‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 4)Chapitre 95 sur 440 · LIVRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV

votre maison. Je le suis présentement beaucoup davantage de savoir que les novices ont eu la même disgrâce. Mais ce qui me met dans la dernière inquiétude, c'est de n'avoir point appris de vos nouvelles, et si vous êtes demeurée à Port-Royal. Enfin je ne saurais avoir de repos que je ne sois informée de votre état temporel. Car pour celui de votre âme, je n'en doute point, connaissant votre vertu et soumission aux ordres de Dieu. J'avoue que sa conduite sur vous est rude, si j'osais, j'en murmurerais volontiers; mais vous le trouveriez mauvais. Vous ne sauriez ôter la tendresse de votre cœur, ni vous empêcher de jeter quelques larmes avec les affligées de votre monastère. J'écris à M. d'Andilly, qui apparemment, restera libre de son séjour', afin qu'il me fasse savoir le détail de cette histoire désagréable, et que je puisse par lui apprendre de vos nouvelles, de celles de M. Arnauld et de celles de M. Singlin. Ma bonne Mère, que je serais heureuse si je vous pouvais avoir auprès de moil Un de mes plus grands déplaisirs est que je ne saurais vous soulager. Je relis souvent votre dernière lettre, où en prévenant ce mal vous vous y préparez. Votre foi vraiment chrétienne y était bien appliquée. Priez le Seigneur pour moi. En l'état où vous êtes, il ne saurait vous rien refuser. Je demande sa miséricorde de tout mon cœur. Je vous embrasse.

Louise-Marie, reine.

C'était une consolation très considérable à la Mère Angélique et à toute la maison de Port-Royal de recevoir des témoignages si particuliers et si tendres de l'estime et de l'affection de cette vertueuse reine, qui avait pour elles une si charitable inquiétude. Mais cela n'était pas capable de faire cesser, ni même de diminuer le mal dont on voulait les accabler, et cette effusion de cœur ne servait qu'à laisser à toute la postérité un monument public de leur innocence.

Voilà ce qu'elle écrivit le lendemain 21 juin à M. d'Andilly, et que l'on ne fait que copier sur l'original :

Ce 21 juin.

« Que j'ai le cœur triste de toutes les nouvelles que l'on

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