CHAPITRE IX
Réponse de M. Arnauld aux écrits de M. l'abbé Le Roy.
Quoique ce qui se passait à Fontainebleau dût suffire pour faire cesser la contestation secrète qui était entre M. l'abbé Le Roy et M. Arnauld, et qu'il ne fût nullement à craindre que les partisans de Molina souscrivissent le mandement des grands - vicaires de Paris, néanmoins M. Arnauld se crut obligé de répondre exactement aux mémoires qui lui avaient été envoyés de la part de cet abbé. Il le fit le 2G du môme mois de juin par cet écrit qui développait beaucoup de difficultés, et que l'on a cru digne de trouver ici sa place, contre la première intention de l'auteur qui ne l'avait pas fait pour être imprimé '.
« Je suis très édifié de la chaleur que vous témoignez pour défendre votre sentiment, parce qu'il ne vient que d'un
1. Cette lettre d'ArnaulJ est imprimée, mais avec quelques légères différences, dans la grande édition de Paris-Lausanne, t. I, p. 261,
7P MÉMOIRES DE GODEFROl UERMANT
amour très généreux pour la vérité et la sincérité chrétienne. Je ne suis blessé que des louanges excessives que vous me donnez, parce qu'elles blessent cette môme vérité pour laquelle vous avez une affection si ardente, et que j'ose bien dire, Monsieur, n'avoir pas moins que vous. Je ne m'attribue pas les autres qualités dont il vous plaît de m'honorer, mais je serais ingrat envers Dieu si je ne reconnaissais qu'il m'a donné de l'amour pour la vérité, et qu'il m'a mis par sa grâce dans cette disposition de lui sacrifier de bon cœur mon bien, mon repos et ma vie.
« Ainsi, Monsieur, vous me ferez bien la faveur de croire que nous sommes parfaitement d'accord de ces maximes générales; qu'il n'y a rien de plus honteux à un chrétien que d'user de mensonge dans une profession de foi, ou même de blesser la sincérité chrétienne par des déguisements artificieux qui donnent lieu de croire qu'il a dans le cœur ce qu'il n'y a pas, et que surtout on est bien malheureux quand on se porte à ces bassesses pour assurer son repos, et par d'autres considérations humaines.
« Nos amis savent combien j'ai été éloigné de la pensée de quelques disciples de saint Augustin qui, pour se tirer de la persécution qu'ils craignaient en refusant de signer le formulaire, se sont formé cette fausse conscience, que quoique le fait de Jansénius fût mêlé avec le droit, on ne s'obligeait néanmoins, en le signant, qu'à la créance du droit.
« La question n'est donc pas de savoir en général s'il est permis d'user de déguisement et de mensonge. Nous condamnons également l'un et l'autre cette pernicieuse maxime. Mais il s'agit uniquement de savoir si, en signant le formulaire conformément à l'intention des grands-vicaires, on use de déguisement et de mensonge. Et il me semble, Monsieur, que dans la manière même dont vous expliquez les termes de l'ordonnance, il me sera facile de faire voir qu'on n'en use point et qu'on ne fait rien qui blesse la vérité. Vous avouez que ce n'est pointla trahir que de promettre en ces termes la créance pour le droit et le respect pour le fait :
« J'ai toujours condamné el je condamne encore de cœur et de bouche les cinq propositions sur la matière de la prédestination et de la grâce condamnées par les constitutions de nos Saints Pères les papes Innocent A' et Alexandre Vil, en quelque auteur qu'elles soient. Et quant à la question de fait,