LIVRE XXV
respect seulement pour le fait, et que cette inlentioa n'est point secrète ni cachée, mais publique et exprimée par l'acte même par lequel ils la demandent, il faut revenir à cette règle de saint Augustin, ou reconnaître qu'on ne s'engage à rien davantage en signant, quoi que puissent signifier les termes du formulaire, et par conséquent on le peut faire sans aucun scrupule, quandons'ofîre, comme vous le faites, de demeurer en silence sur le fait de M. d'Ypres.
« Et ainsi, Monsieur, je ne comprends pas quelle force vous trouvez dans ces paroles : « Est-il permis, diles-vous, à des chrétiens de déguiser et de dissimuler? Y eût-il jamais de dissimulation, si ce n'en est point une de signer le formulaire ne croyant pas ce qu'il contient? La permission que les grands-vicaires me donnent de n'avoir que du respect pour le fait, et de ne faire tomber ma créance que sur le droit, fera-t-elle changer de nature aux expressions du formulaire, m'exemptera-t-elle d'être [un trompeur et un menteur devant Dieu et devant les hommes?
« Souffrez, Monsieur, que je vous dise que je n'ai jamais rien vu de plus faible que ce qui vous paraît si fort. Car je vous soutiens que ce que vous proposez comme une grande absurdité est la chose du monde la plus claire, savoir : que la permission que vous donnent les grands-vicaires, de n'avoir que du respect pour le fait, et de ne faire tomber votre créance que sur le droit, fait changer de nature à votre égard aux expressions du formulaire, et vous exempte d'être un menteur et un trompeur devant Dieu et devant les hommes. C'est ce que je pense avoir prouvé d'une manière invincible, et par la définition même du mensonge, rapportée par saint Augustin, qui ne vous doit pas être suspect en cette matière, et par la règle du même saint sur la sincère observation des serments. Mais je vois bien, Monsieur, par le dernier de vos écrits qui m'est tombé entre les mains, que tout cela ne vous touche pas, et que vous croyez avoir ruiné toutes les raisons qu'on peut apporter pour justifier ces signatures en disant que ce ne sont que des raisonnements et des conséquences, que ce sont des détours et des biais, en comparaison desquels les plus fines et les plus adroites inventions des casuistes n'ont rien que de grossier, et qu'il faut plaindre en cette occurrence ceux qui ont tant de subtilité d'esprit.
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« En vérité, Monsieur, il paraît un peu étrange qu'on se soit imaginé que des déclamations en l'air contre des raisonnements et des conséquences soient des réponses solides à des raisons convaincantes'. On pouvait laisser au Père Amelotte cette manière d'agir, et ne se pas jeter comme lui dans cette erreur insoutenable qu'il y ait un certain péril d'erreur en toutes sortes de raisonnements. C'est renverser la foi que de ne pas reconnaître qu'il y en a de bons, et de mauvais; et de ne pas se rendre à ceux qui sont bons, et auxquels on ne peut rien trouver à redire, ni dans les principes sur lesquels ils sont appuyés, ni dans les conséquences qu'on en lire, [ce qui] ne peut être qu'un efTet d'aveuglement ou d'opiniâtreté. C'est pourquoi, Monsieur, je serais bien aise que vous prissiez la peine de satisfaire aux raisons que je vous propose autrement que par ces réponses générales et ces comparaisons odieuses avec les chicaneries des casuistes, qui ne sont point à rejeter parce que ce sont des raisonnements, mais parce que ce sont de mauvais raisonnements. Car à moins que d'être prophète, je ne vois point par quelle autre voie on puisse résoudre le cas dont il s'agit que par la voie du raisonnement, n'y ayant rien de plus faible que de dire en général qu'il n'est pas permis à des chrétiens de dissimuler et de déguiser, et de faire sur cela des leçons fort pathétiques de fermeté et de générosité. Ce n'est pas de quoi il est question; on demeure d'accord de tout cela; il s'agit uniquement d'appliquer ces règles générales au cas particulier de l'ordonnance des grands- vicaires. Et c'est ce que je prétends ne se pouvoir faire qu'en raisonnant, à moins qu'on n'ait de Dieu une révélation particulière sur ce sujet,
«Je ne sais si c'est quelque chose de celte nature qu'on a voulu marquer lorsqu'on a dit : qu'il y a des circonstances particulières dans cette affaire qu'on ne saurait dire, et qui seront connues dans leur temps, qui montrent tellement qu'il est bien difficile que ce puisse être par le doigt de Dieu et non point par le bras de la chair que nous ferons cette signature, et qu'il y aurait bien plus de raison d'appeler miracles ces circonstances que peu de gens savent et que
1. Note en marge du ms. écrite parla Mère Le Féroii : faute icy. Eu effet la phrase est peu iutelligible, sil'on ccuserve \e mot l'aisonnement ; elle est claire si l'oa emprunte à l'imprimé le mot réponses.
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peul-êlre tout le monde saura quelque jour, que de donner ce beau nom au mandement. Voilà qui paraît bien mystérieux et qui pourrait faire douter si les improbaleurs du mandement ne sont point appuyés sur quelque révélation qu'il ne serait pas encore temps de découvrir. Néanmoins, pour vous parler franchement, il y a des choses qui me feraient beaucoup douter de cette qualité prophétique.
«La première est qu'ils ont dit d'abord comme un grand mystère qu'on ne savait pas la part que le Père Annat avait dans le mandement. Mais outre qu'on était bien assuré du contraire, l'événement a fait assez voir combien cette imagination était ridicule.
« La deuxième est qu'une des principales raisons qu'ils emploient d'abord contre ces signatures est que les Jésuites en triompheraient et en tireraient un merveilleux avantage. Je pense qu'ils reconnaissent assez maintenant combien en cela ils ont été mauvais prophètes, et qu'ils devraient être convaincus qu'une pièce que les Jésuites trouvent si mauvaise pour eux ne doit pas être fort mauvaise pour leurs adversaires.
« La troisième est qu'ils n'ont pas le discernement des esprits, car ils attribuent à faiblesse et à lâcheté le sentiment de ceux qui approuvent ces signatures, et ils ne craignent point de dire que tant qu'on n'a fait que parler et qu'écrire, la générosité s'est conservée le plus commodément et le plus paisiblement du monde; mais que maintenant qu'il n'y a plus moyen de reculer, et qu'il s'agit de faire voir si Ton a véritablement dans le cœur ce qu'on a témoigné par des écrits que l'on avait dans l'esprit, la tentation a été si violente qu'elle a tout d'un coup fait changer les hommes qui ont paru les plus résolus sur le papier et dans les livres. C'est entrer bien avant dans le cœur des hommes; mais une marque indubitable qu'on se trompe beaucoup dans ces jugements, c'est qu'on avoue que ceux mêmes qui justifient le plus les signatures sont résolus de ne pas signer. Ce qui fait bien voir que ce qui les porte à les approuver n'est pas la peur des persécutions qu'ils s'attireront en ne signant pas, puisqu'ils veulent bien s'exposer à ces persécutions.
«La quatrième est qu'on accuse ceux qui approuvent les signatures d'avoir changé jusqu'à dire : que cette contra-
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riété si soudainement arrivée doit faire extrêmement craindre que la faiblesse ne soit du côté de ceux qui proposent un moyen d'éluder les mauvais fraitements. Mais quelle preuve apporte-t-on de cette contrainte et de cette contrariété? C'est qu'on prétend qu'on a dit le contraire par beaucoup d'écrits: Car n'a-t-on pas, dites-TOus, prouvé invinciblement par tous les écrits qu'il est impossible de signer ce formulaire sans signer le fait avec le droit comme un article de foi ? Sur quoi on vous demande si le mandement délruit cette vérité. Lisez, je vous prie, Monsieur, les Difficultés proposées à l'Assemblée et l'écrit de l'hérésie et du schisme. Vous y verrez le contraire de ce que vous supposez. Car il est bien dit dans ces écrits que ceux qui signent simplement le formulaire, sans explication ni restriction quelconque, signent le fait avec le droit, et qu'ils le signent même comme un article de foi, s'ils le font par rapport à un mandement pareil à celui que l'Assemblée a dressé. Et c'est ce qu'on dit encore. Mais on a témoigné en môme temps qu'il y avait un moyen d'éviter ce scandale, et que ce moyen avait été proposé dans l'Assemblée, qui était que les évoques fissent connaître, au moins par une déclaration publique, si on ne l'insérait pas dans le formulaire, que la profession de foi que l'on demandait ne regardait que le droit et non pas le fait. Or c'est ce qu'ont fait les grands vicaires; et par conséquent le changement et la contrariété n'est point en ceux qui n'approuvent maintenant que ce qu'ils ont approuvé publiquement en cette ordonnance, mais en ceux qui n'ayant rien trouvé à redire aux déclarations portées par ces écrits s'avisent maintenant de les condamner; et au lieu de reconnaître le service que les grands-vicaires ont voulu rendre à l'Église en se conformant à ces écrits, les accusent d'avoir tendu un piège aux défenseurs de la vérité. Je vous avoue, Monsieur, que cette injustice me fait de la peine; car pour vous dire avec liberté quelles sont mes pensées sur cette atîaire, et afin qu'on ne m'en attribue pas qui seraient éloignées de mon esprit, je crois que le devoir d'un évêque est de ne point exiger de signature en quelque manière que ce soit, non qu'il ne soit facile de mettre la vérité à couvert par un mandement, mais parce que la discipline ecclésiastique reçoit toujours quelque plaie par cette exaction de signatures, et qu'il vaut bien mieux abso-