LIVRE XXV
naturel. Car alors, s'ils ne croient pas ce qui est porté dans ce formulaire au regard de Jansénius, ils trompent effectivement ceux qui voient leur signature, parce que rien de public et d'aullientique ne la détermine à ne pas signifier tout ce que signifient les termes du formulaire, et que s'ils ont eu quelque restriction dans l'esprit, ce n'est qu'une restriction mentale qui n'excuse point de mensonge. Car il ne faut pas confondre les restrictions mentales avec les restrictions exprimées et aussi connues que les paroles mêmes auxquelles elles servent de restriction. Si Brutus avait dit : Je n'ai pas tué César, et qu'il eût dit en lui -même, parce que je ne l'ai pas regardé comme César, mais comme un tyran, cette restriction demeurant intérieure n'aurait pas empêché qu'il n'eût commis un mensonge. Mais si, après avoir dit: Je n'ai pas tué César, il avait dit intelligiblement et nettement : parce que je ne l'ai pas regardé comme César, mais comme un tyran; aurait-on pu dire avec la même raison, qu'il avait menti, parce qu'il naurait pas tué César, et que s'il avait ajouté autre chose, ce qu'il avait dit vrai n'empêcherait pas qu'il n'eûtcommis d'abord un mensonge? Cette imagination paraîtrait tout à fait déraisonnable, étant certain que des paroles qui sont accompagnées d'une explication n'ont pas de vérité ou de fausseté, que conformément à cette explication^ parce que c'est le discours complet et accompagné de toutes ses restrictions qui marque la pensée de celui qui parle.
« Ainsi dans cette rencontre celui qui dirait en signant simplement le formulaire sans aucune explication précédente : Je condamne de cœur et de bouche les cinq propositions de Cornélius Jansénius contenues dans son livre intitulé Augustinus et qui croirait se sauver de mensonge par ces restrictions : « Je condamne de cœur et de bouche la doctrine des cinq propositions que le pape a cru être de Jansénius, et qu'il a dit être contenues dans son livre intitulé Augustinus, ce que je reçois avec respect, sans m'obliger à le croire, n'ayant de créance que pour ce qui regarde la foi », il est certain que si ces restrictions étaient purement mentales, elles ne sauveraient point du mensonge parce que les termes d'eux-mêmes ne pouvant recevoir cette explication dans leur sens propre et naturel, il trompe ceux qui voient sa signature et leur imprime cette idée
qu'il ne condamne pas seulement ces propositions en ellesmêmes, mais qu'il croit aussi qu'elles sont de Jansénius- Mais si ces mêmes restrictions accompagnaient sa signature, y aurait-il personne qui l'accusât de mensonge? Et pourquoi ne l'en pourrait-on pas accuser, sinon parce qu'il ne trompe personne, en signant les paroles du formulaire, lorsqu'il déclare en même temps que le sens auquel il les prend ne l'engage qu'à croire la foi et à avoir respect pour les faits.
« Or c'est la même chose pour ce qui est de ne tromper personne, que ce soit lui-même qui fasse cette déclaration, ou que son supérieur la fasse pour lui, et ce dernier même lui est bien plus avantageux, parce qu'étant faite par un supérieur elle est bien plus publique et plus authentique, par conséquent beaucoup plus capable d'empêcher que personne ne soit trompé par sa signature. Et ainsi c'est ne savoir pas ce que c'est que le mensonge que d'avoir la moindre appréhension d'en commettre un en signant ensuite d'une ordonnance qui fait les restrictions que nous venons de dire, puis qu'elle permet, comme vous l'avouez vous-même, d'avoir intention de ne croire que le droit, et de ne donner sa signature pour ce qui est du fait que comme un témoignage de respect et de déférence.
« Il y a un autre passage dans saint Augustin, dont je vous ai peut-être parlé dans ma première lettre, car n'en ayant pas retenu de copie j'ai oublié entièrement ce qu'elle contient, qui ne justifie pas moins clairement ces signatures. C'est dans sa lettre 12 i, où traitant de l'obligation qu'on a de garder les promesses qu'on a faites avec serment, il dit que ce que l'on doit principalement considérer est de ne pas tromper l'attente de celui qui exige le serment, de sorte, dit il, qu'on est parjure si l'on accomplit sa promesse selon le sens des paroles, et non selon l'intention qu'on sait avoir eue celui à qui on a promis. Et au contraire on n'est pas parjure quand on se conforme à cetle intention, encore qu'on s'éloignât de la signification des paroles en elles-mêmes.
« Puis donc qu'on est assuré que l'intention des grandsvicaires, qui exigent cette signature par une autorité tout à fait indépendante de celle de l'Assemblée, est de la demander comme un témoignage de créance pour la foi, et de