CHAPITRE XXII
On visite les dehors de Port-Royal, de la Ville et des Champs. Réponse de M. d'Andilly insérée dans )e procès-verbal.
La visite de M. Bail dans le monastère de Port-Royal n'y ayant fait découvrir que du bien, ceux qui y voulaient trouver du mal se mirent dans l'esprit que cette uniformité des religieuses, qui ne faisaient nulle plainte contre le gouvernement de la maison, et qui se trouvaient toutes unies de sentiments dans toutes les questions qu'on leur avait faites, était une marque de ce que leurs anciens directeurs les gouvernaient toujours secrètement. M. Le Tellier en était tellement persuadé qu'il dit aux deux grands-vicaires de Paris vers la mi-juillet, que M. Bail était un bon homme qui se laissait mener par le nez par ces religieuses; qu'il leur fallait ôter M. du Plessis-Akakia, qui avait la conduite de leurs affaires, et la tourière qui recevait à toute heure des lettres de M. Singlin; et que par ce moyen-là Port-Royal était toujours sous la conduite de ce prêtre*.
Ces soupçons injustes furent la cause de faire faire une louvelle visite dans le dehors de ce monastère, savoir dans jia maison de M""^ la marquise de Sablé*, dans celle de
1. Tout ce passage, depuis M. Le Tellier, a été barré au ms. et ne gure pas aux copies.
2. Madeleine de Souvré, marquise de Sablé (1599-1678), devenue veuve
M"" d'Atrye*, de M. de Sévigny *, et dans les maisons voisines. Le lieutenant civil et le procureur du roi au Châtelet exécutèrent cette commission avec une très grande et très inutile exactitude, car ils n'y trouvèrent rien que dans l'ordre. Cette visite était une espèce de circonvallation du monastère en attendant le grand siège. Ils allèrent faire aussi la même chose à Port-Royal des Champs ; mais on n'en saurait mieux apprendre le détail que par cette lettre de M. d'Andilly du 28 juillet:
« Parce que nos ennemis, qui ne se lassent jamais de nous calomnier, avaient fait entendre au roi qu'il se faisait en la maison de Paris et en celle-ci des assemblées, et que les confesseurs qui en ont été éloignés y revenaient, Sa Majesté envoya un ordre à M. le lieutenant civil et à M. le procureur du roi, ensuite duquel lundi dernier, 25 de ce mois de juillet et jour de la fête de saint Jacques, M. le lieutenant civil et M. le procureur du roi se rendirent à Port-Royal de Paris, à six heures du matin, visitèrent généralement tout le dehors du monastère et toutes les maisons du monastère. Et cette même matinée, à cinq heures et demie du matin, deux commissaires du Châtelet et un substitut du procureur du roi envoyés par eux, et qui avaient couché à Jouy, arrivèrent ici que je n'étais pas encore achevé d'habiller, visitèrent généralement partout, tant en bas qu'aux Granges, prirent le nom de tous les domestiques, et ne trouvèrent non plus que ces Messieurs à Paris quoi que ce soit au monde d'approchant de ce qu'on leur avait dit. Et sur ce que ceux qui étaient ici en dressant leur procès-verbal m'informèrent de l'ordre donné par le roi, je répondis volontairement et de mon bon gré, et signai dans ledit procès-verbal, qui doit être vu par Sa Majesté, ce que vous trouverez dans le papier que je vous envoie mot à mot comme je l'ai dicté. Et Dieu veuille que cela fasse connaître
en 1640, se retira jusqu'à la fin de sa vie dans une maison qu'elle 88 fit construire dans les dehors de P. R. de Paris.
1. Marie-Angélique d'Aquaviva d'Arragon, fille du duc d'Atri, et élève de P. R., vécutprès du monastère de Paris jusqu'à la séparation des deux maisons. Elle se retira alors près de Forcalquier où elle mourut en 1676.
2. René Bernard Renault de Sévigné (1610-1 Sie), oncle de la célèbre marquise, se retira à P. R. vers 1660. Il y mourut etfut enterré dans le cloître qu'il avait fait rebâtir.