‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 51 sur 440 · LIVRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV

22 Si nous considérons attentivement ce qui se passe dans l'Eglise, nous verrons que souvent les méchants conQrment la vérité et la font paraître lors même qu'ils s'engagent dans les plus grossiers mensonges, et nous pouvons voir dansl'obstinalion des évêques à résister à la lumière de la vérité qu'on a tant expliquée la preuve de cette maxime : volentes sublimari et amantes honores suos nolunl cognoscere veritalem. Quiconque aime sa grandeur ne veut point écouter la vérité. Les intrigues et la violence qu'ils font contre les vérités de la grâce sont des preuves qu'ils n'ont point la grâce qu'ils connaissent si peu. Dei gralia nullalenus cognoscilw, nisi datur. Quamdiù non est in homine, tamdiu necesse est ut ei sermone repugnet, aut opère. Nous ne connaissons la grâce que quand elle nous est donnée. Quand nous ne l'avons pas, c'est une suite nécessaire que nous la combattions, ou par nos paroles ou par nos œuvres.

23. C'est une maxime de saint Augustin que tout ce que nous disons extérieurement sans le sentir intérieurement c'est un mensonge. Ce qui nous doit faire considérer si c'est notre conscience qui nous porte à croire que les cinq propositions condamnées sont de Jansénius et entendues par lui en un sens hérétique. »

Celui qui a transcrit cet écrit de M. de Sainte-Marthe pour le conserver témoigne qu'il y en avait encore deux fois autant. On peut juger par cetéchantillon de toute la pièce, et de l'opposition que recevait le mandement des grandsvicaires, par toutes sortes de personnes amies et ennemies. Entre les religieuses de P. R., la sœur Euphémie, qui faisait paraître une si grande aversion de la signature, eu était beaucoup plus instruite que la plupart des autres religieuses de son monastère, parce qu'ayant choisi ce genre de vie lorsqu'elle avait déjà quelque âge, elle était plus instruite que ses sœurs par le commerce qu'elle avait eu avec M. Pascal son frère, et par la connaissance des choses qui s'étaient déjà passées sur ce sujet dans le monde avant qu'elle l'eût abandonné '.

M. Arnauld fut dispensé de répondre à cet écrit par le détail, et à plusieurs autres, parce que la face des choses changea toutd'un coup, et que les Jésuites n'oublièrent rien

1. Tout ce passage, depuis Entre les religieuses, a été barré au ms ;

pour engager la cour à la suppression du mandement des grands-vicaires.

Les Mères qui avaientàrépondreàDieu de leur conscience et de celles de leurs filles ne pouvaient se résoudre à une chose d'une aussi grande importance qu'est une profession de foi sans s'en instruire.

Et comme toutes les religieuses de ce monastère étaient témoins de la vertu et de la solide piété de leurs confesseurs, que l'on venait de leur enlever sous prétexte des mauvaises impressions que l'on avait données à la cour touchant leur doctrine, elles avaient intérêt de s'informer de la qualité des erreurs qui avaient servi de prétexte à une si grande persécution ; et elles craignaient [de] ne pouvoir signer le mandement sans les condamner, quand même ils l'eussent signé ou par l'esprit de paix ou par quelque autre considération, telle qu'aurait pu être celle de n'être pas l'occasion du renversement entier d'un saint monastère dont la conservation était d'une grande utilité pour TEglise. Voilà ce qui faisait leur embarras, et ce qui produisit plusieurs de leurs lettres à M. Arnauld dans une nécessité si pressante.

Page 1