LIVRE XXV
lui que le formulaire de l'Assemblée ne pouvait être signé purement et simplement ; mais il soutenait que pour le bien de la paix, et pour empêcher le schisme, il pouvait être signé avec explication et restriction par des prêtres qui n'ayant point par leur caractère autant d'autorité que les évêques pouvaient user de cette condescendance.
Cette contestation entre deux intimes amis n'éclata point au dehors; mais elle produisit tant de lettres que l'on aurait pu faire un juste volume si on les eût conservées. Dans la première de M. Perrault, qui est du 4 mars 1661 , il prétendait que l'usage des restrictions était inconnu à toute l'ancienne Eglise, et qu'on n'y avait jamais pensé avant ces dernières contestations, et c'est ce qui lui ouvrait le champ d'une fort grande dispute qu'il commençait par les exemples de ce qui s'était passé en la personne de saint Phébade', évêque d'Agen, et quelques autres après le concile de Rimini, et par l'omission de ce moyen pour sauver Théodoret dans l'affaire des trois chapitres.
Il considérait le formulaire en lui-même et sans rapport aux délibérations de l'Assemblée du clergé, et soutenait que quand on le recevrait de la main même de chaque évêque particulier qui le présenterait comme de sa main aux peuples de son diocèse, il fallait toujours le regarder en soi-même comme une très mauvaise chose, et sur laquelle les peuples étaient obligés de résister à leurs évêques quand ils s'éloignaient de la foi. H disait aussi sur cela qu'il y avait peu de foi sur la terre, et qu'il n'y avait presque plus qu'une foi hypothétique et relative à la créance, ou plutôt à la volonté d'un homme. Sur cela il représentait que nous devions bien prendre garde de ne pas autoriser le mal par nos actions aussi bien que par nos paroles. Ensuite il ôtait aux évêques tout prétexte d'obliger leurs inférieurs de signer le formulaire, et particulièrement les raisons que l'on apportait pour eux, en disant que s'ils ne le faisaient ils seraient soupçonnés d'être dans les sentiments condamnés par toute l'Eglise, et de soutenir les cinq propositions. Et il remontrait que rien n'empêchait que chaque évêque ne fît un formulaire dans lequel il enseignerait la foi de l'Église
1. Évêque d'Agen au iv siècle, soutint le parti catholique au Concile de Rimini.
en se restreignant dans la seule question de droit. Que ceux qui se réduisaient à souscrire celui de l'Assemblée ne disaient rien de plus, sinon : « Je témoigne mon obéissance à l'injustice, mon respect pour les ennemis de la grâce, et j'introduis dans l'Église une domination qui est même odieuse dans ie gouvernement civil. » Qu'il fallait s'opposer à cet empire dans l'Eglise, et que nous ne devions obéir qu'à ceux qui voulaient bien nous enseigner. Qu'on faisait un grand mal en signant le formulaire, parce que l'on donnait à croire à tout le monde que l'on était obligé de le signer, du moins par obéissance, mais que l'on faisait encore un plus grand mal en signant avec restriction, parce que cette signature ne pouvait être qu'une raillerie et qu'une illusion. Que c'était se moquer des évoques que de détruire par une restriction leur formulaire en y souscrivant, et que c'était abuser toutes les personnes sincères, qui croyaient que l'on changeât de sentiment en faisant cette signature. Qu'il y avait deux sortes de restrictions d'une proposition, les unes véritables, qui d'un sens vague et général la restreignaient à un sens particulier et déterminé, les autres fausses et qui ne sont restrictionsqu'en apparence, qui ne restreignent pas la proposition, mais qui la détruisent. Que les premières restrictions pouvaient être permises, et qu'elles l'étaient dans l'usage commun; mais qu'on ne se servait des autres que pour tromper ou par raillerie, comme qui dirait qu'il donne tout son bien à une personne, à la réserve de ses meubles et de ses immeubles; que les restrictions que Ton voulait apporter au formulaire du clergé étaient de ce second genre, puisque ce formulaire n'était qu'une profession de croire que les cinq propositions étaient condamnées dans le sens de Jansénius, et que la restriction que l'on pouvait donner à cette profession ne pouvait signifier autre chose, sinon que l'on ne croyait pas qu'elles fussent condamnées dans le sens de Jansénius.
« Qu'il ne fallait pas se flatter en disant que la signature n'était exigée que pour voir si l'on condamnait les cinq propositions en elles-mêmes, puisque tous les écrits qui avaient été faits pour et contre les disciples de Saint Augustin en convainquaient tout le monde, et que les évoques leur déclaraient dans l'explication de ce formulaire qu'ils ne prétendaient autre chose que de leur faire condamner les