CHAPITRE II
Idée générale de l'état ou était la théologie au commencemeut de ce siècle, avec uu abrégé des premières contestations.
Avant que de commencer l'histoire de ce qui est arrivé de plus considérable depuis quarante ans dans l'Eglise de ce royaume, il est à propos de donner une idée générale de la disposition où étaient les théologiens pendant les premières années de notre siècle.
La Ligue, ayant succédé sur la fin du dernier siècle à la guerre des huguenots, n'avait pas seulement rempli l'État de confusion et de tumulte, mais avait fait même une si forte impression sur la plupart des esprits, emportés par un faux zèle de religion, que la théologie en avait reçu de très dangereuses atteintes. Les jésuites, dont la société s'était formée dans Paris, s' étant emparés du collège de Clermont dont ils disposaient, y avaient répandu une doctrine si contraire à la tradition des saints Pères et aux véritables maximes de l'Église gallicane que la censure qui avait été faite contre eux en l'an 1554, par la Faculté de Théologie', fut bientôt reconnue pour une espèce de prédiction par ceux qui considéraient sans passion et sans intérêt un changement si subit dans les sentiments qu'ils avaient hérités de leurs pères. La faction dominante dans Paris, trouvant leur théologie favorable à ses desseins, les consulta comme ses oracles, et les appuya de tout son crédit; leurs écoles furent fréquentées par toutes sortes de
1. La Faculté de Théologie avait, le 1" décembre l'J54, déclaré que la Société qui s'attribuait particulièrement le titre inusité du nom de Jésus lui paraissait « dangereuse pour ce qui concerne la foi, capable de troubler la paix de l'Église, de renverser l'ordre monastique, et plus propre à détruire qu'à édifier. »
Le texte de cette conclusion (latin et français) a été plusieurs fois imprimé; on le trouve, avec tous les documents relatifs aux Jésuites, dans une importante pul)Iication de la lin du xviii» siècle intitulée Annales de la Société des soi-disans Jésuites; Paris, 1764,5 vol. 10-4° (tome I*"", page 6). L'auteur de cet ouvrage est l'abbé Gazaignes, dit Philibert, et il paraît que c'est Choiseul qui faisait les frais de l'impressioUv