‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 64 sur 440 · LIVRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV

suivi la seconde manière dans leur ordonnance, en marquant qu'ils n'obligent par la signature qu'au respect au regard des laits ; mais que cette nouvelle interprétation détruisant cette clause de leur première ordonnance, elle déterminerait* le formulaire au premier sens, c'est-à-dire qu'elle engagerait à croire les faits décidés par le pape comme des articles de foi. Et qu'ainsi l'on pouvait dire avec vérité que leur ordonnance était l'établissement du formulaire, parce qu'elle le déterminait à un sens raisonnable et qui serait approuvé de tout le monde. Mais que cette explication qu'on leur proposait était le renversement, non seulement de leur ordonnance, mais aussi du formulaire, parce qu'elle le déterminait au sens qu'il était impossible de soutenir.

Que si l'on dit que par ce moyen les personnes mal intentionnées pourront retenir leur erreur en ne se croyant pas obligées de condamner le sens de Jansénius, on supplie Sa Majesté de considérer :

1 " Qu'un inconvénient n'est jamais une raison suffisante pour faire une chose injuste;

2'' Que ces personnes ne peuvent signer le formulaire joint au droit sans se parjurer, puisqu'ils s'obligent à croire tout ce que le pape a décidé touchant la foi ;

3° Qu'il y a des moyens plus naturels, plus légitimes et plus ecclésiastiques pour prévenir cet inconvénient, que les dits grands- vicaires s'offraient d'employer. Ces moyens sont de faire renoncer généralement tous les ecclésiastiques à tous les dogmes, opinions, erreurs, hérésies condamnés par le pape dans les cinq propositions, ce qui ne donnait aucun lieu d'en retenir aucune, si ce n'est qu'on ne se souciât pas d'être parjure, auquel cas toute signature était inutile.

4. Dedéterminer si précisément et expressément tous ces dogmes condamnés par le pape, et de les renfermer en des paroles si expresses, qu'il fût évident que ceux qui condamneraient ces propositions ainsi conçues condamneraient tout ce que le pape avait condamné.

1. On lit au ms. déb'uirait, c'est une distractioa causée sans doute par le mot détruisant qui est à la ligne précédente; le mot déterminer à un senf se trouvera quatre lignes plus bas.

114 MÉMOIRES DE GODEFROl HERMANT

Enfin les dits grands- vicaires supplient très humblement Sa Majesté de faire une attention particulière sur l'état du diocèse de Paris et sur la charge que les dits grands-vicaires soutiennent, ayant entre les mains l'autorité de l'archevêque de la capitale du royaume, où il y a plus de gens habiles et intelligents dans ces matières que dans tout le reste de la France. Car étant obligés par l'ordonnance de l'Apôtre saint Pierre de rendre raison à tous ceux qui la leur demanderont, et sachant qu'un grand nombre d'habiles ecclésiastiques étaient prêts de leur demander juridiquement s'ils entendaient faire signer les faits dé-idés comme des articles de foi, ou les obliger seulement au respect envers ces faits, ils n'ont pu se dispenser de dire expressément l'un ou l'autre, les réponses ambiguës n'étant propres qu'à perpétuer les disputes, et étant inutiles envers des personnes qui les savent bien démêler.

Qu'ils leur avaient fait par leur ordonnance la réponse commune, qui est qu'on n'est obligé qu'au respect envers les faits décidés, et que si l'on y trouvait à redire, il ne leur resterait que de déclarer par une nouvelle ordonnance qu'il fallait regarder les faits décidés comme des articles de foi auxquels on devait une créance intérieure.

Que s'il était visible que ce serait faire soulever contre soi [tous] les théologiens du monde que de leur faire cette déclaration, c'était un signe manifeste qu'il n'y avait rien à changer dans leur ordonnance, puisqu'elle ne pouvait être corrigée que par une erreur insoutenable. »

Ce mémoire des grands vicaires de Paris était capable de produire un grand effet, si les trois évéques et le Père Annat, qui composaient le conseil de conscience, eussent eu assez de sincérité pour ne le point déguiser par la lecture qu'ils en firent au Conseil du roi. Mais ils considérèrent plus les maximes de la politique que les règles de la vérité et de la religion. Etant assurés des dispositions du cardinal de Retz par ses soumissions profondes envers l'une et l'autre cour, et par une abjuration si expresse du prétendu jansénisme, ils se mettaient fort peu en peine de l'inflexibilité de ses grands-vicaires. Comme ils avaient empêché qu'ils fussent entendus dans le Conseil de peur que la force de leurs raisons ne fît quelque impression sur l'esprit du roi, ils crurent aussi qu'ils réussiraient mieux par un acte d'auto-

Page 1