‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 50 sur 440 · LIVRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV

croyions comme un article de foi. Car soit que nous la croyions, soit que nous résistions sans raison, nous nous mettons pareillement en danger de tomber dans l'erreur et dans l'infidélilé, d'agir ou avec trop de légèreté ou avec obstination.

15. il est vrai que celui qui marche avec simplicité marche avec confiance. Mais cette simplicité doit venir de la lumière, et non des ténèbres. Il y a au contraire une assurance trompeuse qui est d'autant plus grande que nous avons plus d'aveuglement : Cœcitas dat securitatem. Cette ignorance nous peut bien ôter le sentiment du péché, mais non pas le péché. Au contraire l'ignorance de la justice nous engage nécessairement au péché : Necesse ut peccetur quum ignoratur juslitia. Peecalur quia aut latet bonum, aut non deleclat.

16. Quand nous demandons tous les jours à Dieu qu'il nous éclaire, qu'il nous fasse connaître le bien, qu'il nous découvre les pièges de nos ennemis, nous demandons une grâce nécessaire à notre salut. Et sans doute celte science regarde principalement les vérités contestées dans l'Église, lorsqu'on nous contraint de prendre parti,

17. Si l'ignorance pouvait excuser la faute que nous ferions en signant des choses que des personnes intelligentes ne doivent pas signer, en cela môme elle nous serait très [désjavantageuse. Car elle nous ôterait le moyen de pouvoir souffrir pour la vérité, qui est la chose du monde qu'un chrétien doit plus aimer, puisque c'est seulement en souffrant que nous commençons à avoir un témoignage certain que nous sommes disciples de Jésus-Christ.

18. Les Juifs qui crucifiaient J.-C. ne savaient pas qu'ils fiU Dieu, et pourtant ils commettaient le plus grand de tous les crimes. C'est une preuve que l'on ne peut ignorer Jésus-Christ ou sa vérité et être innocent, parce que cette ignorance même d'une chose si sainte et si importante est un péché et la juste punition de quelque péché précédent : Spargit pœnales cœcitales super illicitas cupidilates.

19. On peut dire à l'occasion des disputes présentes [Prov. 29,7) : Novit justus caiisam pauperum, impius ignorât scientiam, qu'on ne peut sans impiété ignorer la science de Dieu, et que pour être juste il faut connaître la justice des pauvres, c'est-à-dire des fidèles qui sont opprimés et acca-

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blés : Viri mali non cogitant judicium, qui autem inqidrunt Dominnm animadvertunt omnia. Prov. c 28. v. 5. Les méchants ne se mettent pas beaucoup en peine s'ils condamnent l'innocent; mais ceux qui cherchent Dieu examinent tout pour n'être point surpris.

20. Saint Grégoire, Morales, L. 29, chap. 6, nous apprend combien il nous est important de ne condamner pas les personnes innocentes, puisque cette sorte de jugement nous peut rendre semblables aux infidèles : « 11 y a plusieurs choses, dit ce Père, qui montrent que plusieurs qui ont le nom de chrétiens sont infidèles et renoncent à la foi dans la paix même de l'Eglise. Quelques personnes ont tant de soumission et d'obéissance pour les grands du monde, qu'ils ne peuvent rien leur refuser; et même pour ne pas perdre leur faveur, ils ne craignent pas de nier la vérité par Iciquelle ils pourraient défendre l'innocence de leur prochain qu'on accuse faussement. Kl qu'est-ce que la vérité sinon J.-C. qui dit de soi-même : Je suis la voie, la vérité et là vie. Saint Jean-Baptiste n'a pas souffert le martyre pour confesser J.-C, mais parce qu'il es-t mort pour la défense de la vérité, et que J.-C. est la vérité, il est martyr de J.-C. Représentons-nous donc que quelqu'un soit interrogé de la vérité, si au lieu de la dire simplement, il a plus d'égard à ne désobliger pas quelque grand du monde, qu'à la justice et à l'équité, si la crainte tle quelques paroles rudes lui fait trahir sa conscience, que pouvons-nous juger qu'une personne si lâche ferait au milieu des géhennes, puisque la seule appréhension de quelques paroles trop rudes l'a abattue. Malheur à ces personnes si timides, puisqu'encore qu'ils paraissent chrétiens aux yeux des hommes, ils ne le sont pas en effet devant Dieu.

21. Il est très important de discerner ce qui a porté les évoques, la cour et les Jésuites à condamner Jansénius; car si c'est lenvie qui les a animés et qui les a portés à chasser autant qu'ils le peuvent leurs frères de l'Église, ils sont déjà schismatiques selon saint Augustin : Quicumqiie invident bonis ut qu;erant occasiones excludendi eosaut degradandi,elc...jamschis7nalici sun^ Etonne peutconsentir à leur entreprise sansse rendre crimineiscomme eux, carlamoindre chose que nous puissions faire pour nous exempter de la corruption des méchants, c'est de n'y consentir point.

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