a fait voir par les différents emplois qu'il a pris de curé de Saint-Merry, de chanoine de Notre-Dame de Paris, et de curé de Saint-Maurice, où il s'est engagé sans peine depuis que le mérite delà signature et sa liaison étroite avec les Jésuites lui ont fait mériter la grâce de son déplorable rétablissement. Il ne s'était pas
bien lAlé le pouls quand il se promellait ce silence perpétuel et cette retraite pour toute sa vie. Son inquiétude pouvait bien être assoupie pour un temps, mais elle demeurait cachée au fond de son cœur; et comme elle n'était arrêtée que par des considérations purementhumainesetpar des raisons de bienséance, elle n'a pas manqué de se produire au dehors lorsque cette honte passagère a cessé de lui couvrir le visage.
Cependant la charité de ses amis l'ayant soutenu pendant deux ans sur le penchant de ce précipice, il s'y jeta luimême à corps perdu lorsque les résolutions de l'Assemblée générale du Clergé furent envoyées à Chalon-sur-Saône où il s'était retiré en l'année 1661.
Ce fut un surcroît d'affliction à M, Taignier, dans la profonde retraite où son exil l'avait réduit, lorsqu'il apprit qu'il ' était sur le point d'exécuter une si étrange résolution, dont il avait déjà empêché l'effet quelques années auparavant par un voyage exprès qu'il avait fait à Bellesme pour l'en détourner. L'état où on l'avait mis empêcha qu'il en fît un second à Châlon pour lui donner sur ce sujet de nouvelles preuves de sa constante amitié. Ma^s il y suppléa par cette lettre datée du 29 mai :
« Mon Révérend Père,
« Je n'ai pu croire la nouvelle que je viens de recevoir de Paris, par laquelle on me mande qu'enfin vous avez pris la résolution de signer le formulaire de l'Assemblée, parce que je ne saurais me persuader qu'après avoir connu toutes choses au point que vous les avez connues jusqu'à présent, vous soyez entré dans le désir de consentir à une si grande prévarication. Et comme je suis assuré qu'il ne vous est rien arrivé de nouveau, parce que vous ne m'avez rien écrit depuis longtemps, j'ai mandé à tous nos amis qu'ils se trompaient, et que sans doute celui qui leur avait donné cet avis enétaittrès malinformé, et que je les suppliais de tout mon cœur de vouloir un peu suspendre leur jugement jusqu'à ce que je vous eusse écrit moi-mèmesur cette fâcheuse nouvelle. Pour moi, je vous avoue que je ne saurais garder de modération ni de retenue quand il s'agit de votre personne et des