LIVRE I J
Mais on verra par cette histoire qu'il leur a fait rendre dès ce monde même une partie de la justice dont les hommes leur étaient redevables, et que, s'il diffère le reste, c'est par un jugement secret qui ne peut être désavantageux qu'à ceux à qui la paix de l'Église est odieuse.
Que si tous les États de l'Europe qui ont été le théâtre de la guerre en notre siècle ont eu leurs historiens, il est juste que l'Épouse de l'Agneau sans tache, qui a toujours été combattue au dedans et au dehors d'elle-même depuis sa naissance, trouve encore dans ces derniers temps des personnes qui fassent passer dans les siècles à venir la relation des combats que quelques-uns de ses enfants ont été obligés de soutenir, ou contre ses ennemis déclarés, ou contre leurs propres frères. Mais on ne prétend nullement que cette histoire soit l'unique de nos jours qui traite de ce sujet. On sait assez que ceux qui ont voulu étouff'er la vérité par le déplorable crédit que leur lâche complaisance leur a fait acquérir à la cour et auprès des grands du monde, ont déjà voulu publier de fausses relations qui seraient capables d'infecter les esprits crédules, et de surprendre le jugement de la postérité. Comme ils n'appréhendent rien tant que la révélation de leurs intrigues, et que le mystère de leur iniquité, qu'ils ont couvert de ténèbres, soit exposé à la lumière du jour dans un corps d'histoire qui découvre leur conduite, ces enfants, du siècle, qui sont plus sages et plus prudents dans leur génération que les enfants de la lumière, y ont pourvu de bonne heure en composant des histoires à leur mode, pleines de déguisements et de calomnies. Ce qui a été arrêté par la vigilance des magistrats ne le sera pas toujours, et ils n'attendent qu'une conjoncture favorable pour obscurcir, par des faussetés et des mensonges, la connaissance des vérités qui ne pourraient être découvertes sans les couvrir de confusion, en même temps qu'ils emploient tout leur crédit pour empêcher la publication des autres histoires. Mais on espère que leurs efforts seront inutiles, et ils doivent avoir appris par une expérience générale de tous les temps qu'il n'y eut jamais de persécuteur assez autorisé pour arracher la plume de la main de tous les historiens.