LIVRE XXV
tielles dont la suppression déguise toute cette affaire, et qu'il y fasse parler les évêques comme il lui plaît, il n'y a rien néanmoins dans cette seconde partie qui ne paraisse assez vraisemblable et qui ne se soit vérifié par l'événement. Voici donc la suite de cette histoire considérable, que Ton ne rapportera que dans les propres termes de ce prélat.
« Relation de ce qui s'est passé ensuite de la conférence tenue à Fontainebleau par l'ordre du roi entre Messieurs du Conseil de conscience et les vicaires généraux de Paris, 1661. Dressé par messire Pierre de Marca, archevêque de Toulouse.
« Le roi, ayant arrêté d'envoyer par un courrier exprès la défense de Sa Sainteté, afin qu'il lui plût d'apporter le remède nécessaire contre le mandement des vicaires généraux, dit à MM. l'archevêque de Toulouse et les évêques de Rennes et de Rodez qu'ils devaient dresser les mémoires de ce qu'il fallait demander au pape, et que Sa Majesté assurait Sa Sainteté de protéger l'exécution de tout ce qu'elle ordonnerait sur cette matière.
« Ils travaillèrent avec le Père confesseur, et de plus avec M. l'évêque de Montpellier, à l'examen sérieux des articles qu'il fallait proposer, et jugèrent qu'il fallait demander trois ou quatre brefs.
« Par le premier, la nullité du mandement serait jugée comme étant contraire aux décisions de foi contenues dans les constitutions, et spécialement la séparation du fait d'avec le droit en cette occasion serait condamnée, et ensuite enjoint aux vicaires généraux de faire publier ce bref, et de faire signer le formulaire sans modification.
« En cas qu'ils refusassent d'obéir à ce bref, il était nécessaire d'en avoir un second contenant délégation à certains commissaires pour faire le procès aux vicaires généraux comme infracteurs des constitutions, avec pouvoir aux délégués de faire publier le bref portant cassation du mandement. Et parce que le procès criminel que l'on ferait aux vicaires généraux, soit par l'instruction, soit par le jugement, les pourrait empêcher de continuer les fonctions de leurs charges, il était nécessaire de pourvoir en ce ca? au régime spirituel du diocèse. Pour cet effet, on avait besoin d'un bref adressé au primat de Lyon, par lequel
134 MÉMOIRES DE GODEFROl HERMANT
il lui fût ordonné d'établir des grands-vicaires pour l'administration du diocèse de Paris, après qu'en conséquence de l'ordre que Sa Sainteté donnerait par son bref à M. le cardinal de Hetz, archevêque, d'y pourvoir dans un certain délai, ce terme serait expiré sans aucun établissement de sa part. Ces brefs pour faire le procès et pour commettre des grands-vicaires seront envoyés à M. le nonce pour les ménager avec le consentement de Sa Majesté.
« Outre ce mémoire, on en dressa un autre qui contenait quelques observations sur la teneur du mandement. Ces deux pièces furent mises dans un paquet qui fut adressé à M. le cardinal Antoine selon l'intention du roi.
« On jugea aussi à propos que M. l'archevêque de Toulouse écrivît en son particulier une lettre au dit seigneur cardinal, avec un abrégé des raisons qui fissent voir la fraude hérétique de ce mandement, afin qu'il pût s'en servir aux occasions, soit en informant Sa Sainteté, soit autrement.
«Celte résolution fut prise le 21 juillet 1661, et le courrier devait partir le lendemain. La nuit d'entre deux le dit sieur archevêque de Toulouse fut travaillé d'une fièvre éphémère causée par l'excès du chaud, ce qui l'empêcha de prendre le soin de faire l'abrégé qu'il avait promis. Mais afin de satisfaire en quelque façon à sa parole, il fit mettre au net le procès-verbal fort ample qu'il avait fait pour son usage.
« Le départ du courrier ayant été retardé jusqu'au lundi 25 juillet, le roi fit lire en présence de MM. le chancelier, le surintendant, Le Tellier, Lyonne et les secrétaires d'État la lettre que Sa Majesté écrivait à Notre Saint Père le pape, laquelle avait été dressée par M. l'archevêque de Toulouse.
« Il y avait sur la fin une clause portant créance à M. le cardinal Antoine, laquelle donna sujet à M. le surintendant de proposer qu'il fallait lui envoyer une instruction de la part du roi, ce qui fut résolu. Et en même temps le roi dit qu'il fallait se servir des mémoires dressés par les trois prélats dont les dépêches étaient depuis trois jours entre les mains de M. le comte deBrienne, secrétaire d'État. Et parce que la présomption était que ces mémoires se trouveraient dans la dépêche que M. l'archevêque de Toulouse adressait à M. le cardinal Antoine, le roi l'ouvrit lui-même en disant
que le dit sieur archevêque n'écrivait rien qu'il ne fût bien aise que l'on vît.
« On trouva dans ce paquet le procès- verbal, une lettre en latin pour le pape que le dit sieur archevêque lui écrivait sur la matière et priait Son Eminence de la lui présenter, de laquelle il lui envoyait aussi la copie. Il y avait de plus le projet d'un bref dressé par lé dit sieur archevêque aux termes qu'il jugeait que l'on devait le concevoir contre le mandement.
« Le procès-verbal fut lu entièrement, la copie de la lettre au pape et le bref.
« L'après-diner, les mêmes continuèrent à délibérer avec Sa Majesté sur l'ordre et les termes de l'instruction, lesquels on voulait tellement mesurer que le pape ne crût pas que cette affaire regardait les intérêts particuliers du roi pour lui en précompter l'expédition comme une grâce; mais que Sa Sainteté fût assurée aussi que Sa Majesté contribuerait de tout ce qui dépendrait de son autorité pour faire exécuter les brefs et les décrets apostoliques sur cette matière.
« H ne faut pas omettre que le matin, enlisant la première ligne du procès-verbal qui porte que Messieurs du conseil de conscience parlèrent au roi. Sa Majesté n'eut point agréable ces termes de conseil de conscience, et le témoigna avec quelque peu d'émotion; mais aussi en contre-échange, elle prit plaisir aux louanges extraordinaires que M. le chancelier donna à M. l'archevêque de Toulouse, disant qu'il était un excellent théologien, versé dans l'intelligence des Écritures, très grand jurisconsulte, et possédant la connaissance de l'histoire de l'Église et de l'État, et très entendu aux affaires politiques.
« En effet il fut résolu que l'instruction pour M. le cardinal Antoine serait dressée par MM. Le Tellier et de Brienne, avec la participation de M. l'archevêque de Toulouse, qui n'était point sorti du logis depuis sa fièvre.
« Le mardi 26 du dit mois, MM. Le Tellier et de Brienne vinrent au logis de M. l'archevêque où M. Le Tellier lut par trois fois l'instruction qu'il avait dressée, et y ajouta quelques observations faites par le dit sieur archevêque, et particulièrement celle du droit qui déclare que le tribunal de l'évêque et de son vicaire est un. Et comme cette instruction était divisée par articles que l'on justifiait par les
pièces produites, on avait délibéré au conseil du roi que l'on ferait un extrait de la relation qui était contenue dans le procès-verbal touchant la conférence tenue par les trois prélats avec les vicaires généraux, et qu'elle serait remise dans l'instruction. A quoi M. l'archevêque consentit fort agréablement,etlasignaselonle dessein du roi. On mit encore dans la même instruction le projet du bref qu'il avait dressé pour en obtenir un qui fût semblable en substance.
« Le mercredi 27, M. Le Tellier fît rapport à Sa Majesté de l'instruction, et de ce qu'il avait traité avec M. l'archevêque ; ce qui lui donna un ample sujet d'étaler toutes les bonnes qualités du sieur archevêque, disant qu'il était le plus savant homme du royaume en la vraie théologie, aux canons et aux lois, dont il entendait l'usage aussi bien que des affaires publiques, et que ces qualités, au lieu de l'enfler, le rendaient docile et condescendant sans s'aheurter contre les sentiments des autres, s'ils n'étaient contraires à la justice et au bien public. Le jeudi 28, après que S. M. eut achevé sa conférence avec MM. les trois prélats et le Père confesseur, elle dit à M. l'archevêque seul que M. Le Tellier lui avait donné connaissance du déplaisir que M. l'archevêque avait eu de ce que S. M. avait dit, mais qu'elle l'assurait de son estime et de son amitié. A quoi M. l'archevêque répondit qu'il remerciait le roi de sa bonté, et qu'il était surpris en soi-même de ce que, conire son intention, il était tombé en ce malheur que d'avoir déplu en quelque chose à son maître, et se retira. Le roi le rappela et lui dit en lui touchant la main qu'il devait être entièrement persuadé de l'amitié et de l'estime que S. M. avait pour lui'.
« En cette séance le roi proposa une difficulté que l'on peut nommer royale, parce qu'elle regarde les droits de la couronne, savoir : si le pape faisait une décision de foi qui fût contraire à l'autorité des rois, si les chrétiens seraient obligés Jd'y obéir. M. l'archevêque de Toulouse répondit que les jansénistes, pour rendre odieuses les constitutions des papes faites contre eux, avaient proposé ce doute dans leurs libelles; mais que l'on pouvait assurer Sa Majesté que l'événement de ce cas était impossible; d'autant que les deux juridictions ecclésiastique et séculière étaient
1. Tout ce passage a été barré au ms. et ne figure pas aux copies.