LIVRE XXV
distinguées par le droit divin et canonique, en sorte que l'une ne pouvait rien ordonner valablement au préjudice de l'autre. D'où il s'ensuit que les papes ni les conciles, qui ont la clef de la science, ne peuvent être surpris jusque là que de faire une décision de foi contre les droits de la couronne. Que si l'on voulait présupposer que cela pouvait être entrepris de fait contre la justice, on était dans les termes de pouvoir alléguer une incompétence contre ces définitions, laquelle met à couvert les opposants à cause de la nullité qu'elles enferment. Que les évêques de France qui ont l'autorité d'examiner les décrets de foi emploieraient leur autorité pour la défense de leurs rois, auxquels ils étaient sujets comme très humbles vassaux, et obligés par droit divin de leur rendre leurs respects et obéissances. Qu'on avait vu un exemple très considérable de leur fidélité en la dispute qui survint entre le pape Boniface VIII et Philippe le Bel, touchant la question si le temporel du roi relevait de l'autorité du Saint-Siège. »
Il ne suffisait pas à M. de Marca de persécuter ses propres confrères, des théologiens très innocents, et de saintes religieuses, pour satisfaire à sa vaste ambition, si parmi ses grandes occupations il n'eût pris un soin particulier de dresser un procès-verbal de ses rares qualités et de son mérite dont il était enivré, et de laisser à la postérité cet illustre monument de l'estime que le roi avait conçu de lui sur le rapport de ses ministres. Mais en travaillant pour sa gloire, il travaillait aussi pour la justification de ceux qu'il voulait accabler. Car quelle déférence devait-on rendre à des brefs forgés à Fontainebleau, et pourquoi tant relever l'infaillibilité du pape même dans les choses de fait, puisque la cervelle de cet archevêque ambitieux en était la première et la véritable origine, et qu'il envoyait le Saint-Esprit à Rome dans la valise du même courrier qui portait son instruction '?
Mais pouvait-il résoudre comme il fit cette difficulté qu'il avait raison d'appeler royale sans renoncer à toute sincérité, puisque les couleurs qu'il employa pour déguiser la
1. Ces derniers mots depuis : et qu'il envoyait ont été barrés au m s. de intime que le passage relatif aux divisions qui existaient au sein môme du conseil de conscience.
force de cette objeclioa n'étaient pas capables d'obscurcir ce qui s'était passé en France pendant la Ligue, où tant de cardinaux et tant d'évêques oublièrent les droits de la couronne pour se conformer aux prétentions de Rome et exécuter aveuglément les ordres de Sixte V, quand il entreprit d'excommunier Henri III et Henri IV. Il avait sans doute trop peu de reconnaissance des bontés que Sa Majesté avait pour lui quand il répondit si mal à une objection si solide, et il ne trahissait pas moins sa conscience que les intérêts de la couronne.