‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 42 sur 440 · LIVRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV

je promets de garder le silence et le respect que les grandsvicaires ordonnent par Uur mandement.

« Si donc celui qui signe simplementau bas du formulaire, conformément à l'ordonnance, ne promet que la même chose, il ne trahira ni la vérité ni sa conscience. Or certainement, Monsieur, si nous voulons jui,'er équitablement des choses, nous trouverons qu'il ne promet rien de plus.

«Vous reconnaissez que les paroles de l'ordonnance permettent d'avoir intention de ne croire que le droil, et de vouloir que la signature, en ce qui est du fait, ne soit qu'un respect et une déférence. Vcilà dites-vous toute la grâce que fait le mandement, il ne m'en faut pas davantage pour faire voir que ceux qui signent ne commettent aucun mensonge, quoi que puissent signifier les paroles du formulaire. Car il faut convenir de ce principe clair et naturel, établi par saint Augustin dans ses livres du Mensonge, que ce n'est point la seule énonciation des paroles fausses qui fait le mensonge, mais qu'il faut de plus avoir le dessein de tromper ceux à qui on parle, en leur donnant sujet de croire que nous avons dans le cœur ce que signifient ces paroles, quoique nous ne l'ayons pas. C'est pourquoi il définit le mensonge : iib. contra mendacium; ch. 12 ; falsa significatio cum voluntate fallendi. Et dans la question 145 sur la Genèse, il déclare que ce qui se dit en riant n'est point mensonge : Cum quoe non sunt tanquam joco dicuntur, non deputantur mendacio, dont il rend cette raison dans son livre du Mensonge, ch. 2 : Hahent enim evidentissimam ex pronunciatione alque ipso jocanlis a/fectu significationem animi nequaquam fallentis, elsi non vera enuntiantis. Et sans ce principe Ton ne pourrait excuser de mensonge une infinité de façons de parler, comme les ironies et les hyperboles, qui contiennent des choses fausses en les prenant à la lettre et ne sont pas néanmoins des mensonges, parce qu'on n'a pas dessein d'imprimer dans l'esprit de celui à qui l'on ' parle la fausse idée que les termes devraient former d'euxmêmes selon leur sens naturel, mais un autre qui est véritable, et qui ne dépend souvent que des circonstances du discours. Ainsi le diable mentait en disant à Eve qu'ayant mangé du fruit défendu elle serait semblable à Dieu, sachant le bien et le mal; et Dieu ne mentait pas en disant la même chose à Adam après qu'il eût mangé du

fruit : Ecce Adam quasi unus ex nobis factus est, sciens bonum etmalum^ parce que le diable le disait faussement avec intention de tromper Eve, et que Dieu ne le disait que par ironie, et pour exprimer la folie des premiers pères qui s'étaient imaginé qu'ils deviendraient semblables à Dieu en lui désobéissant.

« 11 s'ensuit, Monsieur, de ce principe, très manifeste en soi-même- et reconnu pour indubitable par le plus grand protecteur de la sincérité chrétienne qui fut jamais, et le plus grand ennemi de la dissimulation et du mensonge, il s'ensuit, dis-je, que c'est une fausse prévention de ne considérer autre chose en tout ceci, sinon qu'il y a plusieurs faussetés dans le formulaire, pour en conclure qu'on ne le peut signer sans mensonge. Car enfin, [pour] queces faussetés matérielles du formulaire, pour parler ainsi, soient un mensonge à mon égard, il faut qu'en les prononçant ou en les signant je donne lieu de croire à ceux à qui je parle, ou devant qui je signe, que je les approuve quoique je ne les approuve pas; c'est-à-dire que je leur donne lieu de croire que je tiens Jansénius coupable des hérésies qu'on lui impute, quoique je l'en tienne innocent. Il faut que ma signature leur imprime cette fausse idée, ou au moins qu'agissant raisonnablement ils aient sujet de se l'imprimera l'occasion de ma signature, de sorte qu'ils aient raison de dire que je les ai trompés.

« Or, par votre propre confession, je ne leur imprime point cette fausse idée, puisque vous avouez que les paroles mêmes de l'ordonnance que j'ai suivies en signant me permettent d'avoir intention de ne croire .que le droit, et de vouloir que ma signature en ce qui est du fait ne soit qu'un témoignage de respect, et non de créance. Donc je ne leur donne aucun lieu de croire par ma signature que je n'ai pas usé de la permission qu'ils ne peuvent pas ignorer qu'ils m'ont donnée; donc je ne leur donne pas sujet de s'imaginer que j'aie . cru Jansénius coupable d'aucune hérésie ; donc ma signature ne les trompe point ; et par conséquent elle est exemple de toute sorte de mensonge, puisqu'elle n'est point ce qu'emporte le mot de mensonge : signifîcatio falsa cura voluntate fallendi.

« 11 n'en est pas de même de ceux qui signent le formulaire sans restriction ensuite d'un mandement qui ne distingue rien et qui en laisse tous les termes dans leur sens propre et

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