LIVRE XXV
au roi dans le voyage qu'ils avaient fait à Fontainebleau, et mêlait ainsi dans cet entretien des faussetés à des faits qui n'étaient que trop véritables. Dieu le soutint néanmoins contre cette tentation,, et [il] se retira pour peu de jours à la campagne. Il avait autour de lui quelques personnes si prévenues et si inquiètes qu'encore que l'on sût combien la cour était irritée contre le mandement des grands-vicaires et qu'elle s'en fût expliquée par des arrêts, on ne cessait pas néanmoins de témoigner du regret de ce que ce prélat n'en avait pas fait un semblable avec quelques adoucissements, et on voulait soutenir que le sien aurait passé sans opposition. Cependant M. Ghaillou, venu à Beauvais pour son chapitre général qui se tint le 18 de juillet, jour de saint Arnoux, renchérit par des emportements tout nouveaux sur ses excès précédents. Use plaignit hautement de la tiédeur de ses confrères, de ce qu'ils souffraient le jansénisme sans en dire mot, et donnaient lieu par leur silence au progrès de cette secte, comme le calvinisme et le luthéranisme s'étaient autrefois répandus par la patience de ceux qui|ne s'y étaient point opposés. Enfin, ses excès furent si extraordinaires qu'il en fut blâmé par les plus échauffés de sa cabale, un chanoine ayant dit qu'en tournant la médaille on pourrait dire de lui la même chose, et un autre qu'il se serait bien passé de dire ce qu'il avait dit. Ils se moquèrent môme d'une explication qu'il avait faite du miracle des dix lépreux, dont il ne se trouva qu'un seul qui rendit grâces à J.-C. de sa guérison. Il cita sur ce sujet les paroles de l'Evangile : Nonne decem mundati sunt, et novem ubi sunt ? Non est inventus, nisi hic alienigena, qui daret gloriam Deo. Car ayant dessein de marquer par ce dixième M. Gaudry, natif de Gournay dans le diocèse de Rouen, qui avait signé le formulaire l'hiver précédent, il fit passer les neuf autres pour purifiés dans le temps même qu'il les traitait d'hérétiques, tant la passion lui troublait le jugement '.
M. de Beauvais ayant reçu dans ce temps-là une copie de la lettre de M. d'Angers, non seulement il la lut et la relut
1. Ce long passage depuis : Tout le monde attendait avec quelque sorte d'impatience ce que ferait en cette occasion M. Vévêque de Beauvais, a été barré sur le ms., autographe par la M. Le Féron, et il ne Sgure pas aux copies.
plusieurs fois avec beaucoup d'estime et de joie, mais même il se crut obligé d'en écrire à ce prélat, et il le fit en ces termes :
<f Monseigneur,
« Jusqu'ici je me suis contenté de vous honorer et de vous estimer, sinon selon votre mérite, au moins selon mon pouvoir, et sans vous le faire paraître, parce que sachant que vous ne travailliez que pour la gloire de Dieu, j'ai cru que vous ne cherchiez point la vôtre, et que vous étiez bien éloigné de souhaiter l'applaudissement des hommes. Mais après que vous avez donné un témoignage si public de votre vertu et de votre générosité épiscopale^ aussi bien que de votre zèle pour l'Église, par la lettre que vous avez écrite à Sa Majesté, je ne dois plus demeurer dans les bornes du silence, et je ne saurais m'empêcher de vous témoigner ma joie d'une action si généreuse et si sainte. Vous avez fait, Monseigneur, ce que tous les évêques qui ont de l'amour pour la vérité et pour l'Église devraient avoir fait, et vous avez donné un exemple qui sera suivi s'il reste encore quelque vigueur et quelque force dans l'esprit des prélats de ce royaume. J'aurais déjà travaillé à l'imiter, si l'on ne me faisait espérer qu'il y en aura d'autres qui feront la même chose, et si je n'avais cru qu'étant décrié dans la cour de France aussi bien que dans celle de Rome par les soins et les artifices de ceux qui ont réussi dans le dessein qu'ils ont eu de me faire des outrages aussi bien que de causer du trouble dans mon diocèse, je ne devais pas me hasarder des premiers à faire des choses qui paraissent extraordinaires en ce temps. Ces cours, comme vous savez beaucoup mieux que moi, Monseigneur, Sont des pays de préoccupation, où les choses sont autant bien reçues que ceux qui en sont les auteurs sont agréables. Mais quoi qu'il en soit et qui en puisse arriver, je ferai tout mon possible pour me conformer à votre conduite en cette rencontre; et je vous assure, Monseigneur, que je m'estimerais bien heureux si je pouvais l'imiter en toutes choses, et principalement dans les fonctions et obligations de ma charge. Si je ne puis me promettre cet avantage, j'espère au moins que vous ne me refuserez pas la continuation de l'honneur de votre bienveillance, et de vous souvenir de moi dans vos