‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 61 sur 440 · LIVRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV

pouvaient changer ni révoquer leur mandement, et que ceux qui y trouvaient à redire ne che relaient qu'à entretenir le trouble dans l'Église, qu'eux avaient apaisé.

Tout ce que ces prélats répondirent à toutes ces raisons se réduit à ceci : que tout ce qu'on avait fait depuis longtemps contre les jansénistes demeurerait donc inutile, et qu'ils triompheraient par ce mandement; que plusieurs s'étant retirés plutôt que de signer le formulaire, étaient revenus, ensuite d'une explication et d'une distinction qui leur était si favorable *.

M. le doyen répliqua que toutes ces conséquences ne pouvaient détruire ce qu'il avait dit, qu'ils avaient réglé leur mandement sur ce qu'on doit obliger les fidèles de signer touchant un fait et un droit; qu'ils faisaient condamner toute la doctrine que le pape condamnait et qui était entendue sur le fait de Jansénius; mais qu'ils n'obligeaient pas à croire qu'elle fût enseignée par Jansénius, parce qu'on n'était pas obligé de croire ce fait pour être bon catholique, mais que de ne le point contredire pour rendre le respect dû au pape; que s'il fallait condamner quelque autre doctrine que celle des propositions considérées selon leur propre sens, il fallait la marquer et expliquer par l'expression d'un certain dogme, ce que le pape ni les évéques n'avaient point fait. Qu'il ne savait point si ceux qu'ils nommaient jansénistes s'étaient retirés de Paris ou non et étaient prêts de sortir du royaume, ni s'ils y étaient revenus ; mais que c'était un grand bien qu'ils fussent prêts de signer et de rendre tout ce qu'ils devaient à l'Église tant sur le fait que sur le droit, et que c'était ce qui devrait faire approuver leur mandement à tout le monde, au lieu qu'on en faisait un sujet de blâme.

Quant au second point, consistant en ce qui était porté par leur ordonnance en ces termes : sans que par le dit formulaire ou signature d'icelui il soit innové aux dites constitutions, M. le doyen se contenta de répondre que le pape n'avait ni fait de formulaire ni ordonné de signature, et qu'il croyait que ce formulaire blessait son autorité ; mais que n'ayant pu se dispenser de le faire signer pour satis-

1. Cette fia de phrase préseute quelques différences avec le texte du ms. qui a été barré.

faire à rintention du roi, il avait ajouté cette clause pour ne poiot blesser l'^torité du pape. Il ne dit point que dans le formulaire on avait ajouté des clauses qui n'étaient pas dans les constitutions, parce qu'il crut avoir assez satisfait à cette plainte par la première réponse.

Messieurs les grands-vicaires conclurent que toutes ces raisons leur persuadaient que leur mandement était très juste, et qu'ils n'y pouvaient rien changer sans blesser leur honneur et leur conscience.

Ce fut à quoi se termina cette conférence qui dura cinq heures. M. de Marca a enflé la relation qu'il en a faite, quoiqu'il ne fît que rebattre ce qu'il avait souvent allégué dans l'Assemblée, supposant entre autres choses, contre toute vérité, que les disciples de saint Augustin avaient toujours soutenu les cinq propositions comme de Jansénius, et que les contestations dont les évêques parlaient dans leur lettre à Innocent X ne consistaient qu'en des disputes de ce temps-là sur celte matière.

Le lendemain au matin, jeudi 30 juin, ils entrèrent encore en conférence avec ces trois prélats, et l'on répéta presque les mêmes choses que le jour précédent. M. de Toulouse répéta plusieurs fois qu'il était de foi que les propositions étaient condamnées au sens de Jansénius, et il ajouta que selon le mandement, on ne pouvait plus condamner de livres, en supposant cette distinction du fait et du droit.

M. le doyen répondit que cela ne pouvait être [de] foi quant au fait renfermé dans ces paroles, puisqu'il ne pouvait être de foi que le sens condamné par le pape ait été enseigné par Jansénius, et qu'afin qu'il fût de foi que les propositions étaient condamnées au sens de Jansénius selon tout ce que ces paroles signifient, il faudrait qu'il fût de foi que le sens hérétique contenu dans les cinq propositions eût été enseigné par .Tansénius, ce qui n'était qu'un fait qui ne pouvait appartenir à la foi.

Et quant à cette autre objection, que selon le mandement on ne pouvait plus condamner de livres, il répondit que cela ne s'ensuivait nullement; qu'au contraire en jugeant premièrement si une doctrine clairement expliquée était conforme ou non aux règles infaillibles de l'Église, qui sont l'Écriture et la Tradition, il était très facile après de conférer cette doctrine avec celle qui était contenue dans un livre; qu'ordinal-

rement ce qui était en dispute n'était pas de savoir si un tel livre enseignait une telle doctine ou non, parce qu'ordinairement on en convenait, mais si la doctrine d'un tel livre était catholique ou hérétique; qu'ainsi après que le Concile de Trente avait condamné d'hérésie plusieurs dogmes, on ne doutait point que les livres de Luther et de Calvin ne continssent des dogmes hérétiques, parce que l'on ne doutait point qu'ils ne continssent ces dogmes condamnés. Qu'il y avait dans l'Eglise des contestations sur des livres condamnés, comme sur les écrits de Théodoret, que les PP. Sirmond et Petau ne se sont point crus obligés de condamner ces écrits comme contenant l'hérésie qui leur a été attribuée, cependant qu'on n'a jamais dit qu'il s'ensuivait de là qu'on ne puisse jamais condamner de livres. Messieurs les vicaires généraux, après plusieurs contestations sur les mêmes sujets que le jour précédent, persistèrent à ne rien changer dans leur mandement. Il dirent qu'à bien considérer cette dispute, il s'agissait d'une question de fait de nulle importance, et que ceux qui trouvaient à redire à leur mandement, qui donnait la paix au diocèse de Paris, témoignaient bien par là qu'ils ne voulaient pas que le trouble finit, et qu'ils aimaient mieux la guerre que la paix, et que l'on voyait bien que leur dessein était de faire toujours paraître dans l'Eglise un parti pour avoir lieu de se rendre nécessaires,

M. de Toulouse donna ensuite à diner à MM. de Rennes et de Rodez et à MM. les vicaires généraux. A l'issue du dîner, on vint quérir M. de Toulouse pour aller au conseil. MM. les grands- vicaires l'accompagnèrent chez le roi, le prièrent de leur procurer audience en présence de Sa Majesté et attendirent dans l'anlicharabrepour être ouïs. Mais n'ayant point été appelés, et le conseil étant fini, M. Le Tellier les vint trouver et les pressa fort de donner contentement au roi. Ils répondirent toujours qu'ils ne pouvaient changer leur ordonnance, et qu'ils étaient prêts de quitter le grandvicariat s'ils n'étaient pas agréables au roi. M. Le Tellier leur dit que le roi avait leurs personnes agréables, mais que puisqu'ils ne voulaient pas révoquer leur ordonnance ils en fissent au moins une explication. Il leur donna le projet de cette explication qui contenait ce qui suit : Nous, etc. Ayant appris qu'on interprète notre mande-

ment du S'»^ jour de juin touchant la souscription du formulaire de profession de foi contre nos intentions, qui sont que la doctrine de Jansénius est contenue dans les cinq propositions condamnées d'hérésie suivant les constitutions d'Innocent X et d'Alexandre VII, et le dit formulaire etc., nous ordonnons et enjoignons à etc., et même à ceux qui ont déjà signé, de souscrire au dit formulaire^ mis au bas de notre présent mandement selon la forme et teneur et conformément à nos intentions. »

M. de Contes lut cette explication, et ayant vu de quelle conséquence elle était, il demanda du temps pour en délibérer avec son collègue. Et comme ils n'avaient pu parler devant le roi, ils prirent la résolution de ne répondre que par écrit, afin que Sa Majesté pût voir leurs raisons. M. Le Tellier leur laissa donc ce projet et les pria d'en rendre réponse le lendemain au matin.

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