‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 63 sur 440 · LIVRE XXV m · texte numérisé non relu

LIVRE XXV m

Et c'est ce qui arrive dans l'expédient qu'on propose aux dits grands-vicaires d'interpréter leur ordonnance par les termes qu'on leur a marqués, cet expédient se trouvant extrêmement contraire à leur conscience et à leur honneur, et étant tel qu'ils ne pourraient l'embrasser, non seulement sans manquer à ce qu'ils doivent à Dieu, mais aussi sans s'éloigner des véritables sentiments de Sa Majesté, qui ont tous pour but la justice et l'établissement de la paix temporelle et spirituelle de ses sujets.

Us sont assurés que Sa Majesté en demeurera facilement persuadée, si elle daigne considérer les raisons qui font entrer les dits grands-vicaires dans ce sentiment.

Cet expédient consiste à déclarer que leur intention est que la doctrine de Jansénius contenue dans les cinq propositions est condamnée d'hérésie selon les constitutions d'Innocent X et d'Alexandre Vil, et le dit formulaire etc. et ensuite d'ordonner et d'enjoindre à tous etc.; et même à ceux qui ont déjà signé, de souscrire au dit formulaire, qui sera mis au bas d'un nouveau mandement selon sa forme et teneur conformément à leur intention,

Or cette proposition, que la doctrine de Jansénius est condamnée d'hérésie, contient deux choses : l'une qu'une certaine doctrine est condamnée d'hérésie, l'autre que cette doctrine est de Jansénius. Il est évident que ce point de fait, que la doctrine hérétique des cinq propositions est de Jansénius, est contenu dans ces paroles que l'on propose aux dits grands- vicaires, et que toute la difficulté consistant dans la manière dont on est obligé de le recevoir, s'il suffît de demeurer dans le respect à l'égard de la décision que le pape a faite, ou si l'on est obligé d'y adhérer par une créance intérieure comme à un article de foi, les grands vicaires ont été obligés de déterminer l'un ou l'autre, et de déclarer dans leur ordonnance qu'il suffisait de recevoir avec respect ce point de fait, ou qu'il le fallait regarder comme un article de foi.

Dans cette nécessité, ils n'ont pu faire autre chose que de suivre le sentiment commun de tous les théologiens, qui est que les faits non révélés n'appartiennent pas à la foi, et qu'il suffit de recevoir avec un respect religieux les décisions que l'Église en fait; ce qui les a obligés d'exprimer dans leur ordonnance que la signature n'engageait qu'au respect

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pour les faits, comme à la créance pour les décisions de foi.

Que s'ils venaient maintenant à déclarer par un nouveau mandement que leur intention est que la doctrine de Jansénius est condamnée d'hérésie, et à faire signer les ecclésiastiques suivant cette intention, il est visible que ce serait en même temps une rétractation publique de leur premier mandement et une définition expresse de cette étrange proposition : « 11 est de foi que la doctrine condamnée dans les cinq propositions est de Jansénius. »

Or cette proposition est tellement insoutenable que les grands-vicaires ne croient pas qu'aucun de ceux qui proposent cet expédient osât le signer. Et ainsi il serait bien injuste qu'ils voulussent obliger tous les ecclésiastiques d'un grand diocèse à reconnaître par leur signature ce que ceux mêmes qui sont auteurs de cet expédient n'oseraient souscrire.

De plus^ comme il n'y a rien que les ministres de l'Église doivent éviter avec plus de soin que de faire paraître dans leur conduite quelque sorte de légèreté et d'inconstance, les dits grands-vicaires sont d'autant plus obligés en cette rencontre de ne changer rien en ce qu'ils ont fait, que leur ordonnance ayant paru raisonnable à tout le monde, on ne pourrait attribuer le changement qu'ils y feraient qu'à une légèreté ou à une complaisance, ce que les grands-vicaires doivent éviter avec un extrême soin, n'y ayant rien de plus opposé que ce soupçon au bien spirituel des peuples, qu'ils sont obligés de procurer.

On dira peut-être que si cette erreur, qu'il est de foi que la doctrine condamnée dans les cinq propositions est de Jansénius, était contenue dans les paroles de l'interprétation que l'on propose, elle serait aussi contenue dans les paroles du formulaire, puisque les mêmes paroles s'y trouvent, et qu'ainsi c'est accuser d'erreur les évoques qui l'ont fait.

On répond qu'on est bien éloigné de cette pensée, mais que les paroles du formulaire qui regardent les faits peuvent regarder un double sens, c'est-à-dire qu'on peut exiger la signature en deux manières : l'une en engageant à les croire comme article de foi, l'autre en [n'jobligeanl qu'à les recevoir avec respect. Que les grands-vicaires ont

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