‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 405 sur 440 · LIVRE XXX · texte numérisé non relu

LIVRE XXX

tante et bien au delà de celle qu'on dit en avoir reçue.

« Avignon est archevêché, et il a dans sa comté trois sufTragants qui sont : Carpentras, Cavaillon et Vaison. Le premier de ces évêchés vaque depuis près de deux ans, et M, Chisi, le légat, tire les revenus de la vacance.

« On croit communément que Sa Majesté ne veut inquiéter les Italiens de ce ressort que pour obliger les conseillers du pape à lui faire satisfaction de l'assassinat de son ambassadeur, et que ce n'est pas le dessein de Sa Majesté de reprendre Avignon et le réunir à sa couronne ; mais qu'il s'en saisit seulement pour porter les Italiens avec plus de facilité à une juste et convenable satisfaction.

« J'oubliais, pour vous représenter Fétat de cette ville, que les habitants d'Aix, qui sont les plus rusés et les plus subtils de tous les Provençaux, nous ont donné depuis deux mois le nom de Catalans. Voilà comme on nous appelle maintenant. »

Ceux qui disaient que tout ce qui se passait à Avignon n'était que pour épouvanter Korne et mortifier les neveux du pape avaient pénétré dans les sentiments de Sa Majesté et ce grand fracas ne tendait qu'à les faire rentrer dans leur devoir.

CHAPITKE XVll

Gazettes qui conlienneEt la suite de l'affaire des Corses. Particularités de M. Messier, doyen de la Faculté'.

Ceux qui jugeaient sainement des choses prévoyaient toujours l'accommodement de cette grande affaire de Rome tant qu'ils voyaient M. le duc de Créquy demeurer en Italie. Cependant les gazettes ne laissaient pas d'entretenir celte espèce de guerre qui durait depuis plus de trois mois, et voici ce que portait une nouvelle de Rome, du 18 décembre :

« Nous avons grande obligation au mauvais temps qui arrête encore M. le duc de Créquy à Livourne, et le cardinal d'Esté à Lorice. Mais nous profitons mal de cette bonne

1. 11 n'y a pas de titre au vas., celui qu'oa lit ici se trouve seulement à la copie.

fortune, et nous n'en connaîtrons le prix que lorsque nous l'aurons perdue. Cependant pour tout châtiment qu'on protestait ici vouloir faire du plus détestable assassinat qui ait jamais été commis, on s'est contenté après quatre mois de la punition d'un Corse et d'un sbire, qui ont été pendus cette semaine. Encore nous n'avons pu en celte occasion nous défaire de nos petites et mauvaises finesses, puisque l'on a découvert que celui que l'on fait passer pour Corse, afin de faire valoir à la France ce grand exemple, était un voleur de grand chemin, et pour le sbire, qui est celui qui tira en la place Navone une arquebuse dans le ventre à un gentilhomme de l'ambassadeur, il se trouve malheureusement pour nous que le soin que notre nouveau gouverneur a pris de ce châtiment jette sans contredit et inexcusablement son prédécesseur dans le crime. Car personne n'ignore ici que le gouverneur Impérial faisant instruire le procès de cette mauvaise action fit paraître, afin qu'elle demeurât impunie, q u'elle avait été commise par l'un des Corses qui se sont évadés; qu'il refusa même de recevoir les dépositions des témoins qui soutenaient pour l'avoir vu qu'un sbire avait tiré cette arquebuse, et non un Corse, et qu'afin que la vérité ne se déceuvrît pas avec le temps, il avait envoyé ce sbire à Veletri, où le sieur Conti, dès qu'il a été installé au gouvernement de cette ville. Ta envoyé prendre et fait exécuter. En quoi l'on n'a pas plus condamné le sbire que déclaré le dit Impérial fauteur et négociateur de ce crime particulier, ainsi qu'il l'était notoirement de l'évasion de tous les autres assassins. »

Les nouvelles écrites de Rome le 26 décembre, et qui faisaient partie de la Gazette suivante, n'étaient pas plus avantageuses au cardinal Impérial, qui servait de lustre à son successeur par la différence de leur conduite. En voici les propres termes ;

« Le sieur Conti, notre gouverneur,, a fait relâcher deux prisonniers fermiers du duc Cesarini, que son prédécesseur avait fait prendre en l'église d'Ârdéa et tenus plus de trois mois dans les cachots, bien que l'on n'ait pu trouver en eux la moindre apparence d'aucun crime. Ils ont été remis dans le même asile par l'ordre du dit gouverneur, qui répare tant qu'il peut les injustices et les violences passées, et se comporte en véritfble homme d'honneur, de quoi le peuple lui

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