M 8. : avant-jour
LIVHK XXX 653
cardinaux a envoyô au duc de Créquy, pour le prier de faire tenir une lettre qu'ils écrivent à Sa Majesté sur le sujet du dit Impérial, non pas en faveur de sa personne, mais seulement pour lui recommander l'honneur de sa dignité, mande qu'il en a été reçu avec toute la courtoisie qu'il pouvait désirer, et même que lui ayant fait instance de suspendre pour quelques jours la résolution qu'il avait prise de s'embarquer, il y a consenti en considération du Sacré Collège; mais on lui témoigne qu'il ne devait pas se persuader que cette nouvelle facilité pût produire l'accommodement avec le peu de disposition qu'il avait toujours remarqué en cette cour à satisfaire le roi, si elle ne s'y voyait pressée par de plus pressants motifs que ceux de la justice de sa cause, et des instances que lui en font continuellement tous les autres princes, que l'on a toujours méprisées. On a établi une nouvelle congrégation pour la police de cette ville, notamment pour le prix du blé, et le cardinal Sachetti en ayant été déclaré le chef, le peuple a conçu grande espérance d'un remède aux abus et monopoles insupportables qui lui faisaient souffrir la dernière misère pour le profit d'un particulier. »
Dans la Gazette du 9 décembre, les nouvelles de Rome du 13 novembre contenaient ce qui suit :
« Je vous fis savoir la semaine passée que le duc de Créquy avait rompu toute négociation avec le sieur Rasponi, député du pape vers lui, dès qu'il eut appris que Sa Sainteté avait récompensé d'une légation le gouverneur de cette ville pour les mêmes actions dont Sa Majesté demandait le châtiment. On a su depuis que ce duc partit de S. Quirico le 6 du courant et prit son chemin par Florence pour se rendre à Livourne où il s'embarquera sur les galères du grand duc, et prendra en partant au golfe de la Spécia le cardinal d'Esté qui doit y venir de Modène pour le joindre et aller ensemble à Toulon, suivant les ordres qu'ils en avaient reçus du roi quelques jours auparavant. A son départ de ce lieu de S. Quirico, il a écrit une longue lettre à tous les ministres des autres princes résidant en cette cour, par laquelle il les informe de tout ce qui s'est passé entre lui et le dit Rasponi, et envoie à la reine de Suède une autre lettre du roi du 17 septembre, qu'il avait
retenue plus de six semaines afin de donner lieu à cette cour d'ouvrir les yeux à la raison, et de prévenir l'effet des justes ressentiments de Sa Majesté. Comme cette lettre contient des déclarations bien fortes de sa dite Majesté contre ceux qui ont ici toute l'autorité sous Sa Sainteté, mais n'ont pas d'ailleurs le bonheur de gagner les affections, ni de faire beaucoup approuver leur conduite, elle est recherchée avec avidité et lue avec plaisir. Cependant les parents du pape, qui en sont fort frappés, comme d'un coup de foudre, ont envoyé prier tous ceux qui peuvent aborder Sa Sainteté de ne lui en rien dire, d'où toute la cour a conclu qu'il faut qu'on l'ait tenue dans une entière ignorance de la plupart des choses qui se sont passées; et qu'à moins qu'on les lui eût déguisées, ainsi que l'on lui cache aujourd'hui cette lettre, elle n'aurait pas voulu trois mois durant laisser entièrement impuni l'assassinat d'un ambassadeur ni refuser les réparations dues au roi pour tant d'outrages qu'on a faits à sa dignité depuis ce premier attentat.
« Le marquis Mathei^ ministre et plénipotentiaire de l'empereur en cette cour, a été chassé par Sa Majesté Impériale de son service, pour avoir pris sans son su et son agrément l'emploi qu'on lui a ici donné du commandement des armes, et le cardinal Colonne lui a défendu de la part de Sa dite Majesté de se mêler plus de ses affaires en quelque manière que ce puisse être. »