CHAPITRE II
M. Barré mande à un de ses amis d'Orléans ses sentiments touchant le mandement de leur évêque.
M. Barré, docteur de Sorbonne, faisait alors la fonction de curé dans l'église paroissiale de Sainte-Magdeleine pendant l'exil de M. Chassebras. M. Duhamel, qui avait eu autrefois de grands démêlés avec M. Barré, son oncle, dont il était collègue dans l'église de Saint-Merry, sollicita ce docteur d'accepter sa cure ; mais ce docteur le rebuta avec indignation, et ne voulut plus avoir aucun commerce avec lui depuis qu'il le reconnut coupable d'une prévarication si honteuse.
Le même docteur écrivit aussi avec beaucoup de liberté à un de ses amis d'Orléans sur le mandement qui venait d'y être publié pour la signature, et s'en expliqua ainsi par sa lettre :
« J'ai reçu le mandement de M. votre prélat, que vous m'avez envoyé, au sujet duquel je puis vous dire ce que disait Saint-Paul : Quid dicam vobis ? Laudo vos f In hoc non laudo. Néanmoins le respect que j'ai pour M. l'évêque d'Orléans et pour vous autres Messieurs, me ferme la bouche, et je garderais le silence sur ce sujet, si je ne voyais que tous nos meilleurs amis ont été sensiblement touchés de ce mandement, qui semble vouloir accabler l'innocent sous les ruines de la vérité et de la justice dont on abandonne les intérêts. Car tous les évêques qui sont affaiblis par le grand crédit que les Jésuites ont présentement, et qui d'ailleurs ont encore quelque scrupule de recevoir un formulaire si contraire à la discipline ecclésiastique et à l'innocence d'un prélat mort dans la communion de l'Église, seront bien aises d'avoir l'exemple de M. l'évêque d'Orléans pour se justifier aux yeux des hommes. Us ne feront plus de difficulté de faire signer dans leurs diocèses ce formulaire, après avoir vu que ceux que l'on considérait pour être les colonnes inébranlables de la vérité l'ont signé eux-mêmes, et ainsi vous serez cause de toutes les violences qui se feront dans les autres diocèses contre vos frères. Il semble même, par la précipitation que vous avez apportée dans cette affaire, que vous ayez voulu accélérer leur perte. Je ne fais point de difficulté de vous dire que dans l'état misérable où les Jésuites réduisent maintenant l'Église par leur crédit, il faut nécessairement être tyran ou martyr; et que tous ceux qui par des biais ou par des faiblesses ne veulent point souffrir dans ce temps deviennent eux-mêmes des persécuteurs, puisqu'ils ne peuvent détourner la persécution de dessus leurs têtes que pour la faire retomber sur celles de leurs frères qu'ils savent être innocents. Mais il y en a beaucoup qui tâchent d'éviter cet orage aux dépens de la vérité, et qui peuvent dire aussi bien que ceux dont parle Isaïe, chap. 28 : Flagellum inundans cum transierit non veniet super nos; posuimus enim mendacium spem noslranij et mendacio protecti sumus.
Vous prétendez assurément n'avoir aucunement blessé la