‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 60 sur 440 · LIVRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV

formulaire, et que par leur ordonnance ils avaient ôté l'obligation de cette créance pour le fait, et s'étaient contentés de la créance pour le droit et du respect et du silence pour le fait.

M. le doyen répliqua que puisqu'il y avait un droit et un fait dans le formulaire, et qu'il était certain qu'on ne devait pas la même soumission pour un point de fait que pour un point de droit, ils avaient eu raison d'en faire la distinction dans leur ordonnance, et de déclarer ce que l'on devait et pour le droit et pour le fait. Qu'ils s'y étaient crus obligés en conscience, parce qu'ils avaient la conduite d'un diocèse rempli de docteurs et autres ecclésiastiques habiles et éclairés sur cette matière, qui savaient bien ce qu'on leur devait demander selon l'usage et les règles de l'Eglise, et avec qui il fallait agir en supérieurs ecclésiastiques, et d'être prêts à satisfaire à leurs demandes. Qu'il s'agissait de leur faire signer un formulaire ou profession de foi, et de procéder contre les refusants comme contre des hérétiques. Qu'il était constant qu'un fait non révélé, tel qu'est celui de Jansénius contenu dans le formulaire, ne pouvait appartenir à la toi, et qu'ainsi on ne pouvait pas obliger à le croire et reconnaître comme un dogme de foi, ni par conséquent tenir pour hérétiques ceux qui refuseraient de le croire. Que pour cette raison ils avaient cru qu'il était de leur devoir et de l'honneur de l'Église de ne pas confondre le droit et le fait ainsi qu'ils l'étaient dans le formulaire, comme s'il fallait croire et confesser l'un et l'autre pour être tenu catholique. Mais qu'ils avaient jugé nécessaire de les distinguer et de marquer ce que l'Église demande sur l'unet sur l'autre, qui consiste à ne point contredire ce que le pape a décidé du fait, et à croire ce qu'il a décidé du droit. Que quand ils ne l'auraient pas fait par leur mandement, ils n'auraient pas pu tenir pour hérétiques ceux qui auraient réfusé de signer simplement le formulaire en offrant de croire ce qui est de droit et de garder pour le fait tout le respect dû à ses décisions; qu'ils avaient dû faire par leur mandement ce qu'ils auraient été obligés d'accepter par les signatures à moins que de violer toutes les règles de la police et de la discipline Qu'il ne s'agissait pas seulement de faire des ordonnances, mais qu'il fallait voir les moyens de les exécuter sans injustice dans un diocèse où sont tant

de théologiens instruits de ces matières, qui parleront et se défendront, et dont les supérieurs qui leur voudront faire le procès ne pourront s'empêcher d'écouter les raisons et les défenses, qui seront rendues publiques dans toute l'Église et sur lesquelles ils seront obligés de régler leur jugement.

M. le doyen ajouta que pour obliger les fidèles à croire intérieurement un fait non révélé, il ne suffisait pas que le pape l'eût décidé, puisque tous les théologiens convenaient que le pape ni les conciles n'étaient pas infaillibles en cela, et qu'il pouvait y avoir de l'erreur dans leur jugement; mais qu'il fallait de plus que cela fût si évident qu'il n'y eût aucun lieu d'en douter. Que pour lui, quoiqu'il eût lu Jansénius, il ne l'avait pas assez examiné pour assurer par ses lumières que les cinq propositions y fussent contenues, et qu'il ne savait pas si eux-mêmes à qui il parlait voudraient assurer sur leur conscience qu'elles y sont au sens hérétique et condamné. Or qu'il ne croyait pas juste d'ordonner que les ecclésiastiques du diocèse de Paris croiraient et confesseraient que ces propositions sont dans Jansénius, si lui-même n'en avait aucune assurance par la lecture qu'il avait faite de ce livre. Qu'à cause que le pape l'avait décidé, il obligeait au respect dû sur cela, et à ne point prêcher et enseigner ni disputer au contraire.

M. le doyen, sans entrer en dispute sur le fait, dit plusieurs autres choses sur cette matière touchant la manière dont l'Eglise juge de la doctrine des auteurs, en examinant premièrement selon les règles de l'Église si une doctrine est hérétique, en expliquant clairement en quoi consiste cette hérésie, et en examinant après la conformité que cette doctrine jugée hérétique a avec celle qui est contenue dans un livre. Il parla des sens différents qu'on donnait à Jansénius, de la nécessité où se trouvait un supérieur d'expliquer ce que c'est que ce sens, si un théologien qu'il obligerait à expliquer le sens de Jansénius le lui demandait, et que de vouloir obliger tant de théologiens si éclairés de Paris à croire ce fait et à condamner le sens de Jansénius, ce serait exciter de nouveaux troubles et s'embarrasser dans des difficultés insurmontables. Et qu'ainsi, ayant fait par leur mandement tout ce qu'ils croyaient pouvoir faire pour établir la paix dans le diocèse, pour faire rejeter les erreurs et rendre la soumission due sur les faits, ils ne

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