‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 404 sur 440 · LIVRE XXX · texte numérisé non relu

LIVRE XXX

périls pour toute l'Italie par cette nouvelle prise de possession d'une ville qui avait été pendant quelques sièges [de Rome] le refuge et le séjour des papes, et une déclaration si effective ne prédisait que des suites fort dangereuses.

Peu de personnes avaient su exactement le détail de ce qui s'était passé dans cette affaire; mais une lettre écrite d'Avignon le 17 décembre en instruisit un particulier qui souhaitait d'en apprendre les particularités, et la copie n'en saurait être désagréable. La voici :

« Puisque vous désirez d'être informé de ce qui s'est passé depuis deux mois en cette ville, je vous en ferai une petite relation. C'est une affaire délicate et dont le succès fera voir à qui elle sera avantageuse. Car pour les commencements il est clair que l'étrange assassinat des Corses commis le 20 août dernier en a été la cause.

« Le dernier de septembre passé, arriva en cette ville le sieur de Buscar, exempt des gardes de Sa Majesté, et porta commandement de la part du roi à M, notre vice-légat de renvoyer la garnison italienne qui était ici. Il vit aussi Messieurs les consuls, auxquels il laissa le même ordre, menaçant en cas de refus d'aller incessamment avertir les gouverneurs des trois provinces (Languedoc, Provence et Dauphiné) qui nous environnent de traiter cette ville comme ennemie. Aussitôt on se mit en état d'obéir à Sa Majesté. Le vice-légat, qui était bien aise d'en avertir ses maîtres, marchanda quelques jours, et Messieurs les consuls le voyant le pressèrent sur ce sujet. La garnison sortit et se retira. Le bon M. de Mercœur, qui reçoit les ordres pour cette ville, trouva bon qu'on dépêchât vers Sa Majesté pour lui faire savoir que l'on avait obéi à ses ordres. Le gentilhomme envoyé étant de retour, rapporta qu'on apprendrait les intentions du roi par la bouche de M. le duc de Mercœur, qui s'en alla à Aix, où M. notre premier consul l'accompagna, et à leur retour d'Aix, ayant envoyé ici un messager, le peuple et les petits enfants émus s'en allèrent au Palais, arrachèrent les armes du pape de dessus la première porte et y posèrent celles du roi. On mit aussi les armes de France sur l'hôtel de ville. On dit que cela étant mandé à M. de Mercœur (car M. le vice-légat n'agissait point et Messieurs les consuls faisaient la charge de gouverneurs et agissaient en tout par dépendance à M. le duc de Mercœur) il trouva

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qu'on était allé un peu bien vite. Jugez si Messieurs les Italiens l'approuveront. On a aussi plusieurs fois crié Vive le roi, et fait des chansons qu'on entend sans cesse par toutes les rues jour et nuit sur la retraite des Italiens, et l'exploit fait à M. le vice-légat parle sieur de Buscar.

« Le Parlement de Provence a fait aussi intimer à M. le vice-légat par des huissiers et en deux diverses fois, qu'ensuite du rapport fait à leur cour par Messieurs les gens du roi, que Sa Majesté désirait de rentrer dans tout son domaine, la Cour aurait porté l'arrêt et conclu qu'il serait fait commandement à M. le vice-légat, comme lieutenant du Saint Père, d'avancer les droits et les titres qu'ils disent avoir sur cette villeet sa comté et dépendance, lesquels appartenaient autrefois aux comtes de Provence, auxquels Sa Majesté a succédé, le vice-légat ayant répondu pour la première fois que Notre Saint Père le pape ne reconnaissait point de souverain pour sa ville et comté d'Avignon et ne dépendait nullement de ce Parlement.

« Voilà à peu près l'état de cette ville, qui est sise de telle sorte qu'elle ne saurait résister aux commandements absolus du roi; outrequ'ayantété de touttemps, comme elle l'atémoigné dansées rencontres, très affectionnée aux rois de France, tous ses citoyens seraient bien plus portés à les avoir pour maîtres que des étrangers, si cela dépendait de leur choix. Il n'en reste plus qu'un petit bruit, que ceux même d'entre les gentilshommes qui sont les plus Français, quoique peut-être par un principe de pur intérêt et qui n'agréerait pas tant au roi, s'il en était informé, ont semé, qui est qu'au second exploitdeshuissiersdeMessieurs du Parlement d'Aix, M, le vice-légat avait proféré quelques paroles portant protestation des censures portées contre ceux qui inquiètent et troublent l'Église dans le temporel.

« On sait bien aussi que la piété du roi l'empêchera de vouloir se saisir du bien de l'Église et de le faire revenir par force. Mais on doute si l'Église, qui est différente des Guises, voudra relâcher son droit de la longue et paisible possession de ce petit état qui lui a servi de retraite pendant les révoltes et les orages qui ont pu arriver ;\ Rome, pour quelque somme d'argent, outre que les améliorations, patrimoines et murailles de ville, qui se sont faites depuis qu'elle est au pape, rendraient la somme bien exorbi-

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